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Ecologie : un signe des temps.

par Abbé daleb mpassy

publié dans culture

L’écologie est un signe des temps pour le monde, pour l’Eglise, pour les Chrétiens du Congo, en particulier deux de Brazzaville. « R’écologie pose à l’Eglise une question qui est loin d’être entendue dans toutes sa profondeur révolutionnaire. Révolutionnaire pour la Foi Chrétienne, que l’écologie incite à un retour aux sources en même temps qu’à un surgissement de l’esprit pour de nouveaux développements du salut en Christ. Mais révolutionnaire aussi pour l’écologie, que l’Eglise à son tour interroge sur son sens originel et sa destination finale »[1].

De nos jours, tout le monde est en train de devenir écologiste ou du moins devrait le devenir. Que ceux qui jusque là sont à la remorque se mettent donc au même rythme que ceux qui ont déjà mis la main à la pâte. C’est comme on le dit en langue Lâri[2] : « yô mbizia ntouari » (c’est une viande commune). En effet, l’écologie est devenue le passage obligé des conversations ordinaires et des réflexions actuelles. Bien entendu, il s’agit non pas d’une simple mode mais de beaucoup plus que çà. L’effet médiatique se nourrit d’une inquiétude réelle, dont les causes ne font que grandir au fil des jours. On ne prendra jamais assez au sérieux les ravages de plus en plus irréparables que l’économie financière des marchés et la société de consommation sans frein infligent à la planète.

Mais, justement comme le dit Jean Bastaire « la question déborde la simple analyse des faits, ce qui est le propre de l’écologie au sens strict du terme vu comme Science de l’environnement, de la maison terrestre »[3]. Elle déborde aussi la réponse politique qu’il est nécessaire d’apporter à une situation inventoriée. Tout cet immense désordre, qui n’est d’ailleurs pas nouveau, car il remonte à l’origine du monde (Gn 4,12), mais qui est démesurément  accru aujourd’hui par les moyens techniques, ne se ramène pas seulement à des problèmes de connaissances et de gestion. Il ne s’agit pas non plus d’une question seulement éthique c’est-à-dire le comment se comporter, se régler, se discipliner pour redresser la situation ou au moins réduire le mal. L’exigence inévitable est donc de nature religieuse. Pas plus que nos frères d’autres religions ou confessions, nous Chrétiens, ne nous en tireront pas par une attitude purement d’humanisme pragmatique, sans fondement spirituel. Il nous faudrait recourir à notre Foi pour éclairer notre comportement.

 Certes, « l’Ecriture n’apprend rien sur la couche d’ozone, sur la crise du climat, sur le recyclage des ordures, sur le déboisement ou la disparition des espèces »[4]. Mais elle dit cependant tout sur l’amour par lequel Dieu a créé le monde, s’est fait homme, s’est offert aux hommes dans l’Eucharistie pour la réparation de leur fautes. Elle dit tout sur le pain et le vin, fruit pur de la terre fertile et du travail des hommes devenu par la suite Corps et Sang du Christ. Vu de la sorte, le « qu’as-tu fait de ton frère l’univers » que peut demander à bon droit l’écologie à la l’Eglise devient une interpellation à laquelle finalement les Chrétiens répondent par l’Eucharistie, « source et sommet de toute pastorale écologique »[5].

Par conséquent, la tâche des Chrétiens d’aujourd’hui, surtout ceux du Congo, mieux de Brazzaville, est de rechristianiser la matière, rebaptiser la création et re-sanctifier l’univers. Là prend sens l’exigence de la nouvelle évangélisation jadis annoncée par les pères synodaux (Ecclésia in africa) et à laquelle nous sommes tous conviés. Celle-ci ne consisterai aucunement à un retour en arrière ou à une restauration du passé, mais plutôt à un ressaisissement de sens, qui nous permettrai de susciter l’inédit et d’inventer l’avenir afin d’actualiser ce que le père Léonard SANTEDI appelle déjà « la théologie de l’inventivité et de la créativité »[6]. C’est également ce que Monseigneur Ernest KOMBO renchérit en la nommant « la théologie de l’adaptabilité »[7]. Toutefois, face à la nature, il nous faut retrouver le regard du Christ, verbe créateur et rédempteur de toutes choses, afin de poursuivre et d’accomplir la sauvegarde et le salut de la création.

Nous comprenons donc que la sauvegarde c’est très précisément le but de l’écologie communément admise, qui entend lutter plus que jamais, à la mesure du désastre qui se profile, pour une gestion plus intelligente  et responsable de la planète. Et que le salut est une autre écologie propre aux Chrétiens, spirituelle celle-ci, qui a pour objet le « passage » définitif de tout l’univers en Christ-eucharistié, afin d’y faire retour au père dans la plénitude de l’Amour.

 

 

 



[1] Jean BASTAIRE, L’exigence écologique Chrétienne, in ETVDES, septembre 2005, pp.203-211.

[2] Le Lâri : la langue lâri, dialecte du peuple Lâdi de la région du Pool au sud du Congo. Cf.www.Bantou.Languages.com

[3] Jean BASTAIRE, idem.

[4] Jean BASTAIRE, op.cit.

[5] Venceslas Daleb MPASSY, Eucharistie, source et sommet de toute pastorale écologique, article disponible sur le Net, www.daleb-mpassi2.overblog.com

[6] Léonard SANTEDI, Inculturation dans Ecclesia in Africa, conférence à l’occasion des journées dédiées au 10ème  anniversaire de l’exhortation Apostolique post-synodale, le 19 Mai 2005 au grand séminaire de Brazzaville (Congo).

[7] Mgr Ernest KOMBO, discours aux séminaristes, lors de sa visite au grand séminaire de Brazzaville « Emile cardinal BIAYENDA », le 20 mars 2005.

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