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Les stratégies de mise en œuvre de la relance de l’enseignement catholique

par Abbé daleb mpassy

publié dans Théologie

Les stratégies de mise en œuvre de la relance
de l’enseignement catholique

Après avoir été plusieurs fois interpellés par les catholiques à propos de la question de l’engagement de l’Église dans le secteur de l’éducation, les évêques du Burkina ont décidé d’ouvrir une concertation nationale sur le sujet. Pour ce faire, une commission nationale de réflexion a été mise en place. La concertation organisée en 1995 a permis de recueillir les attentes des populations, essentiellement catholiques, sur la question de l’éducation au Burkina Faso. Dans le souci d’impliquer au maximum les acteurs du système éducatif dans la conception des nouvelles orientations de l’enseignement catholique national, l’épiscopat burkinabè a décidé la convocation des assises nationales de l’enseignement catholique.

Ces assises, organisées du 16 au 20 décembre 1996, ont permis de réunir des délégués des différents diocèses du Burkina, des représentants des structures intervenant dans la gestion du système éducatif, des partenaires techniques et financiers et des représentants de l’enseignement catholique d’Afrique et de France11. Pendant cinq jours, les participants se sont penchés sur la relecture des statuts de l’enseignement catholique et sur la conception d’un projet éducatif national de l’enseignement catholique12. Les travaux des assises nationales ont donné lieu à l’élaboration d’un document de synthèse (Actes des assises) adopté par la Conférence épiscopale des évêques du Burkina le 10 mars 1997. Ces assises avaient permis de sensibiliser toute la communauté chrétienne du pays sur la question de l’éducation, et l’implication de la presse nationale avait assuré une large diffusion des débats à l’ensemble de la population burkinabè intéressée de près ou de loin par l’enseignement catholique.

L’École catholique ainsi reconsidérée par les assises est différente de celle des années 1960. En effet, comme le souligne le message de l’épiscopat : « Il ne s’agira plus d’écoles de la mission, relevant autrefois uniquement de la seule hiérarchie (évêques et prêtres), mais il s’agira d’écoles relevant de la communauté chrétienne dans son ensemble ou de communautés chrétiennes particulières »13. Désormais, ce sont les laïcs, soutenus par les prêtres, les religieux et religieuses des paroisses et des diocèses qui créent les écoles et pourvoient à leur organisation. Autrefois, en effet, l’École de la mission relevait des seules autorités ecclésiastiques, et son organisation et sa gestion étaient assurées par l’évêque et son clergé. Désormais, l’École est entre les mains de l’ensemble de la communauté chrétienne qui mandate certains de ses membres pour en assurer la gestion.

Par ailleurs, les assises ont élargi le répertoire des écoles catholiques en érigeant une nouvelle catégorie d’établissements qualifiés d’établissements para-catholiques, en plus des établissements catholiques traditionnels14. Grâce à cette disposition, des écoles à but non lucratif, fondées par des particuliers, intégrant l’enseignement des valeurs religieuses catholiques et adhérant au projet éducatif national de l’enseignement catholique, peuvent être reconnues par l’évêque du lieu comme des établissements para-catholiques. Selon le document du projet éducatif national, est considérée comme établissement para-catholique, « toute école d’inspiration catholique qui, sans être d’une manière ou d’une autre, sous la tutelle de l’évêque diocésain, fondrait son projet éducatif sur les valeurs évangéliques et la foi chrétienne, et à cause de cela, reconnaîtrait une certaine dépendance qui resterait à définir, par rapport à l’Église et à la hiérarchie du Burkina Faso » (Zongo Nana 2001). Cette disposition constitue une nouveauté et une ouverture de l’enseignement catholique vers les établissements privés laïcs.

Les assises nationales ont aussi insisté sur la nécessité de mettre en œuvre un nouveau développement de l’enseignement catholique, notamment dans le secteur primaire, nationalisé en 1969. À la suite de l’État burkinabè, l’enseignement primaire fut défini comme la grande priorité de l’Église catholique. Ainsi, les recommandations issues des assises nationales invitaient chaque diocèse15 à mettre l’accent sur la relance de l’enseignement primaire impliquant un certain nombre de réalisations : mise en place des structures, organisation de plans de formation continue pour les enseignants, les chefs d’établissements et les gestionnaires.

Dès la fin des assises nationales, l’Église catholique dut mettre en œuvre différentes décisions, dont la première était de créer les organes de direction. La création du Conseil national de l’enseignement catholique (cnec) et la nomination du Secrétaire national de l’enseignement catholique sont intervenues en 1997, tandis que dans les différents diocèses, l’installation des Conseils diocésains de l’enseignement catholique (cdec) et la nomination des directeurs diocésains se sont échelonnées entre 1997 et 1998. Dans le même temps, les autres instances de l’enseignement catholique (Association des parents d’élèves, des enseignants, etc.) se sont progressivement organisées.

Le repositionnement de l’Église catholique dans le système éducatif burkinabè a fait l’objet d’un processus de négociation. Représentés aux assises nationales, les responsables de l’Éducation nationale étaient favorables au redéploiement de l’enseignement catholique, notamment dans les secteurs primaire et secondaire. Dans la mise en œuvre, le redéploiement de l’enseignement catholique dans l’éducation de base devait passer par l’établissement d’un partenariat avec les structures étatiques. Pour l’Église catholique, la refondation de l’enseignement catholique impliquait aussi une réorganisation de l’enseignement primaire.

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