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Comment se purifier au contact du monde (Abbé Mpassi)

par Abbé daleb mpassy

publié dans Théologie

SE PURIFIER AU CONTACT DU MONDE 

« Voici une entreprise bien audacieuse ! Ils s’amusent avec le feu ! On n’aurait pas besoin d’attendre de midi à quatorze heures pour se brûler les ailes » ! Telle pourrait être l’une des nombreuses remarques qu’on peut porter sur ce point de notre spiritualité. On pourrait même y voir soit de la naïveté, soit de la prétention tout simplement. Eh bien ! telle est l’humble prétention de cette voie.

Se purifier au  contact du monde, alors qu’on devrait le fuir, c’est la prétention que le Christ  nous insinue à travers son enseignement.

Parvenus à cet élément, nous pouvons dire que nous sommes au point névralgique, au cœur de notre spiritualité. Si aujourd’hui, on nous demandait : « est-ce possible de se sanctifier dans notre monde actuel ? », notre réponse serait sans ambages: OUI !

Cette conviction est le fruit de la lumière du Saint Esprit dans notre quête de solution devant la difficulté de la vie parfaite de nos jours. Se purifier au contact du monäe, se sánctifier au cœur d’un monde qui n’offre aucune chance à la sainteté est l’ambition de cette spiritualité.

Cette purification consiste à contrecarrer l’esprit du monde. C’est-à-dire faire en sorte que tout ce qui est susceptible de constituer un obstacle ou l’est à la sainteté, au bien, à la vertu ne soit plus une pierre d’achoppement continuel pour le chrétien. Et c’est pourquoi dans le premier élément de cette spiritualité, nous essayons d’abord de porter un regard sur le monde.

Dans nos sociétés d’aujourd’hui (il ne faut pas qu’on se le cache), il y a beaucoup trop d’obstacles à  la sainteté, à l’union parfaite à Dieu. Au titre de ces obstacles, on peut relever l’esprit du monde actuel qui est contraire parfois aux valeurs évangéliques. Cela a pour grave conséquence la «maladie généralisée » de notre société. Notons quelques obstacles assez évidents.

Ø       La dépravation des mœurs, l’idolâtrie du sexe, l’indécence surtout  féminine poussée à l’extrême. Dans les rues, en circulation, dans les journaux, à la télé, l’érotisme féminin est largement diffusé et servi, qu’on en veuille ou pas. Il s’en suit le commerce et la vulgarisation des perversions de tous genres.

Ø       Il y a aussi l’indifférence qui gagne du terrain dans le cœur des hommes. C’est désormais la loi du «chacun pour soi, Dieu pour tous » qui prévaut. « Chacun gère ses angoisses ».

Ø       L’attrait du matérialisme et des plaisirs mondains devant toutes sortes de gadgets étincelants et des repas  subtils et raffinés.

Ø       La corruption généralisée, l’exploitation de l’homme par l’homme, la malhonnêteté, la cupidité.

Ø       L’incroyance surannée soutenue par une prétendue laïcité.

 

Voilà quelques éléments qui peuvent hypothéquer ou rendre notre union à Dieu difficile, sinon impossible si on n’y prend garde. Comment alors se purifier au contact de ces immondices, de ces pourritures ?

C’est alors qu’on se rend compte que ce chemin est loin d’être une partie de plaisir. Il faut être comme dit Jésus, prudents comme des serpents et agiles comme des colombes (cf. Mt 10, 16). Oui ; comment se purifier avec ce qui souille ? C’est le grand risque que court ceux qui emprunteront ce chemin s’ils ne sont pas accrochés, branchés à Jésus. Lui seul peut faire jaillir, surgir de nos misères humaines, de nos laideurs et crasses morales, de nos morts spirituelles, la vie, sa VIE. Et c’est ce miracle que notre foi de chrétiens semble demander à Jésus d’opérer. « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37).

Ce cheminement de purification se passe en trois temps.

·         La première étape vient d’être évoquée : cibler les attitudes, habitudes ou autres obstacles à la sainteté.

·         La deuxième étape : lorsque le tentateur, le diable me pousse vers un de ces obstacles, que ce soit par la pensée, soit par l’action, offrir cette tentation ou ce péché au Seigneur en lui demandant la vertu contraire.

 

Par exemple, si je sors en ville et que mes yeux rencontre une femme ou une fille dont la mise est particulièrement indécente et provocante et que je me mette à la considérer, de mauvaises pensées peuvent me venir à l’esprit. Alors, je peux en cet instant implorer la grâce du Seigneur. De même, je peux m’imposer comme pénitence une petite résolution d’essayer de regarder  plus chastement les gens à l’avenir. Cet exemple n’est pas pris au petit bonheur, car il nous semble que l’un des obstacles majeurs à la sainteté des chrétiens de notre temps, vient de ce que suscite la vue en eux.

Un autre exemple : le détournement de deniers publics est devenu monnaie courante. Si je suis un fonctionnaire qui veut être intègre et que je suis engagé dans un service où la fraude, les malversations financières sont à qui mieux mieux le lot des employeurs et employés, je peux bien être tenté. Et si effectivement il arrive un jour où devant une situation financière difficile, j’ai urgeamment besoin d’argent pour résoudre une situation critique et que je peux me servir comme tous les autres sans être soupçonné, si cette tentation me submerge, je peux appeler le Seigneur au secours en lui présentant mes problèmes et en lui demandant la vertu de force pour persévérer dans le bien.

Un dernier exemple pour finir. Aujourd’hui, le marché international déverse toutes sortes de gadgets, de produits rutilants, de biens précieux et attrayant aussi perfectionnés et efficaces les uns que les autres. Si je me trouve souvent en train de convoiter le bien d’autrui ou bien de chercher par quel moyen «malhonnête » je peux entrer en possession d’un bien que je ne puis avoir de mes propres ressources, là encore, je peux offrir à Dieu cette tentation, cette mauvaise pensée pour obtenir la grâce de la tempérance dans mes désirs.

Ce qui est dit concernant la tentation l’est aussi de la chute, lorsque qu’allant au-delà de la tentation, nous succombons au péché.

Ainsi devra-t-il être toutes les fois que nous sommes tentés ou avons succombé. Mais qu’on se comprenne bien, il ne s’agit pas là d’une attitude de passivité. Elle requiert de nous un esprit de combat contre le péché et le désir de ne pas commettre ce qui est mal aux yeux du Seigneur (cf. 2R, 23, 32. 37). Autrement, ce serait trop facile de se laisser tenter ou de succomber pour ensuite crier vers le Seigneur. C’est une synergie d’action entre l’homme, la grâce et Dieu qui selon l’Ecriture ne permet pas à l’homme d’être tenté au-delà de ses forces. Dieu qui nous a fait sans nous ne veut pas nous sauver sans nous.

·         La troisième et dernière étape de ce cheminement de purification, consiste à cultiver un esprit qui contrecarre celui du monde de sorte à l’acquérir comme une vertu constante. C’est-à-dire que là où l’esprit du monde est en contradiction avec celui de Dieu, le chrétien doit s’efforcer avec la grâce de Dieu de développer un esprit opposé. Par exemple, répondre à l’esprit d’indifférence du monde par un esprit d’attention et de communion aux autres ; répondre à l’esprit de vengeance par celui du pardon ; répondre à l’esprit de domination, d’injustice par un esprit de service et de justice.

 

Et il nous plaît de citer ici un grand saint, François d’Assise, dont l’esprit était en adéquation  avec ce dont nous parlons. Le saint suppliait le Seigneur en ces termes :

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix !

Là où est la haine, que je porte l’amour

Là où est l’offense, que je porte le pardon

Là où est la discorde, que je mette l’union

Là où est l’erreur, que je porte la vérité

Là où est le doute, que je porte la foi

Là où est le désespoir, que je porte l’espérance

Là où sont les ténèbres, que je porte la lumière

Là où est la tristesse, que je porte la joie

Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer »

Qui peut vivre ainsi sans être agréé par Dieu ? Quel chrétien peut vivre de la sorte sans être témoin, saint ? Comme le Christ, il passe partout en faisant le bien, en semant le bien (cf. Ac 10, 38 ).

La vertu, la fidélité, ce n’est pas ne pas tomber, c’est toujours se relever et continuer à marcher en présence du Dieu Fidèle. Et c’est dans les sacrements que le chrétien trouve et puise ses forces pour se relever et marcher dans la fidélité au Seigneur

 

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