Ecologie: des solutions pour lutter contre la crise écologique
D’entrée de jeu, disons que la mission de l’Eglise dans le monde ne consiste pas seulement à annoncer le message d’amour de Dieu. Elle a aussi un rôle prophétique important à remplir. Et « ce rôle consiste à dénoncer les formes d’exploitation et d’aliénation présentes dans toutes les situations historiques et qui sont la négation de l’amour »[1].
Face aux situations matérielles qui sont préjudiciables à la nature et qui empêchent toute promotion humaine parce que tenant nombre de personnes dans une situation d’esclave, l’Eglise doit apporter sa contribution à la transformation des rapports d’injustice en rapports qui favorisent la vie, la joie de vivre, et la qualité d’une vie raisonnable pour tous.
I)- La participation de l’Eglise
Pour que la participation de l’Eglise à la résolution de la crise écologique soit effective, il faut qu’elle joigne l’acte à la parole. En effet, elle doit entreprendre des actions bien concrètes au risque de paraître superficielle. Ainsi, le premier service que l’on puisse attendre des pasteurs, ceux-là à qui revient la charge d’enseigner, c’est une orientation sans cesse mise à jour, et découlant toujours de la doctrine chrétienne. Ce service est généreusement très attendu des chrétiens qui sont souvent très perplexes devant des événements en cours dans la société. Une prise de position très claire de ces pasteurs permettrait sans doute à ces derniers de savoir réellement à quoi s’en tenir. Il faut que les chrétiens, face aux questions relatives à la propriété privée par exemple, soient situés.
En outre, les pasteurs doivent avoir toujours à l’esprit que ce qui est évident pour quelques uns ne l’est pas forcément pour tout le monde. Pour nos chrétiens en majorité peu instruits, il n’est pas donner de savoir par exemple que la création non humaine est appelée elle aussi à être recréée, et que pour cela elle mérite d’être traitée avec grand soin. Or cela, seul l’enseignement de leurs pasteurs pourra le leur faire savoir et les amener à adopter des attitudes conséquentes. Il faut donc que les pasteurs assurent déjà ce service au niveau des fidèles chrétiens avant d’entreprendre des actions concrètes qui débordent le cadre de ceux-ci.
De toutes les autres propositions que nous puissions faire, nous devons reconnaître que la contribution la plus valable que l’Eglise puisse apporter, c’est de rester fidèle à sa mission de témoigner du Christ, de transmettre son message en l’adaptant aux circonstances et au temps, de révéler aux chrétiens l’unité de leur mission terrestre et de leur vocation éternelle. Et pour que ses actions soient efficaces, il faut que l’Eglise tienne compte de certaines conditions dans son dialogue avec le monde profane.
Somme toute, l’Eglise-Famille doit, à travers une catéchèse appropriée, aider la société à se comprendre elle-même, c’est-à-dire qu’elle doit procéder, dans la ligne de sa mission, à une explication du monde, de son évolution et de sa finalité. Toutefois il faut reconnaître que cette deuxième tâche, pour être efficace, doit partir des stratégies pastorales des Eglises diocésaines.
1)-La responsabilisation des communautés chrétiennes.
Nous voulons faire remarquer que dans les différents diocèses du Congo, la principale structure spécialisée pour les affaires sociales demeure la Caritas. Cette structure a joué et continue de jouer un rôle très important et même irremplaçable dans la vie de nos Eglises locales. Compte tenu de son caractère social, il nous est permis d’affirmer qu’elle est le lieu indiqué pour l’élaboration d’une pastorale écologique au niveau diocésain.
En effet, nombreuses sont les activités menées par la Caritas en faveur du maintien de la charité comme exigence chrétienne, surtout à l’égard des plus pauvres. Cette mission, la Caritas l’étend sur tous les aspects de la vie humaine. On peut noter entre autre son investigation dans le devellopement par la réalisation de plusieurs projets dont l’encouragement, le financement et le suivit des petites et moyennes entreprises, la réhabilitation des écoles, l’organisation des campagnes d’alphabétisation, la distribution des semences aux paysans, la formation des paysans aux techniques agraires, l’offre des micro-crédits, la distribution des vivres aux pauvres les plus démunis, etc. cela est déjà un gain pour l’Eglise dans sa lutte contre la pauvreté. Ce qui reste à promouvoir c’est une véritable pastorale écologique qui partirait de la formation de tous les chrétiens dans la conservation de la couverture végétale pour aboutir à des applications concrètes et pratiques. Pour cela, la Caritas gagnerait en créant en son sein une sous-commision qui traiterait spécialement des questions relatives à l’écologie. Toutefois, pour réussir, il faudrait que la Caritas abandonne un peu son rôle de secouriste pour impliquer davantage les chrétiens, les agents et les victimes de la dégradation de la nature dans ses actions et dans ses multéples luttes.
Eî effet, la libération des pauvres devrait conduire jusqu’à la libération de la nature, et celle-ci ne sera authentique que lorsque ce seront les victimes elles-mêmes qui la rendront effective. Il ne faut donc pas que la population, et les chrétiens en premier, assistent passivement à la réalisation de certains projets, ou qu’ils attendent simplement que la Caritas joue son rôle de secouriste. Elle doit plutôt prendre des initiatives qui témoignent de sa ferme volonté de sortir de la crise. Mais pour cela, des campagnes de sensibilisation s’avèrent indispensables. Ainsi, la Caritas doit amener les gens à comprendre davantage qu’elle n‘est pas porteuse de solutions toutes faites mais qu’elle est là pour qu’ensemble nous cherchions des solutions.
En outre, reconnaissons que l’Eglise veut réussir dans sa pastorale écologique, il faut qu’elle œuvre à ce que celle-ci déborde le cadre de la Caritas, pour s’étendre à d’autres domaines comme la catéchèse. En effet, l’Eglise peut agir et donner des consignes pratiques pour l’épanouissement de la vie en société, mais si elle veut atteindre véritablement les cœurs, si elle veut transformer l’être, son rôle serait donc de donner davantage à ses fidèles chrétiens, une éducation telle qu’ils puissent « établir des rapports orthodoxes »[2] entre l’évangile et la situation qui est la leur. Et cette éducation ne peut se faire qu’à travers une catéchèse adaptée.
2)-La dispense d’une catéchèse appropriée
Un regard sur les discours ecclésiastiques et les écrits des théologies catholiques laisse apparaître leur caractère toujours anthropologique. Cela ne va pas sans conséquences puisque tout est centré sur l’homme qui devient le seul être de valeur au monde. Dans un tel contexte, il est difficile pour les chrétiens de reconnaître facilement la valeur des autres créatures et de les respecter en tant que telles. D’où la nécessité pour l’Eglise de développer certains aspects de sa doctrine jusque là inexplorés ; et cela selon les besoins de la cause.
Dans le contexte de la crise écologique, chaque diocèse devra, à travers la catéchèse, amener les gens à assumer une nouvelle cosmologie. D’abord, elle doit, par un discours sur la création, conduire ceux-ci à reconnaître la valeur réelle de la création de Dieu. Ainsi, comme le dit John Carmody, « plus les chrétiens redonneront valeur au caractère extraordinaire de la création, plus ils poseront des assises d’une pratique écologique future appropriée au monde que Dieu leur a remis en garde»[3].
Ensuite, chaque Eglise particulière doit insister auprès de ses chrétiens pour qu’ils découvrent réellement que la rédemption du Christ ne concerne pas seulement l’homme, mais qu’elle englobe aussi toute la création qui a été blessée par le péché. Ainsi, « tout comme la souffrance suscite dans le cœur vraiment chrétien une profonde compassion au souvenir que cette souffrance est liée à la passion du Christ, les souffrances présentes de la création physique devraient émouvoir les chrétiens d’une profonde compassion»[4]. Enfin, elle doit montrer aux chrétiens que Dieu est présent dans la création physique, et que par conséquent, celle-ci doit être traitée avec tous les égards. Cette dernière tâche devrait normalement être beaucoup plus facile puisqu’avant la sécularisation de nos milieux, la nature était respectée par tous. Une fête de la création peut aussi être instituée en vue d’une éducation à la conscience écologique mais tout en sachant déjà qu’à chaque Eucharistie nous fêtons la création en référence à la Pâques juives et au repos sabbatique que le Christ a restauré par son sacrifice sur la croix. Toutefois, il revient à l’Eglise de voir comment procéder pour éviter que ses chrétiens ne tombent dans la divination de la nature ou dans le panthéisme.
Tout bien considéré, disons que chacun de nos diocèses, pour être fidèle à sa mission, doit défendre les droits des plus faibles contre les différentes formes l’injustice. Il lui appartient de combattre toutes les situations sociales qui avilissent l’homme et lui fait perdre sa dignité. La situation de pauvreté qui est celle-ci et qui en partie sert de cause à l’écologie, mérite d’être combattue à la racine. D’où la nécessité d’un engagement de l’Eglise-Famille du Congo pour lutter contre la crise écologique[1] Jean-Baptiste FRANZONI, La terre appartient à Dieu, Centurion, Paris, 1973, p.63.
[3] John CARMODY, Sagesse écologique et tendance à remythologiser la Vie, in Concilium, n°236, Paris, 1991, p.123.