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Etre dans le monde sans être du monde (Abbé Daleb)

par Abbé daleb mpassy

publié dans Théologie

 

Etre dans le monde

 

Le pape Jean-Paul II dans sa lettre apostolique Novo millenio ineunte[1], déclarait que le programme de toute pastorale devrait être désormais axé sur la sainteté : « Soyez saints, car moi je suis saint » dit Yahvé (Lv 19, 2).

Certes, le programme pastoral de l’Eglise Universelle a toujours été la sainteté, mais cette encyclique a redonné un dynamisme d’ensemble en ce début de troisième millénaire, en recentrant les Eglises particulières sur l’essentiel et l’objectif de l’action pastorale : Dieu et partant la sainteté.

Alors, les voies et les moyens pour travailler à la sainteté du Peuple de Dieu se mettent en branle pour plus d’efficacité. Mais si certains y croient non sans difficulté, pour d’autres la sainteté est la vocation ou le lot d’une certaine catégorie de personnes. Pour d’autres enfin, la sainteté est une gageure pour ne pas dire une impossibilité  dans notre monde d’aujourd’hui.

Que ces arguments aient leur part de vérité ou pas, là n’est pas notre propos. L’impératif : « soyez saints » que Dieu nous lance attend de chacun une réponse personnelle. « Toi,  que dis-tu de ce projet de vie à toi proposé ?  Désires-tu être saint ? ». Une réponse par l’affirmative ne saurait suffire à cette question. Il faut s’engager dans le hic et nunc[2], dans l’aujourd’hui de sa vie par un comportement conséquent, des actes en adéquation avec son désir profond. Dans un monde où la sainteté semble ne pas avoir bonne presse, parce que vue comme quelque chose de rétrograde, de contraignant, nous sommes tout aussi convaincus que beaucoup de chrétiens ne sont pas indifférents à cet appel de l’Esprit, à cette vocation commune de l’Eglise, à cet idéal de la sainteté. S’ils semblent se résigner à ne pas y croire, c’est peut-être parce que dans le contexte de notre monde actuel, être saint est loin d’être une sinécure. Leurs raisons d’ailleurs sont loin d’être erronées.

C’est pour ces personnes que nous écrivons ces lignes. C’est avec toutes ces personnes qui aimeraient répondre à leur vocation chrétienne, mais hésitent à l’entreprendre, que nous voulons partager ces convictions. Que l’Esprit de Sainteté nous sanctifie dans la vérité et nous donne de comprendre qu’être saint ce n’est ni l’apanage d’une catégorie de personnes, ni pour un temps de l’histoire désormais révolu, mais pour tous, partout et toujours.

La voie que nous nous proposons et proposons à tout chrétien de bonne volonté est une spiritualité "urbaine" parce qu’à notre connaissance, les villes sont les milieux où le vécu de l’idéal de la sainteté est devenu plus que jamais la mer à boire à cause de leur hostilité et des innombrables obstacles à la sainteté. Et le dépeuplement des campagnes au profit des mégalopoles fait relever qu’un fort taux des populations se concentrent en ces lieux. C’est alors un indice pour qu’une pastorale, une spiritualité, un accompagnement idoines soient mis en œuvre. Autrement, avec ces milieux hostiles aux idéaux chrétiens, il est à redouter que bon nombre de chrétiens, laissés à eux-mêmes, ne perdent leur identité dans ces immenses "incinérateurs" de foi et des valeurs évangéliques. L’objectif d’une telle spiritualité est de vivre ces paroles du Christ : « Vous êtes dans le monde, sans être du monde »(cf. Jn 15, 19). Cette spiritualité a pour toile de fond la conviction que notre monde, si hostile soit-il, à la sainteté, peut selon l’esprit de l’Evangile être un désert de purification de tout chrétien dans sa pérégrination vers la Patrie Céleste.

Notre spiritualité est axée sur cinq points :

·         Un regard de notre monde d’aujourd’hui

·         Etre pleinement dans le monde

·         Le regard de Jésus sur les réalités mondaines

·         Contrecarrer l’esprit du monde

·         Nourrir sa vie chrétienne dans les sacrements

 

Avant de revenir sur chacun de ces éléments, un mot sur le motif, le pourquoi d’une telle spiritualité dans une Eglise où tant de spiritualités foisonnent.

 

POURQUOI UNE TELLE SPIRITUALITE

 

C’est la première question que tout regard extérieur peut se poser. Tous les chemins vont à Rome a-t-on l’habitude de dire. Notre chemin n’est pas un autre qui conduirait à la ROME CELESTE. Il n’y a qu’un et un seul CHEMIN. C’est le Christ, lui le Chemin, la Vérité et la Vie. Pour aller au Christ, il faut passer par le Christ.

Dans l’Eglise que de voies et moyens pour conduire à ce même Christ, à ce même Dieu ! Cependant, tout le monde n’a pas les mêmes dispositions, les mêmes charismes. Tout le monde ne peut pas être un Saint François d’Assise. Tout le monde ne peut pas être une Catherine  de Sienne ou une Sainte Perpétue. Tout le monde ne peut pas être une  Thérèse de l’Enfant Jésus, ou  plus près de nous un Charles de Foucauld. A chacun sa voie ! A chacun de trouver la sienne. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus en son temps était pleinement consciente de cela. Elle s’était dit : « j’ai toujours désiré être une sainte, mais hélas ! J’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections, mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions, maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite  pour monter le rude escalier de la perfection»[3]. et elle trouva sa voie, celle de l’enfance spirituelle. Aujourd’hui, c’est un joyaux, une richesse de l’Eglise entière.

Ce qui nous a mû à nous mettre à l’écoute du Seigneur pour trouver aussi à la lumière de son Esprit la voie qui pourrait bien nous servir ainsi qu’à d’autres pour l’atteindre, lui notre commun OBJET DE DESIR, c’est cette intime conviction ou plutôt cette question qui sans cesse taraude notre esprit : « Peut-on être saint dans notre monde d’aujourd’hui ? ».  Reconnaissons que c’est le résultat d’un combat intérieur éclairé (nous le croyons par le Seigneur) qui a porté ces fruits. En effet, pour peu qu’on veuille prendre Jésus au sérieux à travers  son appel à la sainteté, on est aussitôt ramené à nos réalités quotidiennes d’hommes et de femmes limitées, blessés  et affaiblis par le péché, vieillis dans le mal. Et on peut en souffrir terriblement. Comme les apôtres, on est tenté de dire «si c’est ainsi Seigneur, qui don peut être sauvé » (Mt 19, 25)? Ici, l’homme se trouve être l’aire de bataille de la dialectique péché-bien qui se mène en lui. Saint Paul  comme pour se plaindre de la nature humaine disait : « le bien que je veux faire, je n’arrive pas à le faire et c’est le mal que je ne veux pas faire que je fais. Malheureux homme que je suis » (Rm 7, 15. 24).

Oui, qui donc pourra être justifié ? Qui pourra être saint dans un monde où il y a tant d’obstacles à la vie vertueuse, à la sainteté ? Qui donc pourra atteindre la perfection dans nos sociétés où le sexe, la luxure, la débauche, la dépravation des mœurs pour ne pas dire le manque de repères morales, les abominations de toutes sortes sont largement consommés et même servis contre le gré des honnêtes citoyens ? Qui aura l’audace d’emprunter en ce 3ème millénaire le terrible périple de la sainteté avec tant d’obstacles devant lui ?

C’est au cœur de cette détresse, que le Seigneur apparaît, resplendissant de Lumière comme sur la montagne de la Transfiguration pour nous dire : « Mes enfants, vos questions sont bien légitimes ! Mais rester là, tout le temps à peser le pour et le contre avant de s’engager sur le chemin de la sainteté ne vous fera jamais bouger d’un iota. Avec mon Esprit vous pouvez faire de ce monde qui veut vous éloigner de moi, un désert de purification. Faites de ce monde où tout peut vous porter au péché  un creuset où à travers le Feu Purificateur, vous serez débarrassés de vos scories, affinés comme un métal, car nul ne doit se soustraire, se dérober à mon appel à la sainteté.

 



[1]Lettre apostolique Novo millenio ineunte du Pape Jean-Paul II à l’épiscopat, au clergé et aux fidèles au terme du Grand Jubilé de l’an 2000.

[2] Hic et nunc signifie : ici et maintenant

[3] Thérèse de L’Enfant Jésus et de la Sainte-Face, Œuvres complètes (textes et dernières paroles), éd. Cerf et Desclée De Brouwer, Paris, 1992, manuscrit C 14-19, p. 237.

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