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Pleinement dans le monde mais efficace (Abbé Daleb)

par Abbé daleb mpassy

publié dans Théologie

ETRE PLEINEMENT DANS LE MONDE  

Nous ne serons ni les premiers ni les derniers auxquels le problème de l’idéal de la sainteté s’est posé. Beaucoup de chrétiens avant nous se sont rendus compte comme nous aujourd’hui, qu’être saint en vivant au cœur du monde est loin d’être aisé.

Devant de telles raisons, les réactions ont été aussi diversifiées que personnelles. Certains, aspirant à cette vocation commune à la sainteté, mais réalisant les obstacles que le monde constituait pour l’atteindre, ont préféré se couper carrément du monde pour n’être plus souillé à son contact. Cette conception était tributaire de celle qui prônait que le monde est une propriété de Satan, des fils de ténèbres. Beaucoup se sont fait moines, anachorètes, ermites pour vivre le détachement radical avec le monde et  atteindre une plus parfaite union à Dieu. D’autres peut-être, pas moins enthousiastes de la vie parfaite, se sont laissés emporter par les eaux redoutables de la résignation, du découragement.

Sans vouloir porter un quelconque jugement sur les voies et moyens utilisés pour atteindre au mieux l’idéal de la perfection, reconnaissons (c’est là une vérité de Lapalissade) que tout le monde n’est pas obliger d’utiliser de tels chemins quoiqu’ils aient fait la preuve de leur valeur, de leur efficacité. Tout le monde ne peut pas avoir le loisir de se couper du monde, pour se retirer on ne sait où pour rencontrer Dieu et se garder de la souillure du monde. Il y a des gens qui sont obligés de vivre au cœur du monde pour l’une ou l’autre raison. Jésus en est très conscient, c’est pourquoi il demande à ses disciples d’hier et d’aujourd’hui d’être dans le monde sans être du monde. Notre Maître par excellence, nous a d’ailleurs enseigné qu’au cœur du monde on peut retrouver Dieu dans le tréfonds de notre cœur, sans avoir besoin d’un retrait forcément physique. Jésus nous indique une nouvelle voie, celle du cœur, par laquelle sans avoir besoin de nous couper radicalement du monde, on peut y vivre l’esprit de détachement chrétien et de la non-compromission comme ceux qui se sont retirés du monde pour être davantage avec le monde. Pour vivre selon cet esprit, il faut commencer par ne pas fuir le monde comme une peste. Ce n’est aucunement pour dire qu’il faut manquer de prudence et de discernement dans le monde.

Il fut un moment où le monde était considéré comme le règne de Satan, diabolique donc. Alors, le dédain de tout ce qui était mondain était conseillé vivement ou tacitement. Dieu purifie cette conception en nous invitant à méditer à nouveau et pour  notre compte le récit de la création dans le livre de la Genèse : «Dieu vit ce qu’il avait fait, cela était très bon » (Gn 1, 31). Certes, la corruption de l’homme par le péché eut comme conséquence fâcheuse la dégradation, la disgrâce du créé, la perte de la splendeur  première de la création. Oui, c’est indéniable, le péché a corrompu totalement la création et le cœur de l’homme en particulier. Le péché a profondément déstabilisé l’ordre créé en y semant ses germes de mort.

Mais malgré tout cela, malgré nos péchés qu’on ne peut qualifier, Dieu ne cesse de nous aimer. «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils » (Jn 3, 16), ce Fils, venu dans le monde quand l’heure fut accomplie a opéré par son sacrifice sur la croix, le salut et le rachat de toute la création.

Dieu nous aime, non parce que nous sommes aimables, mais pour que nous nous améliorions. Alors, il ne faut pas que l’homme se mette à diaboliser, à haïr ce que Dieu aime avec la tendresse d’une mère. Le Seigneur est solidaire de l’homme. Le Christ l’a été lui qui a partagé notre condition mortelle en toute chose excepté le péché (cf.   ).Dieu aime l’homme, mais il a en horreur le péché de l’homme. Et  nous, nous serions désolidarisés du monde ?  Ce serait un crime de lèse-majesté. Il ne faut pas fuir le monde comme les Juifs qui avaient peur de se souiller en s’approchant d’un lépreux. Soyons comme le Maître. La misère, le péché de l’homme n’a jamais été une barrière, un obstacle insurmontable pour aller à la rencontre de ceux qu’il était venu guérir et sauver. Lui, il s’approchait sans mépris, sans préjugés des lépreux corporels et spirituels de son temps et de sa société.

Ne pas fuir notre monde avec ce qu’il est, revient à lui ouvrir les bras pour l’accueillir comme le Christ qui ne fait acception de personne. Un accueil qui naît de la solidarité, de l’amour, un accueil poussé par le désir de communion et d’aide. Accueillir, c’est donc savoir regarder, écouter pour se laisser toucher, interpeller, bouleverser comme le Christ qui fut profondément bouleversé devant la mort de son ami Lazare (cf. Jn 11). Cet accueil devient le début d’un cheminement vers et avec les autres, avec le monde dont on partage les joies, les peines et les espoirs.

Le Concile Vatican II dit bien à ce propos : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, il n’est rien då vraiment humaiî qui ne trouve écho dans leur cœur » (Gaudium et Spes. n°1 § 1). C’est ce genre d’accompagnement dont les hommes de notre temps ont besoin.

Tout cela devrait conduire à avoir un autre regard sur le monde, sur la personne humaine et les biens temporels. En dernière analyse, ce deuxième élément de notre spiritualité doit nous permettre d’être pleinement dans le monde et avec le monde et pleinement avec Dieu, puisque nous essayons de regarder, de sentir, de penser le monde comme Lui, sans courir le danger de nous laisser absorber par le monde. L’exemple du Christ est à ce propos plus qu’édifiant. Jésus, Dieu fait homme, connaissait bien les limites de la nature humaine, mais il l’a acceptée par amour et par solidarité du genre humain. Il l’a assumée pleinement en toute chose, le péché excepté (cf.). « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu ne retint  pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix (Ph 2, 6ss). Il ne s’est pas contenté d’assumer pleinement son humanité, il a été la levure qui, enfouie dans la pâte humaine l’a transfiguré jusqu’à ce qu’elle soit levée. Il a impulsé un dynamisme nouveau et intérieur qui a révolutionné son temps et sa société par la nouveauté inédite de son regard sur le monde.

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