Ecologie: la création dans le Nouveau Testament.
1)- Jésus-Christ et la création.
L’enseignement du Nouveau Testament porte à maturité, par son accomplissement en Christ, ce message de compassion universelle et de délivrance cosmique. Dès la fin de l’évangile de Marc, au jour de l’ascension, Jésus dit à ses disciples : « allez par le monde entier, proclamer l’évangile à toutes les créatures » (Mc 16,15). Il ne dit pas, comme chez Matthieu et Luc, « à toutes les nations », ce qui impliquerait seulement les Hommes. Dans l’Epître aux Colossiens, Paul s’exprime de la même façon lorsqu’il incite à ne pas se détourner de l’Evangile, « qui a été proclamé à toute créature sous le ciel » (col 1,23).
Paul ne se contente pas, dans l’épître aux Romains, de dire que « toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement, attendant d’être libérée, elle aussi, de la servitude et de la corruption pour entrer dans la liberté et la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8,19-22). A l’adresse des Colossiens, il édifie une Christologie cosmique dont les siècles qui vont suivre sont loin d’avoir développé toute la splendeur : « c’est en Christ qu’ont été créées toutes choses, en lui que tous les êtres ont été réconciliés par le sang de sa croix » (Col 1,15-20). Et de conclure superbement, à l’intention des Corinthiens : « Quand toutes choses lui auront été soumises, alors le fils lui-même se soumettra à celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (I Cor 15,28). En lui en effet, toutes choses trouvent leur origine et leur achèvement. « Ainsi la doctrine de la création trouve son achèvement dans une contemplation du Fils de Dieu, par laquelle on voit en lui l’artisan, le modèle et la fin de toutes choses »[1].
2)- La nouvelle création dans le Christ.
Le Nouveau Testament a une vive conscience du désordre introduit dans la création suite au péché d’Adam. A cause de ce péché, le monde est appelé à disparaître (cf. I Co 7,31; Ap 20,11s). Toutefois, dans le Christ, une nouvelle création a déjà été inaugurée. En effet, c’est comme Nouvel Adam que le Fils de Dieu est entré dans le monde (cf. 1Co 15,21.45). C’est pourquoi tout doit être instauré par lui. Cette nouvelle création déjà inaugurée dans le Christ dont parle le Nouveau Testament n’a cependant pas encore atteint son achèvement. Depuis sa résurrection, le christ est vainqueur de la mort. Seulement son triomphe n’est pas encore pleinement manifesté, et il ne le sera qu’à la fin des temps. En attendant, comme le dit l’apôtre Paul, l’Homme recréé intérieurement gémit dans l’attente de la rédemption de son corps (cf. Rm 8,22) et, la création aspire aussi à la révélation des fils de Dieu (cf. Rm 8,19).
En effet, avec ce triomphe de l’humanité, « l’univers ne se contentera pas d’assister comme de l’extérieur, à la façon dont un spectateur émerveillé jouit d’un panorama enchanteur. Cet état futur des fils de Dieu, l’univers est appelé à le partager : il sera libéré de ce qui est en son état vanité, servitude et corruption, pour participer à la liberté de la gloire des enfants de Dieu »[2]. C’est aussi ce que pense Etienne Charpentier quand il dit : « ce paradis n’est pas hors de l’histoire. Il nous y enracine au contraire, dans la certitude que c’est notre cité terrestre qu’il faut parer pour les noces. D’où cette exigence d’engagement dans le concret de notre histoire qu’il doit susciter, au coude à coude avec tous les Hommes qui luttent »[3].
Cette étude de la création dans l’Ancien et le Nouveau Testament révèle que la création a de la valeur et un sens. Dieu aime sa création, c’est pourquoi il l’a confiée à l’Homme créé à sa ressemblance, et il attend que celui-ci en assure la bonne gestion. Aussi, devant une création marquée par le péché, la promesse d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle signifie d’une part la mise en question de notre attitude envers le monde, et d’autre part implique « une éthique urgente, à savoir de nous rendre conscients de notre relation pécheresse avec le monde, de nous repentir et, forts de la promesse, de travailler d’ores et déjà au monde nouveau »[4].