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Dogme et inculturation en Afrique

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

"Dogme et inculturation en Afrique"
De l'abbé Léonard SANTEDI KINKUPU. Paris, Karthala, 2003


INCULTURATION EN AFRIQUE: C’est un livre stimulant qui nous est offert par le nouveau doyen de la faculté de théologie de Kinshasa. Il est le fruit d’une thèse dans laquelle l’auteur a fait une étude critique du phénomène du "modernisme", au début du vingtième siècle et des réactions que les écrits théologiques "modernistes" ont provoqué de la part du Magistère.


Pourquoi un théologien des facultés catholiques de Kinshasa s’intéresse-t-il à ces débats théologiques de l’Europe des années 1900, comme l’ont fait avant lui d’autres théologiens des mêmes facultés (T. Tshibangu, N. Mushete) ? Cet intérêt s’enracine dans la lecture qu’ils font de ces débats : le modernisme pose des questions réelles sur la proposition de la foi dans un monde profondément renouvelé dans sa culture.


Léonard Santedi peut alors, en s’appuyant sur cette étude, nous proposer un approfondissement sur la question de l’inculturation de la foi. C’est ainsi un livre à double entrée : une relecture à frais nouveaux de controverses théologiques d’hier à partir d’un questionnement enraciné aujourd’hui et des questions posées à l’intelligence de la foi aujourd’hui à partir d’un questionnement d’hier.


C’est autour de l’idée de "dogme" que l’auteur centre sa relecture du modernisme ; cette idée, en effet, est comme une pierre de touche des incompatibilités entre la foi et la culture scientifique telles qu’elles sont alors conçues. D’où l’étude de cette idée de dogme dans la tradition théologique de l’Eglise ; si les réactions du Magistère en ce début de siècle n’ont pas été à la hauteur des enjeux, l’auteur en interprète la cause dans la réduction progressive de l’idée de dogme dans la transmission ecclésiale. Cela le conduit à mettre en relief le radical renouvellement de la problématique avec le concile de Vatican II, mais aussi les difficultés de réception de cette nouveauté, par exemple dans le document de la commission internationale de théologie sur "l’interprétation des dogmes".


Réintroduire la question des dogmes dans la dynamique d’une transmission de l’Evangile par le corps vivant de l’Eglise qui prie, célèbre et témoigne par tout ce qu’elle est, cela sert de fondement à l’auteur pour revisiter la réflexion sur l’inculturation : refus d’une opposition stérile entre inculturation et libération, mise en valeur de l’inventivité créatrice de toute œuvre d’inculturation authentique, refus d’une dérive d’enfermement culturel de l’inculturation de l’Evangile et de relativisme contextuel, appel à une confrontation féconde entre les théologies enracinées dans des contextes différents, mise en valeur d’une inculturation pensée d’abord à partir de la diffusion de l’Evangile dans l’ensemble du corps ecclésial.


L’auteur allie ainsi fortement, dans l’annonce de l’Evangile, l’accueil de la Révélation, de cette dynamique qui, venant de Dieu et de son amour, veut tout récapituler en elle et, d’autre part, du service de l’homme et du remaniement profond de sa manière d’habiter le monde au travers de sa culture. Il nous conduit ainsi à cette idée de l’inculturation : « séjourner à l’intérieur de la Bonne Nouvelle […] se l’approprier afin d’inventer, tout en tenant compte de leur propre évolution historique, ainsi que de toutes les données culturelles, sociales, politiques et économiques du contexte dans lequel elles vivent, une nouvelle réponse de la foi aux défis de l’humanité en ce début du XXIème siècle » (p. 203). Ce livre nous aide ainsi à revisiter notre propre tradition théologique européenne et témoigne de la fécondité du travail qui s’opère autour de la faculté de théologie de Kinshasa. Que L. Santedi en soit remercié.


Sources: Maurice PIVOT

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