Une pasrorale insolite : est-ce vrai ! (Abbé Daleb)
Une Pastorale insolite
Il est 9h30 ! La messe du dimanche du Bon Pasteur venait de s’achever. Un séminariste qui avait vécu intensément la célébration eucharistique sortit précipitamment de l’Eglise ; et pour cause, il était pressé d’annoncer la bonne nouvelle aux hommes.
Au premier carrefour, il rencontra un mendiant. Et comme pour déverser sa générosité sur cette âme souffrante, il enleva (malencontreusement) une pièce de 500 fr dans sa poche et la donna au mendiant. Il s’était trompé de poche. Au lieu des 25fr, il avait puisé tout son budget pour le jeune homme. Le séminariste qui avait en tout 525fr attendait non seulement un merci bien légitime mais aussi et surtout un chapelet de bénédictions mais hélas, rien de tout cela.
Séminariste : Jeune homme, tu ne me dis pas merci ?
Mendiant : Pourquoi dois-je vous remercier pour avoir fait votre devoir ?
Séminariste : Mais ! Dis donc que crois-tu ? Je t’ai tout donné.
Mendiant : Vous vous énervez vite monsieur. Rien que 500fr ! C’est bien trop pour une semaine mais c’est bien peu pour ce que je suis.
Séminariste : Ah bon !
Mendiant : Vous ne me comprenez pas. C’est normal ! Mais dites-moi. En me donnant les 500fr ne voyez-vous pas en moi un individu quelconque ? Un jeune sale ? Affamé ? Impuissant et paresseux ? Pour moi, je suis un homme, un jeune comme vous, un frère, un humain. Pensez-vous que je mérite mon sort ? Dites-moi pourquoi êtes-vous bien soigné et nourris trois fois par jour et pas moi ?
Séminariste : Arrête tes plaintes, jeune homme. J’ai l’impression que tu es aigri mais sache que je ne suis pas la cause de tes malheurs.
Mendiant : Monsieur si je suis aigri ce n’est pas que vous êtes pour quelque chose dans ma situation ; c’est parce que vous êtes un homme comme moi et vous et vous ne pouvez pas me dire pourquoi vous êtes logé, nourris habillé soigné et pas moi ? Vous êtes pressé ? Dites-moi êtes-vous un religieux ? Je vois votre croix.
(A cette question le séminariste répond fièrement)
Séminariste : Ah oui et si tu veux bien, je suis un futur prêtre.
Mendiant : Vous êtes bien rigollot monsieur.Vous êtes séminariste, je m’en doutais. Les uns nous chassent à coup de pattes, les autres avec des regards méchants et les plus humanistes comme vous les hommes d’Eglise préfèrent nous chasser avec l’argent qu’ils ont d’ailleurs reçu des autres. Ils sont les plus malins car ils comptent sur nous pour se faire une place au ciel. Comme nous vous sommes utiles ? Voulez-vous être mon ami ?
Séminariste : Avec plaisir.
Mendiant : Réfléchissez avant de répondre. Moi je suis sale, mes habits aussi et pour preuve vous vous tenez à bonne distance de moi. Vous avez toutes les chances de ne jamais me serrer la main. Prêtez-moi un habit ecclésiastique, ma vie s’améliorera.
Séminariste : Jeune homme, l’habit ne fait pas le moine.
Mendiant : Comment pouvez-vous reconnaître le moine sans son habit ? Avec l’habit ecclésiastique il vous suffit de demander à boire pour qu’on vous serve un bon repas. Les plus avisés n’oublieront pas d’ajouter du vin. Mon ami, l’habit fait bel et bien le moine.
Séminariste : Jeune homme tu m’agaces maintenant ; je veux continuer ma route pour assurer ma pastorale, les brebis attendent et s’impatientent.
Mendiant : C’est de votre genre, toujours pressé. J’ai voulu être votre ami mais apparemment vous ne me voulez pas parce que je dérange ; un ami n’agace jamais. Je m’adresse à toi en ami et toi tu vois en moi un vulgaire pollueur de société. Jamais je ne pourrai avoir un ami. Une dernière demande : Si tu ne veux pas être mon ami parce que je suis ton frère, moi je veux être ton ami parce que je suis ton frère, moi je veux être ton ami parce que je sais que je te suis précieux pour ton salut.
Séminariste : Au revoir mon ami.
Mendiant : Au revoir monsieur.
Sevy Yam
Cette conversation qui apparemment est plate soulève un problème délicat ; celui de l’aumône ou du don. Plus d’un se sont prononcés déjà sur ce thème. Tout homme d’ailleurs fait l’expérience du don. Si on ne donne pas on reçoit, autrement dit nous passons du donner au recevoir et du recevoir au donner. Loin de nous l’intention de faire une étude systématique sur ce thème, chose qui fut déjà faite dans cette communauté par des personnes indiquées. Tout au plus nous nous lançons une invite, une mise en garde. ‘Le don est toujours le même ; ce qui diffère c’est la façon dont il est fait’ dixit Sénèque. Et la Bible elle-même nous convainc que l’aumône, geste de bonté de l’homme pour son frère est d’abord une imitation des gestes de Dieu qui le premier, a fait preuve de bonté envers l’homme. (cf. V.T.B art. Aumône, p. 70)
Abbé Daleb : Aimons donner, et de la meilleure façon !