EUCHARISTIE ET ECOLOGIE (Abbé Daleb Mpassy)
« La crise écologique ne constitue pas seulement un problème scientifique et technique mais, également et principalement un problème éthique et moral », a expliqué l’évêque péruvien de Huancayo, Mgr Pedro Ricardo Barreto Jimeno, jésuite, dans son allocution au synode, le 4 octobre après-midi, en la fête de saint François d’Assise. Il invitait à une « conversion écologique » nécessaire à la paix du monde.
Il soulignait le lien entre eucharistie et préservation de l’environnement des hommes : « Telle est l’opinion de l’Église selon laquellela technologie qui pollue peut également décontaminer; la production qui accumule peut également distribuer de manière équitable, à condition que prévale l’éthique du respect pour la vie, pour la dignité de l’homme et pour les droits des générations humaines, présentes et à venir. »
« Le changement climatique, insistait l’évêque péruvien, représente une sérieuse menace pour la paix dans le monde. Il s’agit d’un authentique signe des temps qui exige de notre part une conversion écologique. L’Église a une grande responsabilité dans ce domaine spirituel. En effet,l’Eucharistie, étant le sommet auquel tend toute la création, elle est la réponse à la préoccupation du monde contemporain y compris en matière d’équilibre écologique.
Il affirmait encore : « L’Eucharistie est en relation directe avec la vie et l’espérance de l’humanité et doit être la préoccupation constante de l’Église et un signe d’authenticité eucharistique.
Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera (cf. 2P 3, 13) et ramènera toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres (cf. Ep 1, 10). »
Il témoignait que dans son diocèse aussi « l’air, la terre et le lit du fleuve Mantaro sont sérieusement compromis par la pollution. »
«L’Eucharistie nous engage, insistait l’archevêque, à faire en sorte que le pain et le vin soient
le fruit de la terre fertile, pure et non polluée.Il soulignait aussi la nécessité d’une «solidarité» dans ce domaine, avec les plus pauvres : « La foi dans le Christ ressuscité fait que l’Église soit un projet de solidarité afin de partager les biens avec les plus pauvres et de vivre dans l’Église la spiritualité eucharistique ».
Benoît XVI a parlé à plusieurs reprises en septembre d ’ écologie, sujet qui n ’ a pas bonne presse dans les milieux conservateurs, qu ’ ils soient politiques ou religieux. On l’assimile un peu vite au parti politique des Verts qui ne fait que ressasser la bonne vieille vulgate marxiste revisitée à la mode écologique. Mais au prétexte que les partis écologistes sont aujourd’hui de gauche ou d ’ extrême gauche, que l ’ idéologie qui sous-tend une grande partie de leur discours est marxisante, mondialiste et anti-nationale, faut-il en conclure que les problèmes qu ’ ils soulèvent ne sont que des manipulations ou des fantasmes ? Ou le fait que les Verts apportent de mauvaises solutions (pas toujours) supprime-t-il la réalité des dangers qu ’ ils dénoncent ? Derrière ce débat se pose la question de la responsabilité de l ’ homme dans la détérioration de son environnement : pollution, pénurie de certaines ressources énergétiques, agriculture hyper intensive (les OGM, par ex.), destruction des milieux naturels (déforestation, industrialisation irréfléchie…), etc. Qui peut sérieusement nier que l ’ homme est responsable de ces dérives ? C ’ est en effet le point central, car si l ’ homme n ’ est en rien responsable de cette dégradation – ou si on la nie tout simplement –, alors il n ’ y a sans doute pas grand-chose à faire pour inverser le mouvement. Et l ’ on peut en toute bonne conscience continuer à épuiser et enlaidir notre pauvre planète en évitant de remettre en cause nos modes de vie consuméristes, comme si l ’ augmentation sans fin de la consommation était un but en elle-même. Depuis le déclin du communisme, aussi peu respectueux de l ’ environnement que de la dignité humaine, en effet, n ’ est-ce pas le système libéral planétaire qui est largement à l ’origine des problèmes écologiques ?
Abbé Daleb Mpassy