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Ecologie et Eucharistie: quel lien.

par Abbé daleb mpassy

publié dans culture

L’Eucharistie, moteur de toute responsabilité Chrétienne pour une pastorale écologique.

 

 

 

Introduction.

L’étude que nous venons de mener a révélé que la création n’est pas sans valeur. Bien au contraire, celle-ci est le lieu de la révélation naturelle de Dieu, et donc un moyen de salut. De plus, nous avons ménagé de nouvelles perspectives à la compassion universelle en plantant la croix cosmique au cœur du mystère trinitaire et en montrant que le Christ est mort et ressuscité pour toutes les créatures. Or ce sacrifice du Christ-Eucharistié, c’est ce que nous célébrons à la messe. Aussi, l’Eucharistie nous ouvre sur la vie à tous les niveaux. C’est pourquoi, devant cette crise écologique qui secoue le monde, il s’impose à nous Chrétiens Congolais comme un impératif moral de nous lancer à la conquête des remèdes afin d’éviter à notre pays d’atteindre un seuil de non retour. C’est en cela que dans le but de la sauvegarde de la création à Brazzaville, nous procéderons respectivement à l’élucidation du mystère Eucharistique, avant de passer à des propositions de solutions tant aux plans National qu’ecclésial.

 

 

A- Eucharistie : sacrement, principe et projet de Mission.

 

 1)- Eucharistie comme sacrement et mystère de Foi.

Aux origines mêmes de l’Eglise, il y a une influence déterminante de l’Eucharistie. Les Evangélistes précisent que ce sont la Douze, les Apôtres, qui se sont réunis autour de Jésus, à la dernière Cène (Mt 26,20 ; Mc 14,17 ; Lc 22,14). C’est un  point particulier très important, puisque les Apôtres « furent les germes du nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée »[1]. En leur donnant son corps et son sang en nourriture, le Christ les unissait mystérieusement à son sacrifice qui devait se consommer sur le calvaire peu après. En accueillant au Cénacle l’invitation de Jésus : « Prenez et mangez…Buvez-en tous… » (Mt 26,26.28), les Apôtres sont entrés, pour la première fois, en communion sacramentelle avec lui. A partir de ce moment-là, et jusqu’à la fin des temps, l’Eglise se construit à travers la communion sacramentelle avec le Fils de Dieu immolé pour nous : « Faites cela en mémoire de moi…Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi » (1Co 11,24-25 ; Lc 22,19).

L’Eglise a reçu l’Eucharistie du Christ son seigneur non comme un don, pour précieux qu’il soit parmi bien d’autres, mais comme le don par excellence,  car il est le don de lui-même, de sa personne dans sa sainte humanité, et de son œuvre de salut. Celle-ce ne reste pas enfermée dans le passé, puisque « tout ce que le Christ est, et tout ce qu’il a fait et souffert pour tous les hommes, participe de l’éternité divine et surplombe ainsi tous les temps… »[2]. Quand l’Eglise célèbre l’Eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection de son seigneur, cet événement central du salut est rendu réellement présent et ainsi « s’opère l’œuvre de notre rédemption »[3]. Ce sacrifice est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus Christ ne l’a accompli et n’est retourné vers le père qu’après nous avoir laissé le moyen d’y participer comme si nous y avions été présents. Tout fidèle peut ainsi y prendre part et en goûter les fruits d’une manière inépuisable. Telle est la foi dont les générations chrétiennes ont vécu au long des siècles. Cette foi, le Magistère de l’Eglise l’a continuellement rappelée avec une joyeuse gratitude pour ce don inestimable. « La Messe est donc à la fois et inséparablement le mémorial sacrificielle dans lequel se perpétue le sacrifice de la Croix, et le banquet sacré de la communion au corps et au sang du seigneur »[4].

 

2)- Eucharistie comme célébration qui ouvre sur la vie.

« Que tout ce qui  respire loue YHWH ! » (Ps 150,6). Tel est le dernier verset du Psautier. La vocation de l’Homme est de bénir Dieu, de prêter sa voix à tout ce qui vit et respire, et aussi au firmament et à toutes les créatures qui sont sous le ciel (cf.Dn 3,57-88). Cette vocation revêt une dimension gratuite et festive qui est le fondement même de l’action de célébrer. Ainsi, quand le peuple de Dieu se rassemble, il célèbre toujours l’alliance scellée par le Christ. Cependant, il n’est pas d’assemblée qui ne s’achève. Une célébration de l’Alliance n’y échappe donc pas, mais le renvoi rituel qui la clôt n’est pas un simple signe que « la séance est levée » : son renvoi est un envoi. La célébration de l’Alliance ouvre sur la vie de l’Alliance. Toute la vie chrétienne doit être une Eucharistie, c’est-à-dire une prière communautaire et prière personnelle continue dans le prolongement de l’Eucharistie célébrée : action de grâce, épiclèse, offrande, intercession.

Dans cette capacité « d’eucharistier » notre prière, résonne l’authentique interpellation à eucharistier notre vie. Or celui qui apprend à eucharistier sa propre vie, apprend aussi à eucharistier le monde, et l’écologie avec. Ainsi le « Ite missa est » (Allez dans la paix du Christ) n’a d’autres significations que « Allez témoigner dans vos biotopes de celui qui vient de nous nourrir par sa parole et son corps ».

     

3)- « A l’instant même, ils se levèrent » (Lc 24,33).

Après avoir reconnu le seigneur, les deux  disciples d’Emmaüs se levèrent à l’instant même (cf. Lc 24,33) pour communiquer ce qu’ils avaient vu et entendu. Lorsqu’on a fait une véritable expérience du ressuscité, se nourrissant de son corps et de son sang, on ne peut garder pour soi seul la joie éprouvée. La rencontre avec le Christ, approfondie dans l’intimité eucharistique, suscite dans l’Eglise  et chez tout Chrétien l’urgence du témoignage et de l’évangélisation. « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1Co 11,26). L’Apôtre met en étroite relation le banquet et l’annonce : entrer en communion avec le christ dans le mémorial de la pâque signifie en même temps faire l’expérience de la nécessité de se faire missionnaires de l’événement actualisé dans ce rite. Comme dit précédemment, l’envoi à la fin de chaque Messe constitue une consigne qui pousse le chrétien à s’engager pour la diffusion de l’évangile et pour l’animation chrétienne de la société.

Pour une telle mission, l’Eucharistie ne procure pas seulement la force intérieure, mais aussi, en un sens, le projet. Pour que cela se réalise, il est nécessaire que chaque fidèle assimile, dans la méditation personnelle et communautaire, les valeurs que l’Eucharistie exprime, les attitudes qu’elles inspire, les propositions de vie qu’elle suscite.

    

4)- Eucharistie : pain et vin, fruit pure de la terre.

L’Eucharistie, étant le sommet de toute la création, devient par conséquent la réponse à la préoccupation du monde contemporain y compris en matière d’équilibre écologique. Ceci parce que « au cœur de la célébration de l’Eucharistie il y a le pain et le vin qui, par les paroles du Christ et par l’invocation de l’Esprit saint, deviennent le corps et le sang du Christ »[5]. Les signes du pain et du vin, pétris par des mortels, ne son-ils pas fruit du sol ? De quel sol s’agit-il ? Est-ce de la terre polluée, ou bien fertile ? Or si le meunier est conscient de la grandeur de sa farine, il ne peut que la tirer de la terre fertile. C’est ce qu’a su bien dire Virgil Gheorghiu lorsqu’il écrivait : « c’est le meunier qui fabrique, le pain pour les noces et les baptêmes, donc pour la vie et aussi pour les agâpes mortuaires. Dieu même, sur la table de l’autel est sorti des mains du meunier. Car c’est le meunier qui fabrique la farine pour les pains d’oblats, pour le corps du Christ ; il travaille pour le ciel et pour la terre, pour la vie et pour la mort, pour l’histoire et pour l’éternité »[6].

Ceci étant, l’Eucharistie nous engage à faire en sorte que le pain et le vin qui doivent devenir corps et sang du Christ soient le fruit pur de la terre fertile et non polluée. Cependant, nous sommes bien conscients que les membres de nos communautés chrétiennes n’ont pas toujours été informés ou  enseignés sur ce sujet. Dès lors, comment pouvons-nous donc, dans notre univers quotidien, contribuer à protéger la création ? Les pistes de réflexion que nous proposons ci-dessous sembleront peut-être un peu simplistes tant l’idéal à atteindre est élevé.

 



[1] Vat.II, décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad gentes, n°5.

[2] Vat.II, constitution sur la sainte Liturgie Sacrosanctum concilium, n°47.

[3] Vat.II, const.dogm.Lumen gentium, n°3.

[4] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1382.

[5] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1333.

[6] Virgil Gheorghiu, La condottiera, Club de la femme, Paris, 1969, p.104.

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