Homélie du 3 octobre 2009 : Ouverture de l’année pastorale et ordinations (diaconales et presbytérales)
Archevêché de Brazzaville
B.P. 2301 – BRAZZAVILLE
République du Congo
Homélie du 3 octobre 2009 :
Ouverture de l’année pastorale et ordinations
(diaconales et presbytérales)
Chers Frères et Sœurs,
Une nouvelle année pastorale s’ouvre, comme d’habitude, avec des ordinations, cette fois-ci, presbytérales et diaconales. C’est une année qui devrait connaître dans notre Archidiocèse des événements mémorables, exceptionnels. Il y a les cinquante ans (50) de l’indépendance de notre pays, le Congo ; l’année sacerdotale qui a débuté le 19 juin dernier sous l’impulsion de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI avec comme modèle à contempler, pour les prêtres, Saint Jean-Marie VIANNEY ; le lancement d’un impôt diocésain, une grande première pour notre diocèse ; le redémarrage de l’Ecole des Sciences Religieuses, dans sa nouvelle formule ; le lancement en juin prochain de l’année Mgr Théophile Mbemba.
Ce sont des événements qu’il faut porter dans nos prières, dans notre cœur et auxquels il faut prendre part active pour leur réussite et leur impact dans notre vie concrète.
Depuis quelques années, et plus intensément depuis quelques mois, je n’ai cessé d’interpeller le Collège des Consulteurs que le cinquantenaire de l’indépendance du pays, quoiqu’étant un événement plus politique que spirituel, soit vécu avec fruit et aide le chrétien Congolais de Brazzaville à mieux prendre conscience de son engagement social au bénéfice de son pays. De concert avec la Commission diocésaine Justice et Paix, le Collège des Consulteurs devrait prendre à bras le corps la célébration de cet événement. Cela suppose l’organisation des journées de réflexion aidant les chrétiens à comprendre le sens de l’engagement social, tel que défini dans les documents du Magistère de l’Eglise, notamment le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise. En effet, lorsque le Christ affirme : Vous êtes le sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde, c’est une invitation qui est lancée à ses disciples à être le ferment dans la pâte du monde. L’engagement du chrétien ne doit pas se limiter à la participation à la messe, à la fréquentation de son Mouvement d’apostolat, mais surtout il est requis du chrétien d’être témoin du Christ partout où il est présent : en famille, dans le milieu professionnel, au quartier, etc. Dans deux jours, s’ouvre à Rome, un Synode important pour l’Afrique, sur le thème : L’Eglise au service de la réconciliation, de la paix et de la justice. Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Les cinquante ans de notre indépendance, au niveau de l’Archidiocèse, peuvent être lus à la lumière de l’Instrumentum laboris de cette Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques et également à la lumière du Discours d’investiture du Président de la République. Ce sont deux documents qui peuvent beaucoup inspirer nos réflexions sur ce que nous avons fait réellement de l’indépendance obtenue et comment entrevoir l’avenir, en vue d’un mieux être et d’un Congo totalement réconcilié et en marche pour un développement intégral.
Quant à l’année du sacerdoce, des activités vont être lancées. Il s’agit de la reprise effective de la formation permanente et la participation obligatoire de tous les prêtres à cette formation qui s’articulera autour des thèmes ayant trait à l’identité et à la vie du prêtre. J’insiste que la participation n’est pas facultative, pour les prêtres. Elle est obligatoire, je rappelle. Je trouverai un moyen sage et juste pour contrôler les présences. C’est cela aussi vivre une année dédiée à nous. En plus des conférences constituant la formation permanente, j’ai demandé à une équipe de prêtres de nous proposer des actions concrètes que les prêtres peuvent mener en faveur d’eux-mêmes, entre eux, et en faveur de l’Eglise, c’est-à-dire du Peuple de Dieu et d’autres structures ecclésiales, bien sûr en plus de la célébration des sacrements et des sacramentaux.
Pour les conférences, un calendrier avec des thèmes déjà sélectionnés et les différents intervenants vous sera remis incessamment, même à la fin de cette messe.
Pour l’Ecole des Sciences Religieuses, sans y faire attention, cette Ecole totalise aujourd’hui cinq (5) ans d’existence. Elle a fonctionné de façon discontinue. J’ai demandé à une équipe de me faire des propositions. Aujourd’hui, c’est chose faite. Des brochures, mieux des éphémérides, ont été rédigées et ventilées dans les différentes paroisses et communautés religieuses de notre Archidiocèse. C’est l’occasion pour moi de vous rappeler l’importance de la formation dans la vie de tout chrétien. Dans sa nouvelle formule, l’Ecole propose des enseignements de qualité et susceptibles d’aider les chrétiens, religieux, religieuses et pourquoi pas des prêtres à approfondir leur connaissance de Dieu, de la Bible, de l’Eglise et de la société aussi en général. Inscrivez-vous suivant ce qui a été dit dans la circulaire de la direction de l’Ecole.
A la fin de l’année pastorale 2008-2009, j’ai annoncé solennellement que je lèverai un impôt sur les fidèles chrétiens et sur certaines structures de l’Eglise, en vue de faire face à certains besoins qui nécessitent le concours financier de tout l’Archidiocèse de Brazzaville. J’ai pris un acte y relatif qui va vous être lu, à la fin de cette messe et dont une copie sera disponible dans toutes les paroisses de l’Archidiocèse. Avant tout, je vous lis le canon 1263 qui prescrit l’impôt diocésain : « L’Evêque diocésain a le droit, après avoir entendu le Conseil pour les Affaires économiques et le conseil presbytéral, de lever pour les besoins du diocèse, sur les personnes juridiques publiques soumises à son gouvernement, un impôt modéré, proportionnel à leurs revenus ; aux autres personnes physiques et juridiques, il lui est seulement permis d’imposer, en cas de grave nécessité et dans les mêmes conditions, une contribution extraordinaire et modérée, restant sauves les lois et coutumes particulières qui lui accorderaient des droits plus étendus. »
Je vous fais aussi part des préoccupations qui n’entrent pas dans l’impôt que je vais exiger et qui ne sont pas moins importantes. Il s’agit de l’acquisition de nouveaux terrains pour implanter de futures paroisses dans les nouveaux quartiers de notre ville. Je pense à la nouvelle sortie Nord de Brazzaville, Sadelmi, Mbuono, Kombe. Je remercie en passant certains propriétaires fonciers qui font généreusement dons de terrains à l’Eglise. Cela doit être une préoccupation pour nous. Ne pas acquérir les terrains maintenant. C’est priver ces quartiers de lieux de culte. Les générations futures ne nous le pardonneront jamais. A nous de nous mobiliser.
Je parlais tout à l’heure des cinquante ans de notre indépendance. Lors de mes multiples rencontres avec le Président de la République, nous avons souvent parlé de la Basilique Sainte Anne du Congo. Je vous rappelle, en passant, que la réhabilitation de la toiture, les travaux de maçonnerie, d’électricité, de la sonorisation, et aujourd’hui de l’aménagement du jardin, du parking et bien d’autres travaux encore, ont été réalisés à grâce à la contribution financière, en très grande partie, de l’Etat Congolais. Alors, lors de nos rencontres avec le Président de la République, il a souvent été question de la Basilique Sainte Anne du Congo, surtout de la construction du clocher avant la fin des cinquante ans de l’indépendance de notre pays. Aujourd’hui, il nous faut réaliser le clocher. Tout en comptant, une fois de plus, sur la contribution de l’Etat Congolais, j’ai jugé très important que l’Eglise de Brazzaville participe aussi, une fois de plus, à cette construction.
L’année Saint Paul s’est écoulée sans avoir laissé de trace concrète sur notre diocèse dont la paroisse de Madibou porte le nom. Depuis plusieurs années, je pense à la construction de la Maison de retraite des prêtres, le terrain est acquis et il faut construire.
Que faire ?
Face à cette question, j’ai consulté mes différents conseils. C’est pourquoi j’ai décidé de lever un impôt sur les fidèles et sur les différentes paroisses, pour faire front au clocher de Sainte Anne, à l’église de Madibou et à la Maison de retraite des prêtres. Les modalités pratiques de cet impôt vous seront communiquées à la fin de cette messe, comme je l’ai annoncé tout à l’heure.
A côté de tous ces soucis, nous célébrons, au cours de cette messe de l’ouverture de l’année pastorale, des ordinations diaconales et presbytérales. J’aimerais dire un mot à ce sujet. Les textes liturgiques que nous venons d’entendre nous rappellent l’importance du choix de Dieu, le contenu de la mission confiée au diacre et au prêtre, l’attitude ou le comportement qui doit caractériser le clerc. Sans oublier que ces ordinations se font au cours de l’année sacerdotale dont le thème est : Fidélité du Christ, fidélité du prêtre.
Il est vrai que c’est Dieu qui prend l’initiative de l’appel. Isaïe vient de nous le rappeler dans la première lecture. La deuxième lecture, par le biais de la décision des disciples du Christ, révèle également que le choix des sept diacres est accompli sous l’assistance de l’Esprit. C’est un choix noble, exaltant et sanctifiant. Il est fait parmi les gens qui vivent dans le monde, mais qui ne doivent pas être du monde, rappelle Jésus dans l’Evangile. Dieu met à part ceux qu’il choisit pour exercer le ministère sacerdotal. Cette mise à part requiert de la part de celui est choisi une fidélité. Cette fidélité tire sa source dans celle du Christ. C’est à juste titre que le Pape Benoit XVI établit un lien entre la fidélité du Christ et celle du prêtre. En effet, le prêtre est appelé à suivre, comme modèle de fidélité, le Christ. Le Christ s’est fait obéissant, rapporte Saint Paul dans sa Lettre aux Philippiens, et obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix. La donation du prêtre doit être totale. Aucune partie de sa vie ne doit souffrir d’aucune entorse, ne doit être réservée ; il ne doit y avoir des compartiments cachés ou destinés à autre chose. Il se donne totalement à Dieu qui l’a appelé à sa mission. C’est dans la fidélité à la Parole de Dieu que le prêtre ou le diacre doit exercer son ministère. Ce ministère, dont la fidélité constitue la clef de voute, demande un ressourcement spirituel continu et une remise à jour permanente. Dans un monde changeant, évoluant dans tous les sens, il faut des clercs attentifs, bien formés, solidement spirituels, pastoralement engagés pour y faire face.
C’est à cela que j’invite ceux qui vont être ordonnés tout à l’heure. Jean-Marie VIANNEY, en dépit de ses limites intellectuelles, a été un homme patient, assoiffé de connaître, passant son temps au confessionnal pour écouter le Peuple de Dieu. Aujourd’hui, comme le regrettent les premiers chrétiens dans la deuxième lecture, on a l’impression que le prêtre a son cœur ailleurs. Il faut nous ressaisir. Au lendemain du Jubilé de l’an 2000, dans sa Lettre Apostolique Novo Millennio ineunte, le Pape Jean-Paul II nous invitait à repartir du Christ. C’est ce que je dis, de façon spécifique, aux prêtres ce matin. Repartons du Christ. Revisitons notre identité, notre être prêtre, notre ministère, afin d’être à la hauteur de l’appel reçu.
C’est la grâce de la fidélité à nos engagements qu’il nous faut demander à Dieu. Cela doit se faire au jour le jour. Abandonnons-nous dans les mains de Dieu pour qu’il nous modèle selon son cœur.
Et, à vous Peuple de Dieu, soutenez vos prêtres dans vos prières, surtout en cette année qui leur est dédiée. Ne les maudissez pas comme vous le faites dans les marchés, dans les bus, dans les taxis communs. Allez vers eux toutes les fois que vous le jugerez utile pour les aider à mieux faire. Evitez de résoudre les difficultés de vos prêtres dans la rue ou sur la place publique. C’est cela aussi la charité.
Puisse la Vierge Marie, la Mère de Dieu, Protectrice des prêtres et la Maman à qui notre pays a été consacré, intercéder pour notre pays, pour nous-mêmes, pour nos prêtres, auprès de son Fils pour le renouvellement de tout et de tous, pour la plus grande gloire de Dieu.
Amen !
Monseigneur Anatole MILANDOU
Archevêque de Brazzaville