Cinquième anniversaire de la mort de Mgr Barthélemy Batantu
Cinquième anniversaire de la mort de Mgr Barthélemy Batantu
Il était un prophète davidique
Le problème de la «foi-engagement» de l’homme africain et la pratique religieuse de la foi dans son aspect expressif (liturgie) interrogent Ie continent sur la forme concrète que l’Eglise a revêtu sur son territoire et I’ expression liturgique qu’elle utilise.
Ces interrogations et ce constat ont permis à Monseigneur Barthelemy Batantu de rechercher, de penser une musique sacrée qui permettrait aux Congolais de mieux vivre et exprimer le mystère de la Rédemption dans sa diversité que l’Eglise célèbre et d’en faire plus facilement l’expérience, si on soulignait davantage l’idée de l’inculturation de la liturgie.
C’est dans ce contexte que, nous nous proposons de comprendre les efforts de Monseigneur Batantu dans l’inculturation de la musique sacrée au Congo.
L’Eglise sacrement du salut est née à la Pentecôte. Ce mystère nous enseigne que, un seul langage était entendu en plusieurs langues. Ce qui montre l’unité dans la diversité. Depuis la réforme grégorienne du Pape Grégoire le Grand (542-604), l’Eglise est devenue latine et vit ainsi, l’unité dans l’uniformité.
L’évangélisation arrive au village Mfoa, actuelle Brazzaville, par l’œuvre de Monseigneur Prosper Augouard. Toutes les célébrations se font en latin.
Les Brazzavillois, comme tout africain, ont leurs manières propres d’exprimer leurs émotions. Ces cultes et célébrations en latin n’aidèrent guère l’épanouissement chrétien des Brazzavillois de l’époque. Ainsi, Ie syncrétisme gagna bon nombre de chrétiens.
Pour soulager ce vide, des groupes traditionnels musicaux se renforcèrent en nombre. Lors des cérémonies de mariage, de funérailles et surtout la naissance des jumeaux entrainèrent les chrétiens dans des chants et pratiques ancestraux qui, à. un certain niveau, étaient incompatibles avec l’Evangile.
C’est dans ce contexte que le séminariste B. Batantu va commencer l’inculturation de la liturgie, à Brazzaville, par le biais de la musique sacrée.
D’après les témoignages sur Monseigneur Batantu, il en résulte qu’il était doué pour le chant. Il en composa plusieurs pour le mouvement d’action catholique «Cœurs vaillants», alors élève à l’école primaire «Jeanne d’Arc».
C’est en octobre 1955, après la prise de soutane, pour commencer ses études théologiques, que le génie de l’abbé B. Batantu pour le chant se révèle en plein avec la composition des cantiques, des recueils «Dila sambila» (pleure et prie) qui aide les chrétiens, lors des animations funèbres; «Nsayi mu m’tima» (la joie au cœur) pour les fêtes (mariage, baptême, ordination, …), «Nkembo na Matondo»…et la préparation de ce qui allait devenir le recueil «Nkumbiseno bayaya».
C’est à cette époque que Monseigneur Michel Bernard invité au séminaire par le directeur d’alors, le R. Père Hirtz, pour se prononcer sur le travail d’adaptation liturgique réalisé par l’abbé B. Batantu, donna en entier son consentement, après avoir écouté l’exécution des chants liturgiques par les séminaristes, au sein d’un grand mouvement d’apostolat: «Scholas populaire». Véritable école du peuple, moyen inédit pour l’éducation et l’évangélisation de toute la communauté chrétienne. Un point de référence: en 1956, l’abbé B. Batantu traduit le psaume 97 (98) qui détient le célèbre chant «Kembeleno Nzambi».
Reconnaissons que tous ces efforts de l’abbé B. Batantu nommé archevêque de Brazzaville, se sont effectués, avant les réformes liturgiques du Concile Vatican II.
De ce fait, lors du renouveau liturgique de Vatican II (Sacrosanctum Concilium, n°119) retrouvant, enfin, la perspective voulue par Dieu à la pentecôte (l’unité dans la diversité), l’Eglise de Brazzaville était entrée dans la danse avec éclat; parce qu’elle avait eu un prophète davidique en musique sacrée.
Que ces cinq ans d’absence, mais de présence musicale, nous aident à l’imiter. Car, l’évangélisation exige un dialogue actif entre la foi et la culture.
Abbé Vincent MASSENGO
Vicaire à la paroisse Ndona Marie (Mfilou)