Homélie du 2ème dimanche de Carême,Année B
Homélie du 2ème dimanche de Carême, Année B:
Textes : (Marc 9,2-10)
Bien chers frères et sœurs,
En écoutant la lecture de l’évangile de ce dimanche, nous avons sans doute remarqué cette phrase si frappante: « il fut transfiguré devant eux ». C’est là un texte qui nous renseigne donc sur l’identité véritable de Jésus-Christ.
Voici en effet, une scène grandiose mais, aussi, étrange et mystérieuse. Etrange parce que des images y sont accumulées avec lesquelles nous ne sommes pas très familiarisés, car elles renferment de nombreuses allusions à l’Ancien Testament, comme la montagne, les tentes, la nuée, et j’en passe. Mystérieuse, car il se passe quelque chose de stupéfiant concernant la personne de Jésus. Il semble subitement avoir abandonné son parti pris d’être effacé et de ne rien dire de lui : le voilà qui se montre éclatant de gloire ! Mystérieuse aussi parce que les témoins de la scène se disent à la fois heureux et saisis de frayeur, et parce qu’il leur est demandé de ne rien dire. Finalement, quel secret leur a été transmis, qu’ils doivent garder à leur tour ?
Frères et sœurs, deux montagnes se dressent devant nous en ce 2ème dimanche de Carême : celle où Abraham offre à Dieu son fils en sacrifice, et celle où Dieu nous révèle son Fils couvert de sa gloire. En ne refusant pas son fils unique, Abraham était une image de l’amour infini de Dieu pour les hommes. Dans la Transfiguration de Jésus, Dieu nous entrouvre la porte de la résurrection.
Après ce rapide briefing des textes de ce jour, l’identité de Jésus peut se résumer en un concept. Il est le Fils bien-aimé du père. Et pourtant, ce titre semble nous renvoyer à l’identité de quelqu’un d’autre : le père. Et c’est à ce juste titre qu’un de ses disciples lui dira plus tard : « montres-nous le père et cela nous suffit ». Ainsi, je me permets de vous conter un fait :
Bien chers frères et sœurs,
Le 12 avril 1961, un homme venait d’effectuer une révolution autour de la terre. Que de journaux avaient relaté la nouvelle (Sidwaya, l’observateur paâlga, jeune Afrique et j’en passe). Que d’attroupements autour de quelques petits postes téléviseurs qu’on pouvait compter du doigt, et là encore en noir et blanc. Que s’était-il passé ce jour là. Nombreux parmi nous n’étaient pas encore nés, hélas ! Eh bien, à bord d’un vaisseau spatial nommé Vostok 1, après un vol de 108 minutes, le premier homme, un certain IOURI GAGARINE, pilote militaire et cosmonaute Russe, venait de poser le premier pas dans l’espace. Cela paraît certainement sans importance pour nous, puisque l’important n’est pas dans ce voyage astronomique, rassurez-vous ! Mais de retour sur terre, Iouri Gagarine adressait un message à tous les Chrétiens du monde. Il disait sur un ton ironique : « chers frères chrétiens, j’étais au ciel, j’y ai séjourné plusieurs jours, j’y ai rencontré plusieurs merveilles. Mais votre Dieu, je l’ai cherché en vain, je ne l’ai pas rencontré ni même aperçu. Par conséquent il n’y est pas, il n’existe pas ».
Bien chers frères et sœurs,
Si notre Dieu n’est pas une molécule gazeuse qu’on rencontrerait quelque part dans l’espace. S’il n’est pas mort comme l’a jadis affirmé Nietze ou bien d’autres philosophes, alors il sied à nous chrétiens de renseigner le monde sur sa véritable identité.
Qui donc est Dieu ? C’est là à mon sens une question qui mérite d’être posée. Et je sais que s’il m’était permis de faire le tour de cette auguste assemblée pour recueillir toutes nos réponses, on pourrait y passer la journée.
Aussi, de tout temps, depuis des siècles, les Hommes ont essayé de se représenter leur Dieu. Et chaque race, langue, peuple, nation, culture, ethnie, n’a cessé de donner une réponse à cette question. Et nos ancêtres ne sont pas restés en marge, c’est pourquoi, par exemple les Congolais l’ont nommé Nzambé ou Nzapa, les Bwaba l’ont nommé Doofî, nous les Mossi l’avons appelé Naaba-Wendé, et même les Samo lui ont trouvé un nom, c’est Laawa. Tantôt, nous lui avons façonné un visage, tantôt nous lui en avons fabriqué un de toutes pièces. Et à ce propos un adage dit : « Dieu a crée l’Homme à son image, et l’Homme le lui a bien rendu ! » Hélas ! Les images d’un Dieu du tonnerre et des éclairs, d’un juge qui punit et condamne, d’un Tout-puissant qui fait à son gré tout et son contraire, d’un Dieu vengeur ou magicien, d’un Dieu tonitruant et même d’un Dieu vieillard à barbe blanche, font place aujourd’hui à celui qui sur la montagne est transfiguré. Car toutes ces tentatives précitées se sont malheureusement avérées limités, tant la réalité de Dieu est immense. Et pourtant Dieu qui est un être souverainement libre et invisible, se rendant présent par son action, là où il veut et quand il le veut, a toujours voulu se faire connaître aux Hommes. Il l’a jadis fait par les prophètes et aujourd’hui, il continu à le faire par son fils notre Seigneur Jésus-Christ. Du ciel une voix se fait entendre : « Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le».
Oui, bien chers frères et sœurs,
Dieu lève le voile qui couvrait son visage, il se dévoile pour que l’homme puisse mieux le connaître. En Jésus de Nazareth, nous découvrons le vrai visage de Dieu, un visage de miséricorde et d’amour. Par sa personne même, Jésus est Bonne nouvelle ! L’amour gratuit et la vérité sont venus par Jésus-Christ. En prenant visage d’homme, le Fils du père a pour mission la transfiguration de l’homme. De chacun des êtres humains, auxquels il vient témoigner l’amour du père, il veut faire un fils et une fille de Dieu. Cette scène de la transfiguration en rappelle une autre, le baptême de Jésus : où la voix céleste prononce la même parole. Dire qu’il pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, c’est signifier qu’il s‘agit de trois disciples privilégiés qui seront les seuls témoins, comme c’est souvent le cas dans l’apocalypses pour dire qu’il va s’agir d’un secret réservé. Mais l’évangile semble souligner ce détails : « seuls, à l’écart » ; comme pour nous rappeler que ce sont là trois des quatre premiers appelés (Mc 1,16-20), mais aussi les trois seuls admis chez Jaïre lors de la résurrection de sa fille (Mc 5,37) et Jésus voudra les prendre encore avec lui pour les faire témoins de son agonie à Gethsémani, mais leurs yeux seront couvert de sommeil. Moïse déjà montait au Sinaï avec trois compagnons nommément désignés (Ex 24,1-9), et c’est à lui encore que peut renvoyer le thème de « haute montagne », lieu ordinaire de la prière et des révélations divines. Ce qui se vérifie d’ailleurs dans la 1ère lecture car Dieu dit à Abraham : « prends ton fils unique, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en sacrifice sur la montagne que je t’indiquerai ». Mais alors, que viennent chercher Elie et Moïse dans notre texte. On dit parfois que Moïse représente la Loi, Elie les prophètes et que c’est donc ici tout l’Ancien Testament qui apporte en faveur de Jésus son témoignage. Aussi, ils étaient l’un et l’autre de ceux qui, pensait-on devraient entourer le Messie lors de sa venue. Elie avait été enlevé au ciel (2R 2,11-13) et pouvait donc en revenir. Quant à Moïse, du fait que l’on n’avait plus de trace de son tombeau (Dt 34,5), on s’était mis à penser que, de même qu’Elie, il était déjà entré dans le monde eschatologique des êtres glorifiés et qu’il en reviendrait à la fin des temps. En plus, Moïse et Elie avaient l’un et l’autre gravi la montagne de la révélation. Il est donc normal qu’ils apparaissent sur ce nouveau Sinaï où sont les apôtres.
Jésus est le propre Fils qui s’entend appliquer la formule d’intronisation royale : «Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le». Notant que le titre de Fils de Dieu touche de si près au mystère du Christ à tel enseigne qu’en dehors de la confession de foi de Pierre, seule la voix divine ou celle des démons peut le prononcer. Et par le plus frappant des paradoxes, c’est au moment où tout est accompli, c’est-à-dire lorsque Jésus mourra sur la Croix comme un va-nu-pieds, qu’un homme enfin, et non pas un disciple, mais un païen, fera la 1ère confession de foi : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu » (Marc 15,39). Mais notons cependant la progression entre le Baptême et la Transfiguration. A son Baptême, Jésus est présenté comme un être céleste : le ciel lui est ouvert. Cependant il est seul à en avoir conscience : c’est lui qui voit, et c’est à lui que la voix s’adresse. A la Transfiguration, les mêmes éléments apparaissent, mais il est fait mention de montagne, de vêtement blanc, d’êtres célestes, enfin, Jésus n’est plus seul à connaître le secret qui le concerne : des témoins sont invités à le partager, même s’ils ne le comprennent pas encore. De fait, si révélation il y a, elle n’en demeure pas toujours comprise. C’est ce que montre particulièrement la réaction des témoins. Dans un 1er temps, ils proposent de dresser trois tentes. Leur réaction rappelle celle de David qui voulut bâtir pour Dieu une maison comme la sienne : en réponse il eut la révélation que c’est Dieu qui lui en bâtirait une, et d’un autre ordre (2 S7). Ici, vouloir bâtir une tente pour Jésus à la manière de celle de Moïse et Elie, c’est se mettre sur le même pied qu’eux. La réponse est fournie par la nuée, tente naturelle qui n’est pas faite de main d’homme mais qui vient de Dieu.
En outre, Jésus Transfiguré ne reste pas sur la montagne comme le lui suggère son disciple, mais il descend comme pour venir partager cette blancheur. Ce qui se reproduit parfaitement aujourd’hui, car tous nous sommes partis de chez nous pour ce lieu saint, cherchant à rencontrer le Seigneur. Comme Jésus, nous voilà transfiguré par la parole de Dieu et le seront encore bientôt par sa présence réelle dans l’Eucharistie. Comme Jésus, nous ne devrons pas bâtir nos tentes ici, mais nous devrons aller témoigner du Christ dans nos foyer, nos quartiers, nos lieux de service, nos milieux de vie. C’est dire que, renouvelé par le baptême, chaque chrétien est appelé à se reconnaître Fils de Dieu en Jésus. Cela nous oblige à bien nous comporter car un Fils de Dieu ne vit pas au hasard. Il ne vit pas comme monsieur tout le monde (parce que tout le monde fait comme cela, moi aussi je fais : non). Il ne vas pas n’importe où, ne parle pas au hasard, ne fait pas n’importe quoi avec son corps, bref il réfléchit avant de poser tel ou tel autre acte.
Bien chers frères et sœurs, Jésus révèle Dieu aux Hommes et nous fais découvrir que nous sommes nous aussi, par le baptême, Fils de Dieu. Cela devrait donc nous amener à revoir notre manière de vivre surtout en ce temps de Carême. Car comme a su bien le dire l’actuel pape Benoît XVI : « nous ne sommes pas un produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, aimé et nécessaire ».
Pour terminer, je m’en vais vous conter une anecdote :
Une petite fille vint trouver sa mère un jour et lui dit
- Maman, j’ai envie de dessiner Dieu
- Prends tes couleurs et du papier et dessine (La petite fille installe ses affaires sur la table. Elle réfléchit longuement. Soudain elle revient vers sa mère).
- Maman, est-ce qu’il est grand, Dieu ?
- Oui, ma fille, Dieu, il est très grand ! (de nouveau à sa table la petite fille réfléchit mais ne dessine pas. Soudain elle se relève et revient vers sa mère.
- Maman, Dieu est-ce qu’il est beau ?
- Oui, ma fille, Dieu, il est très beau ! (la petite fille réfléchit longuement devant son papier. Puis elle vient dire tout simplement à sa maman)
- Maman, j’ai décidé de ne pas dessiner Dieu, j’ai trop peur de l’abîmer.
Bien chers frères et sœurs,
Ayons nous aussi peur d’abîmer et n’abîmons pas l’image de Dieu qui est en nous, par notre façon de vivre. Pour un Carême fructueux, humblement demandons à l’esprit du Seigneur de nous aider afin que nous puissions toujours nous comporter en véritable Fils de Dieu. Que Dieu écoute et exauce notre prière. Amen !
Abbé Daleb Venceslas Mpassy