La dynastie Nguesso et le pouvoir.
Une maison allouée, habitée, visitée minutieusement par une personne à l’insu de l’occupant cache toujours deux volets de problème. Soit la personne visiteuse cherche noise à celui qui y vit ou alors elle manifeste l’envie de réquisitionner la maison.
Dans les deux cas, l’affaire peut paraître toujours dangereuse pour l’occupant. Car, dans son plan, la personne visiteuse peut monter un petit scénario qui fera réagir le propriétaire de la maison afin de faire chambouler l’occupant. Le scénario est simple. Il suffit à la personne visiteuse de dresser un bilan contraire au propriétaire de la maison pour que ce dernier change d’avis sur l’occupant. Cette démarche ne rate pas souvent lorsque la face de la visiteuse intéresse le propriétaire et lorsque ce dernier mijote aussi de planter un autre décor humain dans sa parcelle. Cela arrive souvent chez les hommes politiques qui accèdent à des postes de responsabilités. Il arrive qu’un poste occupé soit convoité par un autre. S’en suivent, alors, la médisance, la calomnie ou les accusations farfelues auprès du Chef de l’Etat pour faire partir l’occupant…
Ceci expliquant cela, le sprint de Madame Claudia Lemboumba Sassou Nguesso, Conseillère du Chef de l’Etat, fille de son père Denis Sassou Nguesso consistant à visiter les organes de presse publique nationale basée à Brazzaville, est une première faite par un membre du Cabinet du Président de la République. Cette visite faite au moment où les Congolais attendent la publication d’un gouvernement remanié ou aménagé, comme on peut le constater, étonne plus d’un congolais.
La Conseillère Claudia Lemboumba Sassou Nguesso convoite t-elle la place d’Alain Akouala Atipault qu’elle s’est engagée à visiter les organes de presse relavant du ministère de la communication ? A t-elle été en mission commandée pour une contre expertise par rapport aux rapports qu’adresse le ministre de tutelle à son Excellence monsieur le Président de la République ? La Conseillère Claudia Lemboumba Sassou Nguesso avait-elle remarqué quelque chose de caché pour qu’elle s’engage à faire la ronde de ces organes de presse et éventuellement, y relever l’épine cachée que son père Président ignorait ? Qu’est-ce qui a, réellement pu pousser la Chargée de la Communication et des relations publiques du Chef de l’Etat à s’immiscer dans le domaine d’un ministère non encore abandonné par le titulaire ? Ses prérogatives s’étendent-elles jusqu’à la visite des organes de presse d’Etat à l’insu du ministre ?
Autant de questions qui se posent dans la cité et chacun va de son analyse. D’aucuns pensent que la Conseillère Claudia Lemboumba Sassou Nguesso voudrait prouver à son père Président qu’elle est aussi capable de diriger un ministère. Et, comme début de compétence, elle voudrait peut-être adresser à son père chef de l’Etat un tableau de la réalité du domaine de la communication que le ministre Alain Akouala n’a, certainement, pas remarqué.
D’autres pensent qu’à l’orée du changement gouvernemental, cette dame doit avoir un petit plan qui justifie cette initiative. Sinon, pourquoi donc a t-elle réalisé cette promenade sélective ?
Le Congo accède t-il au point d’achèvement des « républiques bananières » où n’importe qui, fut-il conseiller du Chef de l’Etat peut, selon son inspiration, réaliser des visites dans n’importe quel milieu relevant d’un ministère sans se faire accompagner soit par le ministre de tutelle ou par l’un de ses conseillers ?
En tout cas jusqu’à ce niveau les gens ne comprennent pas le bien fondé de cette initiative de madame Claudia Lemboumba Sassou Nguesso
Qu’à cela ne tienne ! Qui a dit que Claudia Lemboumba Sassou Nguesso, communicateur dans son état, n’a pas droit de remplir son curriculum vitae au moment où son père Denis Sassou Nguesso se prépare à nommer à des postes de responsabilités des gens de son choix ?
Si les Kolélas ont pris d’assaut la nouvelle Assemblée nationale, la famille Sassou Nguesso n’a t-elle pas le droit d’occuper des postes ministériels, des cabinets présidentiels et des présidences des partis politiques ? Un père et sa fille ne peuvent-ils pas manger, pardon, siéger aux conseils des ministres ?
En tout cas, beaucoup de choses sont dites au sujet de cette visite de Claudia Lemboumba Sassou Nguesso dans les organes de presse publique. D’aucuns pensent que cette visite est une fuite en avant pour faire chambouler Alain Akouala Atipault surnommé « le cerveau bleu » du ministère de la Communication. Car, la manière avec laquelle la Conseillère du Chef de l’Etat, fille de son père Denis Sassou Nguesso a pris d’assaut ces organes de presse, sans associer le ministre en charge du domaine, oblige quand même certains observateurs à quelques interrogations. Est-ce un aveu d’impatience ou d’essoufflement du système ou encore, il s’agit de la volonté du Chef de l’Exécutif de prendre d’autres informations pour s’enquérir de la situation de la presse d’Etat contrairement aux informations fournies d’habitudes par le gérant titulaire de ce département ?
Le ministre Alain Akouala a t-il fauté qu’il ait été « doublé » par la Conseillère du Chef de l’Etat ?
Autant de questions peuvent-être posées pour savoir le bien fondé de cette visite « grande première » qui n’a concerné que la télévision, la radio Congo, le journal « La nouvelle République », etc. sans passer par les installations de la Télédiffusion (TDC). Si l’idée réelle de Madame Claudia Sassou Nguesso est de toucher du doigt les réalités de la presse d’Etat, on peut dire sans risque de se tromper qu’en enjambant les données techniques de la TDC où sont gérées les ondes, Madame la Conseillère risquera de faire un rapport tronqué.
Dans un autre angle, cette visite peut paraître comme une innovation, car la République a également besoin des gens, d’idées pour la propulser au devant des relations entre les Conseillers du Président de la République et les fonctionnaires d’Etat et pourquoi pas entre le Chef de l’Etat et l’opposition, question bien sûr de sortir la République de la léthargie.
Et, pour cette innovation, on indique qu’une « petite enveloppe » de 2 millions de Fcfa aurait été laissée à la Télévision nationale pour la fameuse « féti na féti » ou « Ledza lenwa » en sus, dit-on, d’un autobus et d’un groupe électrogène. Un peu comme lors d’une petite campagne quoi !
Ce n’est pas tout. Sur ce petit fond, (2 millions de Fcfa sont un petit fond pour les hommes au pouvoir qui ont l’habitude d’en gaspiller plus), dit-on, chaque élément à la télé a pu avoir 2.500 Fcfa pour sa poche. Chacun a eu sa part quoi !
Ensuite, au journal « La nouvelle République », chaque élément a pu mettre dans sa poche « un petit » 5000 Fcfa de l’enveloppe remise par Madame la Conseillère. Ils ont été servis quoi !
A la radio chacun a eu 20.000 Fcfa de l’enveloppe donnée. Imaginez donc combien Madame Claudia Lemboumba Sassou Nguesso a t-elle dépensé pour ces visites. N’est-ce pas « A pesa a tala té » ?
La question que l’on se pose est de savoir dans quel budget a t-elle extirpé tous ces billets de banque distribués ça et là pour une visite de quelques minutes ?
La résolution des problèmes qui minent les organes de la presse nationale n’est pas d’exhiber ou de distribuer, à satiété, l’argent aux agents. Il s’agit plutôt de la réhabilitation exhaustive de ces entités. Il y a également la question des fameux 12,5% qui fait couler la salive depuis 11 ans. Pire encore, la question de la presse doit être vue dans sa globalité en y mettant dans le même panier la presse d’Etat et privée.
En prenant cette initiative de « relever le pouls » des organes de presse d’Etat, Claudia Lemboumba Sassou Nguesso doit également avoir le même engouement pour mesurer le poids des conditions de travail des organes de la presse privée quand on sait que « la bouche qui permet à un homme de manger est la même qui lui facilite de se désaltérer », dit un adage. Pour avoir fait un geste réservé au Chef de l’Etat ou au ministre de tutelle, on ose croire que Madame la Conseillère, n’aura pas seulement à s’époumoner pour les organes de presse d’Etat.
Les prérogatives dévolues au Chef de l’Etat ou au ministre ont un large spectre. Elles s’étendent jusqu’à la presse privée.
Robert Gaillard
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