« Eucharistie et Ecologie : la responsabilité chrétienne dans la protection de l’environnement ».2
4- Conception théologique de la création
Après ce bref aperçu des Saintes Ecritures, il en ressort que la création est une oeuvre divine. Créée par lui et pour lui, la création est dès le départ ouverte, c'est-à-dire orientée vers son accomplissement. Atteinte par le péché d'Adam, elle fut, tout comme la nature humaine, rénovée par le Christ mort et ressuscité. Toutefois elle continue de gémir en douleur d'enfantement dans l'attente du jour où la gloire de Dieu illuminera toutes choses. Mais avant ce jour, il appartient à l'homme de continuer cette oeuvre divine à travers la Science, la technique, etc. Il se comportera en intendant de Dieu, mieux en « lieu tenant » de Dieu dans la création car il l'a reçue comme prêt. De ce fait, il devra toujours chercher à agir selon les critères de la loi divine et non de ses propres lois. C'est donc une constante de l'enseignement chrétienne. Or depuis le XVIIè siècle, cela n'est presque plus enseigné. Combien de pasteurs le rappellent dans leurs prédications ? « Ce qui oblige les Chrétiens à se réveiller d'un long sommeil »[7]. Un réveil qui ne serait pas seulement dû à l'urgence des problèmes de pollution, de changement climatique ou autres, mais parce que leur foi elle-même est interpellée. C’est au nom de leur foi que les Chrétiens, contrairement à d’autres écologistes, mèneront une pastorale écologique.
5- Eucharistie, moteur de toute pastorale écologique
Aux origines mêmes de l’Eglise, il y a une influence déterminante de l’Eucharistie. Les Evangélistes précisent que ce sont les Douze, les Apôtres, qui se sont réunis autour de Jésus, à la dernière Cène (Mt 26,20 ; Mc 14,17 ; Lc 22,14). C’est un point particulier très important, puisque les Apôtres « furent les germes du nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée »[8]. En leur donnant son corps et son sang en nourriture, le Christ les unissait mystérieusement à son sacrifice qui devait se consommer sur le calvaire peu après. En accueillant au Cénacle l’invitation de Jésus : « Prenez et mangez…Buvez-en tous… » (Mt 26,26.28), les Apôtres sont entrés, pour la première fois, en communion sacramentelle avec lui. A partir de ce moment-là, et jusqu’à la fin des temps, l’Eglise se construit à travers la communion sacramentelle avec le Fils de Dieu immolé pour nous : « Faites cela en mémoire de moi…Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi » (1Co 11,24-25 ; Lc 22,19).
L’Eucharistie, étant la source et le sommet de toute la création, elle devient par conséquent la réponse à la préoccupation du monde contemporain y compris en matière d’équilibre écologique. Aussi, le renvoi rituel qui clôt une Eucharistie n’est pas un simple signe que « la séance est levée » : ce renvoi est un envoi. La célébration de l’Alliance ouvre sur la vie. Ainsi le « Ite missa est » (Allez, la messe est dites) ce qui équivaut à : Allez dans la paix du Christ, n’a d’autres significations que « Allez témoigner dans vos biotopes de celui qui vient de nous nourrir par sa parole, son corps et son sang. En outre, « au cœur de la célébration de l’Eucharistie il y a le pain et le vin qui, par les paroles du Christ et par l’invocation de l’Esprit saint, deviennent le corps et le sang du Christ »[9]. Nous sommes donc justiciables de ne pas mépriser dans la vie ce que nous couvrons de respect durant la liturgie. Les signes du pain et du vin, pétris par des mortels, ne sont-ils pas fruit du sol ? De quel sol s’agit-il ? Est-ce la terre polluée, ou bien fertile ? Il s’avère que, si même le meunier est conscient de la grandeur de sa farine, il ne peut que la tirer de la terre fertile. C’est ce qu’a su bien dire Virgil Gheorghiu lorsqu’il écrivait : « c’est le meunier qui fabrique, le pain pour les noces et les baptêmes, donc pour la vie et aussi pour les agâpes mortuaires. Dieu même, sur la table de l’autel est sorti des mains du meunier. Car c’est le meunier qui fabrique la farine pour les pains d’oblats, pour le corps du Christ ; il travaille pour le ciel et pour la terre, pour la vie et pour la mort, pour l’histoire et pour l’éternité »[10].
Ceci étant, l’Eucharistie nous engage à faire en sorte que le pain et le vin qui doivent devenir corps et sang du Christ soient le fruit pur de la terre fertile et non polluée. Cependant, nous sommes bien conscients que les membres de nos communautés chrétiennes n’ont pas toujours été informés ou enseignés sur ce sujet. Dès lors, comment pouvons-nous donc, dans notre univers quotidien, contribuer à protéger la création ? Les pistes de réflexion que nous proposons ci-dessous sembleront peut-être un peu simplistes tant l’idéal à atteindre est élevé. C’est dans cet élan que nous avions silhouetté dans le lointain quelques paysages des stratégies pastorales écologiques en guise de solutions…
6- Quelques solutions pratiques
Afin de lier l’action à la parole, voici en récapitulatif quelques orientations pratiques qui nous permettront de mieux lutter contre la crise écologique dans nos diocèses, nos paroisses, nos quartiers et secteurs, nos maisons, etc.:
· Développer la culture des communautés chrétiennes de base (CCB) ou communautés ecclésiales de base (CEB) ou encore Mbongui[11]. Ensuite s'organiser non seulement à y partager la parole de Dieu, mais également à la mettre en pratique pour le salut de l’Homme et la protection de la création.
· Lutter contre la pollution domestique et pratiquer le tri sélectif des déchets en vue du recyclage et inciter nos autorités locales dans ce sens.
· Développer l’éducation, la sensibilisation à l’environnement, en particulier auprès des jeunes, par exemple dans le cadre du catéchisme.
· Participer au débat politique (gestion de la cité). Rien ne nous empêche de faire entendre notre voix auprès des autorités locales ou régionales, pour les encourager à prendre des mesures saines visant à protéger l’environnement.
· Aborder ce sujet lors d’un débat dans nos Eglises et trouver ensemble des solutions pratiques à notre portée. Il faut poursuivre le débat dans ce sens et ne pas négliger les petits commencements car la mise en pratique des recommandations formulées par les autorités civiles et religieuses commence par des gestes très simples qui visent à préserver la création dans notre univers.
· Former des associations dans chaque quartier ou secteur pour bâtir des stratégies de protection de l’environnement ; car nous souffrant de beaucoup de maladie qui proviennent en grande partie de notre environnement impure. N’attendons pas tout du gouvernement.
Conclusion
De nos jours, tout le monde est en train de devenir écologiste ou du moins devrait le devenir. Que ceux qui jusque là sont encore à la traîne se mettent donc au même rythme que ceux qui ont déjà mis la main à la pâte. C’est comme on le dit en langue Lâri[12] : « yô mbizia ntouari » (c’est une viande commune). En effet, l’écologie est devenue le passage obligé des conversations ordinaires et des réflexions actuelles. Bien entendu, il s’agit non pas d’une simple mode mais de beaucoup plus que çà. L’effet médiatique se nourrit d’une inquiétude réelle, dont les causes ne font que grandir au fil des jours. On ne prendra jamais assez avec sérieux les ravages de plus en plus irréparables que l’économie financière des marchés et la société de consommation sans frein infligent à la planète.
Mais, justement comme le dit Jean Bastaire « la question déborde la simple analyse des faits, ce qui est le propre de l’écologie au sens strict du terme vu comme Science de l’environnement, de la maison terrestre »[13]. Elle déborde aussi la réponse politique qu’il est nécessaire d’apporter à une situation inventoriée. Tout cet immense désordre, qui n’est d’ailleurs pas nouveau, car il remonte à l’origine du monde (Gn 4,12), mais qui est démesurément accru aujourd’hui par les moyens techniques, ne se ramène pas seulement à des problèmes de connaissances et de gestion. Il ne s’agit pas non plus d’une question seulement éthique c’est-à-dire le comment se comporter, se régler, se discipliner pour redresser la situation ou du moins réduire le mal. L’exigence inévitable est donc de nature religieuse. Pas plus que nos frères d’autres religions et confessions, nous Chrétiens, ne nous en tireront pas par une attitude purement d’humanisme pragmatique, sans fondement spirituel. Il nous faudrait recourir à notre Foi pour éclairer notre comportement. Certes, « l’Ecriture Sainte n’apprend rien sur la couche d’ozone, sur la crise du climat, sur le recyclage des ordures, sur le déboisement ou la disparition des espèces »[14]. Mais elle dit cependant tout sur l’amour par lequel Dieu a créé le monde, s’est fait homme, s’est offert aux hommes dans l’Eucharistie. Elle dit tout sur le pain et le vin, fruit pur de la terre fertile et du travail des hommes devenu par la suite Corps et Sang du Christ. Vu de la sorte, le « qu’as-tu fait de ton frère l’univers » que peut demander à bon droit l’écologie à l’Eglise devient une interpellation à laquelle finalement les Chrétiens répondent par l’Eucharistie, « source et sommet de toute pastorale écologique »[15].
Par conséquent, la tâche des Chrétiens d’aujourd’hui, est de rechristianiser la matière, rebaptiser la création et re-sanctifier l’univers. Là prend sens l’exigence de la nouvelle évangélisation jadis annoncée par les pères synodaux (Ecclésia in Africa) et à laquelle nous sommes tous conviés. Celle-ci ne consisterai aucunement à un retour en arrière ou à une restauration du passé, mais plutôt à un ressaisissement de sens, qui nous permettrai de susciter l’inédit et d’inventer l’avenir afin d’actualiser ce que le père Léonard SANTEDI appelle déjà « la théologie de l’inventivité et de la créativité »[16]. C’est également ce que Monseigneur Ernest KOMBO d'heureuse mémoire, renchérit en la nommant « la théologie de l’adaptabilité »[17]. Toutefois, face à la nature, il nous faut retrouver le regard du Christ, verbe créateur et rédempteur de toutes choses, afin de poursuivre et d’accomplir la sauvegarde et le salut de la création.
[1] Jean BASTAIRE, L’exigence écologique Chrétienne, in ETVDES, septembre 2005, pp.203-211.
[2] Paul VI, Populorum progressio, n°15-17.
[3] JEAN Paul II, la paix avec Dieu et sa création, message au monde pour la journée de la paix, 1er janvier 1990 in Documentation Catholique n° 1997.
[4] Olivier BURGELIN, écologique (mouvement), in Encyclopedia universalis, Tom 7, p.875.
[5]Trophine MOUIREN, la création, Fayard, paris, 1961, p.36.
[6]Xavier Léon-DUFOUR, La création nouvelle, in VTB, Cerf, Paris, 1995, P.228.
[7]Jean BASTAIRE, Idem, p.24.
[8] Vat.II, décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad gentes, n°5.
[9] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1333.
[10] Virgil Gheorghiu, La condottiera, Club de la femme, Paris, 1969, p.104.
[11] Mbongui: appellation d'une CCB au Congo Brazzaville
[12]Le Lâri : (langue lâri), dialecte du peuple Lâdi de la région du Pool au sud du Congo. Cf.www.Bantou.Languages.com
[13] Jean BASTAIRE, idem.
[14] Jean BASTAIRE, op.cit.
[15] www.daleb-mpassi2.overblog.com
[16] Léonard SANTEDI, Inculturation dans Ecclesia in Africa, conférence à l’occasion des journées dédiées au 10ème anniversaire de l’exhortation Apostolique post-synodale "Ecclesia in africa", le 19 Mai 2005 au grand séminaire de Brazzaville (Congo).
[17] Mgr Ernest KOMBO, discours aux séminaristes, lors de sa visite au grand séminaire de Brazzaville « Emile cardinal BIAYENDA », le 20 mars 2005.