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Articles avec theologie

En exclusivité, le quotidien italien « Il Foglio » a publié samedi l’intégralité de cette intervention magistrale où le théologien allemand invite l’Église à un « changement de paradigm

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

 

Ce long exposé de deux heures, présenté à la demande du pape devant les cardinaux réunis en consistoire extraordinaire sur la famille, devait rester secret, jusqu’à sa publication par les éditions Queriniana. Seuls quelques extraits avaient filtré. Toutefois, samedi, le quotidien italien   Il Foglio   a publié dans son intégralité, en exclusivité, le discours magistral du cardinal Walter Kasper, dont la moitié est consacrée à l’épineuse question des divorcés remariés dans l’Église.

En préambule, le théologien allemand, très apprécié du pape qui lui avait demandé ce rapport introductif, précise vouloir « seulement poser des questions » : « Donner une réponse sera la tâche du Synode, en accord avec le pape ».

Reconnaissant l’ampleur des divorces, mais aussi « l’abîme qui s’est créé entre la doctrine de l’Église sur le mariage et la famille et les convictions vécues de nombreux chrétiens », il appelle l’Église à se garder d’une « image romantique irréaliste » du mariage. « L’Église n’est pas seule à être – comme l’a dit le pape François – un hôpital de campagne ; la famille elle aussi est un hôpital de campagne avec beaucoup de blessures à soigner et de larmes à essuyer ». Sa conviction : « Dieu peut écrire droit aussi avec des lignes courbes ».

Ajuster l’Évangile aux « signes des temps »

Fort de ce constat, le théologien invite l’Église catholique à un véritable « changement de paradigme » : « Nous devons, comme l’a fait le bon samaritain, considérer la situation aussi sous l’angle de celui qui souffre et demande de l’aide ».

Pour autant, il ne s’agit pas d’atténuer l’exigence évangélique : « L’indissolubilité d’un mariage sacramentel (…) fait partie de la tradition de foi contraignante de l’Église qui ne peut pas être abandonnée ou dissoute en faisant appel à une compréhension superficielle de la miséricorde à bas prix ». Comment, alors, articuler fidélité à la tradition et miséricorde à l’égard de ceux qui souffrent ?

Le cardinal Kasper rappelle que « l’Église des premiers siècles a, elle aussi, été confrontée à ces conceptions et des modèles de mariage et de famille très différents de ceux que Jésus avait prêchés ». Face à ces questions, les Églises locales avaient mis en place un droit coutumier ouvrant la voie à un chemin de pénitence pour les chrétiens vivant en secondes noces. Pour le cardinal, il ne s’agit pas de calquer purement et simplement ces solutions passées au profit d’une « adaptation libérale », mais d’ajuster l’Évangile aux « signes des temps ».

Cinq conditions

Ce qui conduit le cardinal Kasper à développer cinq conditions permettant d’envisager un accès à la communion pour un divorcé remarié : « s’il se repent de son échec ; s’il a clarifié les obligations correspondant à son premier mariage, s’il est définitivement exclu qu’il revienne en arrière ; s’il ne peut pas renoncer, sans ajouter d’autres fautes, aux engagements qu’il a pris dans le cadre de son nouveau mariage civil ; si toutefois il s’efforce de vivre au mieux de ses possibilités son second mariage à partir de la foi et d’élever ses enfants dans la foi ; et enfin s’il a le désir des sacrements en tant que source de force dans sa situation. »

Cette voie, envisagée comme une « conversion », ne sera pas toutefois « une solution générale », pour « la grande masse », mais « la voie étroite », pour ceux qui sont « sincèrement intéressés par les sacrements ».

Le cardinal réfléchit également à une deuxième voie, plus classique, proposée aux divorcés remariés : la reconnaissance de nullité de mariage. Faisant valoir qu’on ne peut cantonner cette question hautement spirituelle et pastorale au champ juridique, il évoque l’idée que l’évêque puisse confier cette tâche à un prêtre possédant une expérience spirituelle et pastorale.

« La doctrine de l’Église n’est pas une eau stagnante »

Dans cette intervention qui n’a pas fait l’unanimité parmi les cardinaux, l’ancien président du conseil pontifical pour l’unité des chrétiens met en œuvre, de manière originale, la méthode herméneutique déployée par les pères du concile Vatican II pour les questions, à l’époque très épineuses, de l’œcuménisme ou de la liberté de religion.

Partant de ce paradoxe – ce qui doit donner de la lumière et de la force aux familles est devenu un poids, un « code juridique » –, il revisite la tradition des premiers siècles du christianisme pour « revenir à la source d’où a jailli la doctrine. » « La doctrine de l’Église n’est pas une eau stagnante, argumente-t-il, mais au contraire un torrent qui coule de la source de l’Évangile ».

De quoi annoncer un mini Vatican II sur la famille ? Le pape François, au lendemain de cette intervention, avait en tout cas salué cette « pensée sereine de la théologie ». Vendredi encore, dans son homélie à Sainte-Marthe, il invitait les pasteurs à se méfier de la casuistique et à ne pas condamner ceux qui font l’expérience de l’échec de leur couple.

Céline Hoyeau

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FORUM DES JEUNES DU 15 FEVRIER 2014 A LA VOUELA THEME : LES SACREMENTS: L’EUCHARISTIE, LA RECONCILIATION ET LE MARIAGE COMME PILIER DANS LA PROMOTION DES VALEURS”

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie



Bonjour chers amis,


C’est un jeune come vous qui a été invité pour parler à vous, pour partager avec vous la joie et l’enthousiasme de la jeunesse. Je suis content d’etre ici et je remercie les organisateurs de ce forum (le P. Brel et ses collaborateurs) pour cette opportunité. Je vous apporte ici les salutations des éveques du Congo qui partagent avec vous, bien qu’à distance, ces bons moments de fraternité, de partage et de connaissance réciproque. Vous etes la force de l’Eglise, vous etes  l’espérance de demain et le futur de notre nation. Il vous faut donc une bonne formation et des bases solides si nous voulons faire du Congo de demain un bon pays et un Congo meilleur. Dans ce sens, Nos Pères éveques, à la sortie de la dernière Assemblée plénière de 2013, ont envoyé un message au peuple de Dieu qui est au Congo sur les anti valeurs, avec une question, un peu provocatrice à notre endroit : « Face aux antivaleurs  que devons-nous faire ? ». Faut-il resté insensible à ce qui se passe dans notre société, où ce qui est mauvais est considéré comme bon, ce qui est illogique comme logique, le mal comme bien ? Faut-il observer sans rien faire ? Non, il faut agir et faire quelque chose, au risque de devenir , nous aussi, complices dans le mal : « Vous etes le sel de la terre ,vous etes la lumière du monde », nous disait Jésus dans l’évangile du dimanche dernier (Mt 5, 13-14). La mission du chrétien est celle de transformer le monde, d’aller contre courant par son témoignage de vie et par son comportement. Tu ne peux corriger les autres et faire comme eux ou pire qu’eux, au contraire celui qui corrige doit donner un bon exemple. Le Pape Paul VI aimait répéter souvent : « le monde d’aujourd’hui a plus besoin des témoins que des maitres, s’ils sont maitres c’est pour avoir été des témoins ». Nous sommes invités à etre des témoins avant d’etre des maitres.
 Parmi les moyens mis à notre disposition par l’Eglise, notre mère, pour former nos consciences, notre vie spirituelle, humaine et morale il y a les Sacrements. Le thème qui m’a été demandé de partager avec vous est aussi celui des sacrements : « Les sacrements : Eucharistie, réconciliation et le mariage comme pilier dans la promotion des valeurs », autrement dit la vie dans les sacrements et à travers les sacrements nous aide à repousser et à résister contre toutes sortes d’anti valeurs, pour ne conserver et suivre que les valeurs de la vie.
Nous allons procéder comme suite : d’abord dire un mot sur les sacrements, ensuite parler de :  l’eucharistie, la réconciliation et le mariage.
Les sacrements
Le catéchisme de l’Eglise catholique définit les sacrements comme « les signes visibles et efficaces de la grace, institués par le Christ et confiés à l’Eglise, par lesquels nous est donnée la vie divine ». Cette définition si simple est plutôt riche, elle nous dit qu’ à travers  les sacrements nous avons la grace et la vie divine, donc si nous voulons sentir Dieu en nous, nous devons désirer et recevoir les sacrements. On ne peut s’en passer de ces signes efficaces, voulus par Jésus lui-meme comme signe de sa présence. Ce ne sont pas les pretres qui ont inventé les sacrements, ni moins les éveques mais c’est Jésus et c’est l’Eglise qui constitue le « dépôt de la foi », institution fondée par le Christ qui conserve cet héritage précieux et merveilleux. Alors recevoir les sacrements c’est recevoir Jésus lui-meme, c’est accueillir la vie divine pour notre propre divinisation. Refuser les sacrements ou s’éloigner des sacrements c’est perdre un bien précieux, un trésor inestimable, c’est s’éloigner de Dieu. Saint Léon le Grand disait : « Ce qui était visible dans notre sauveur est passé dans les sacrements ».  Le Pape François dans ces dernières catéchèses sur les sacrements a exhorté les jeunes à aimer les sacrements, à s’approcher de Jésus en recevant les sacrements. D’abord le bapteme pour ceux qui ne sont pas baptisés, puis d’autres comme l’eucharistie, la confirmation, le mariage mais aussi l’ordre (pour les pretres). …….(En Europe si tu veux devenir un sujet ludique, objet de  moquerie dit seulement aux jeunes de devenir pretres, religieux ou religieuses, ils vont se moquer de toi…….(rire), ce n’est pourtant pas le cas ici et parmi vous).

L’EUCAHARISTIE
Le mot eucharistie signifie rendre grace, dire du bien, bénir,  louer. D’autres mots traduisent le meme terme : la messe,  la Sainte cène, le repas pascal, action de grace, la communion, corps du Christ. on entend parfois l’expression erronée de culte. Dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique au n. 271 il est écrit : « L’eucharistie est le sacrifice meme du Corps et du sang du Seigneur Jésus, qu’il a instituée pour perpétuer au long des siècles jusqu’à son retour le sacrifice de la croix, confiant ainsi à son Eglise le mémorial de sa mort et de sa résurrection ». De cette définition nous retenons que  L’eucharistie est le mémorial laissé par Jésus à ses apotres que l’Eglise au fil des temps transmet de génération en génération et actualise. Quand nous participons à l’eucharistie nous accomplissons deux gestes d’abord faire mémoire de ce que Jésus a fait le jeudi saint et au meme moment nous actualisons ce testament, nous le revivons hic et nunc « Faites ceci en mémoire de moi » (Mt 26, 26-29). C’est Saint Paul qui nous donne la première version de l’institution de l’eucharistie  (1 Cor 11, 23-27). Alors l’eucharistie est l’héritage que Jésus à laissé à son Eglise. Pendant la messe le pretre prononce les memes mots de Jésus, il agit in persona christi capitis (dans la personne du Christ). c’est le corps de Jésus donné pour la vie du monde.
Nous devons ainsi avoir le respect envers l’eucharistie, la vénération à ce sacrement, par l’adoration, reconnaitre que Jésus est réellement présent. C’est le pain de vie : « Je suis le pain descendu du ciel qui mange ce pain aura la vie éternelle » (Jn 6, 33, « C’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie » (Jn 6, 51-55). Jésus nous a donné son corps mais souvent nous le refusons, l’homme ne peut vivre longtemps sans manger de meme notre vie spirituelle est tiède, fragile sans l’eucharistie. C’est l’aliment de notre âme. Dans ce pain nous avons la force d’affronter les épreuves, le courage de surmonter les difficultés  de la vie, bref dans le corps de Jésus nous retrouvons la joie, la consolation, l’espérance. Voilà pourquoi on l’appelle le pain de vie. Les premiers chrétiens ont eu leur force dans l’eucharistie, si bien que pendant les persécutions quand on leur interdisait de se réunir pour la messe dominicale ils disaient : « siné domenica non possimus » « sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre », parce que c’était l’unique jour où l’on faisait mémoire du dernier repas en rompant le pain.
De meme Mère Théresa de Calcuta, très célèbre pour son amour envers les pauvres en Inde, on lui posant la question quel était son secret pour faire tout ce bien, elle répondait : « Mon secret se trouve dans l’eucharistie, en participant à la messe je me sens forte et j’ai la force de faire des grandes choses ». A nous aussi de puiser nos forces dans l’eucharistie en participant très souvent à la messe. Ne pas banaliser la messe, il faut participer de manière active, sans distraction….nous avons le vice de l’occident aujourd’hui au Congo, on est impatient, on vient à la messe mais distrait, à peine on commence on veut déjà que la messe finisse sous prétexte qu’elle dure. Après la messe on reste là ou dans la rue sans rien faire parfois ou on se perd dans le péché et les débats inutiles……(la montre en Europe, on compte combien dure la messe).
b.  L’eucharistie est aussi : « le signe de l’unité, le lien de la charité, le repas pascal où l’on reçoit le Christ, où l’âme est comblée de grace et où est donné le gage de la vie éternelle ». Signe de l’unité et de la fraternité, pendant la messe nous sommes assis à la meme table comme une véritable famille, on ne montre pas la carte d’identité, on ne voit pas des origines, la langue, la tribu, le pays. C’est le lieu de l’unité et de la fraternité on se sent vraiment frères et sœurs, mais malheureusement au lieu de conserver ces liens parfois nous préférons diviser où rester dans nos divisions, ce qui est criard et triste aux yeux du Christ : « Fais que tous soient un, comme toi et moi nous sommes un » priait Jésus pour ses disciples : « Soyez un pour que le monde croit que vous etes mes disciples » (Jn 17).

La Réconciliation
La réconciliation est l’un des deux sacrements de la guérison avec l’onction des malades. Pendant que celle-ci guérit le corps, l’autre guérit l’âme et le cœur. Elle aussi appelé la confession, confesser ses péchés ou la pénitence, le pardon, la conversion. Aujourd’hui on préfère l’expression sacrement de la réconciliation ou du pardon. Parce qu’on vient pour se réconcilier avec Dieu, pour renouer l’amitié avec Dieu rompu par le péché, pour demander pardon à Dieu. Dieu est miséricordieux il pardonne toujours à ses enfants, il a pardonné a Adam et Eve (le proto évangile), il a pardonné à David (Ps 50) et il nous pardonne en Jésus. Lire Lc 15 toute une serie de paraboles qui parlent du pardon.
Dans ce sacrement il y a deux  mouvements, l’homme pécheur qui revient vers Dieu en demandant pardon et Dieu très bon qui pardonne : « Il y a la joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit plutôt que pour 99 personnes qui n’ont pas besoin de pardon ».
La réconciliation est le médicament de Dieu », dit Daniel Ange, elle doit entrainer au changement, à la conversion (la metanoia). On demande pardon à Dieu pour avance, pour ne plus vivre comme avant, sinon sa devient de la routine, un acte formel, on fait puis on reste là, alors la confession n’a plus de sens. Dans l’évangile Jésus pardonne à la femme adultère mais lui demande de ne plus pécher : « va désormais ne pèche plus » (Jn 8).  Quels sont les risques ? on peut en souligner deux :
-De dire que je n’ai pas de péchés alors je ne vais par me confesser : « Celui qui se croit sans péché est un menteur » dit saint Jacques.
-De se confesser pour retomber dans les memes erreurs sans faire aucun effort de changement.
-Ou encore le péché d’orgueil qui consiste à dire : pourquoi je dois aller me confesser chez le pretre, pourquoi dire mes choses chez les pretres ? Je dois me confesser directement à Dieu. Cette manière de penser est à la fois protestante (non catholique) et expression de l’orgueil. Nous les catholiques nous reconnaissons le pretre comme ministre de Dieu, il a deux choses fondamentales liées à son identité sacerdotale : célébrer l’eucharistie et confesser les péchés « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 21-23).
Alors chers amis, il faut se confesser, il faut aimer la confession pour votre libération et pour votre bien. Dans la réconciliation on retrouve l’amitié avec Dieu, la paix, la sérénité de la conscience ainsi que la consolation spirituelle : « la confession est le médicament de Dieu », Daniel Ange. Nombreux font la communion sans se confesser, ce qui est grave. Nombreux ne savent plus ce que c’est l’examen de conscience, pourtant recommandé chaque soir pour faire une évaluation de la journée : ce qui a été et ce qui n’a pas été. Allez-vous confesser et faites de temps en temps l’examen de conscience. Cherchez toujours à se réconcilier avec Dieu et avec les autres (il y a dans votre programme un temps de confession, profitez en).

Le Mariage
Le mariage est l’un des sacrements de la mission, c’est la première vocation de l’homme et de la femme, ils sont faits pour etre ensemble,.  Dieu a voulu dès les débuts de la création que l’homme s’unisse à la femme pour former un foyer : « Soyez féconds, multipliez la terre» (Gn 1, 28).  Se marier c’est donc entrer dans le plan de Dieu, c’est répondre à l’appel de Dieu dans la vie conjugale. Le mariage est une vocation, tout comme le sacerdoce et la vie religieuse. Voilà pourquoi les deux forment les sacrements de la mission.
- Le mariage comme vocation signifie on se marie pas pour le plaisir de se marier, on se marie parce qu’on sent en sois cette vocation que Dieu m’appelle dans le mariage, comme quelqu’un qui s’engage dans la vie religieuse. Si l’on se marie pas par vocation on sera les mauvais époux et les mauvaises épouses. Ca signifie aussi que tout le monde n’est pas fait pour se marier (Mt 19, 10-12). Il faut donc bien discerner : suis-je appelé au mariage ou ailleurs ?
-On se marie par amour, rien que par amour,  pas par plaisir de se marier, pas par intérêt (par ce que le garçon ou la fille est issus d’une famille riche ou aisée. L’amour vrai est désintéressé , sans calcul, c’est l, amour pur, ce qu’o appelle l’amour agapè qui dépasse la conception de l’amour comme eros (attraction physique….), l’amour phileo (sentiment). Un amour sincère cherche le bien de la personne aimée.
- Le mariage est indissoluble (doctrine chrétienne) et on se marie pour le bon et avec une seule personne : « L’homme quittera son père et sa  mère et les deux seront une seule chair » (……). La polygamie est exclue.
Ne perdez pas de vue sur le mariage, préparez le bien en vous faisant aider par les adultes qui ont l’expérience et donnent un bon témoignage dans la vie de couple. N’ayez pas peur des difficultés, rien n’est insurmontable, celui qui croit peut tout. Aujourd’hui, de plus en plus, le mariage fait peur pour le problème de dot mais les deux fiancés peuvent aider leurs parents en leur faisant comprendre que leur amour ne doit pas être bloqué par ce qui n’est plus un simple symbole mais un véritable business. Chers amis, il faut oser, il faut s’engager mais en vous laissant guider par le Christ.

CONCLUSION
Nous venons de parler des sacrements surtout des trois Eucharistie, réconciliation et mariage. Ces sacrements, qui ne sont autre que la vie dans le Christ, peuvent vous aider à promouvoir chaque jour et toujours les valeurs de la vie. Chers amis, soyez fiers de votre jeunesse, honorez la, « soyez toujours les sentinelles du matin », disait Jean-Paul II , aimez le Christ, suivez le Christ, marchez à sa suite vous ne serez jamais déçus : « Je suis la lumière de la vie, celui qui marche à ma suite , ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie ». Chers amis, marchez donc dans la lumière du Christ pour combattre les antivaleurs et exaltez les vraies valeurs de la vie.
Je vous remercie.   
Abbé Brice Armand IBOMBO

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CONFERENCE SUR LA FAMILLE DONNEE AU FORUM DES JEUNES, A LA CITE DON BOSCO, SELON LE MESSAGE DES EVEQUES DU CONGO

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

 

 

Résumé:

 

La famille en général, plus particulièrement la famille africaine, connait des transformations graves dues aux changements rapides que connait toute la société (Jean Paul II, Exhortation Apostolique, Familiaris Consortio, n.1). En effet, l’évolution rapide du monde dans le domaine de la technologie, poussée parfois par certains courants, soulève des théories qui remettent en cause les valeurs familiales traditionnelles. C’est ainsi qu’à la vision traditionnelle de la famille conçue comme l’union entre l’homme et la femme s’opposent des tendances modernes qui ont pour but de porter atteinte aux valeurs de la famille considérée par l’Eglise comme «cellule vitale de la société » et «Eglise domestique» (Benoît XVI, Exhortation Africae Munus), nn.42-46).

 

C'est dans ce sens que, les Pasteurs de l’Eglise du Christ qui est au Congo, à la suite du Saint Père François (Lettre encyclique, Lumen fidei, n.73), ont voulu nous faire parvenir ce texte pour souligner avec insistance le bien-fondé de cette institution divine qu’est la famille. D’ailleurs, vu l’importance voire la pertinence de l’argument, le Pape François a voulu, à la sortie de l’année de la foi, centré son attention au thème de la famille. Si bien qu’une Assemblée extraordinaire a été organisée à Rome en octobre 2014 en vue de préparer l’assemblée ordinaire du synode des évêques de 2015 sur la famille. Au niveau de la sous-région, le même thème a été choisi comme guide de toutes nos réflexions. Il y a eu à Libreville, en novembre dernier, un congrès régional sur la famille comme préambule à la grande Assemblée plénière qui a eu lieu, ici chez nous, à Brazzaville, en juillet passé.

 

A cet effet, pour bien réussir ce pari qui concerne notre église locale, comme pays organisateur et pays qui accueillait, et pour bien préparer cette rencontre internationale dans nos communautés, les évêques nous avaient envoyé ce un texte sur la famille qui avait fait l'objet de la catéchèse dans les paroisses.

 

Il en est ressorti qu'il fallait tous,  encourager le mariage chrétien et pousser les jeunes gens à aimer la famille et à former une famille selon le dessein de Dieu et les enseignements de l’Eglise. Car la « famille est la route de l’Eglise, la première et la plus importante : c’est une route commune, une route dont l’être humain ne peut s’écarter. En effet, il vient au monde normalement à l’intérieur d’une famille ; on peut donc dire qu’il doit à cette famille le fait même d’exister comme homme »  (Jean-Paul II, Lettre aux familles,  n°2).

 

Selon le message des évêques sur la Famille à l'issue de la 42ème plénière de la CEC, nous retenons, entre autres, neuf points clés pour parler de la famille  en Afrique et en terre congolaise : la famille comme projet de Dieu, la famille comme vocation de l’homme et de la femme, la famille comme une institution sacrée, la famille comme sanctuaire de paix et de bonheur, la famille comme lieu de prière et d’adoration, la famille comme lieu de pardon et de réconciliation, la famille comme lieu de témoignage et d’évangélisation, la famille face aux épreuves de la vie.

 

 

Abbé Daleb MPASSY

Secrétaire de Mgr Louis PORTELLA

Chancelier du Diocèse de Kinkala

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Tout savoir sur la Crèche

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

La crèche

La crècheDans la religion chrétienne la crèche est une mise en scène représentant la nativité; c'est à dire la naissance du christ.On installe généralement la crèche quelques temps avant Noël,pour certains le 1er dimanche de l'avent pour d'autres la veille de Noël.La crèche peut rester en place jusqu'au 2 février (chandeleur) mais on la retire souvent après les Rois Mages.Dans l'évangile selon Saint Luc, l'enfant Jésus est né  dans une étable. Il fût déposer à sa naissance dans une mangeoire, qui se dit "cripia" en latin d'oú est issu le mot "crèche".A partir du VI ième siècle, les écrits rapportent que la célébration de la nuit de Noël se déroulait " ad praecepe" ,ce qui signifie " autour de la crèche".

  C'est donc de cette époque que l'on peut ramener la composition de la crèche telle que nous la connaissons aujourd'hui avec la Sainte Vierge Marie, Saint Joseph, l'âne et le bœuf.C'est François d'Assise qui a créé en 1223 une des premières crèches vivantes.Courament représentée dans une grotte ou une étable ,on place invariablement la Vierge Marie à genou devant son nouveau né et Joseph à coté d'elle encadrant tous deux l'enfant Jésus.On place généralement dans la crèche les bergers accompagnés de leurs agneaux, puisque c'est à eux que la nouvelle de la naissance fût annoncée en premier.Depuis la création des santons de Provence la scène est plus diversifiée en personnages y compris les métiers comtemporains.En installant la crèche certains y placent la mangeoire dés le début d'autres n'ajoutent la figurine représentant l'enfant Jésus que dans la nuit du 24 au 25 .L'étoile fréquement représentée en haut de la crèche rapelle celle qui, d'après les écritures, a guidé les Rois Mages vers la crèche.Il est également fréquent de faire figurer un ange parmi les personnages de la crèche.

En savoir plus sur http://autourdelamagiedenoel.e-monsite.com/pages/la-creche/la-creche-1.html#TUdFVklxa4SsEwCW.99

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FETE DE LA NATIVITE : Quelle est la signification profonde de Noël ?

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

Joyeux Noël ! Bonne Année ! Ces vѕux que nous nous transmettons mutuellement par le truchement du nouveau " tam-tam " des Blancs, le " portable ", porteur souvent de bonnes nouvelles et même de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, ces voeux, disais-je, sont en train de faire frémir bientôt l'atmosphère et électriser les ondes, répandant partout la joie irrépressible de Noël. La joie de Noël a quelque chose de très intime : on dit souvent que c'est une fête de la famille. C'est le moment des regroupements familiaux ; ne fût-ce que par les cartes de voeux et les SMS, nous rétablissons les liens parfois distendus entre les amis et la lointaine parenté. On peut dire en tous cas que « les chrétiens et les non chrétiens fêtent souvent en grande pompe la fête de Noël sans trop se demander quelle est la signification de cette fête ? » La question qui se pose est donc : « Quelle est la signification profonde de la fête de Noël aussi bien pour le croyant que pour le non croyant ? » Pour donner une réponse convenable, plaНons-nous à différents niveaux. : psychologique, économique, social et religieux. Et commençons par le niveau …économique, qui intéresse tant de nos commerНants ! Il faut d'ailleurs dire que tout Camerounais est commerНant. Jusque dans les villages les plus reculés, le dernier des gamins, la dernière des bonnes vieilles femmes a quelque chose à vendre : des beignets, des citrons, des « lotus » ou mouchoirs en papier, des arachides grillées, des bâtons de cigarette, sans oublier évidemment les barmen, et j'en passe. Or pour tout commerНant, les jours de fêtes, surtout religieuses, sont une aubaine qui gonfle leur chiffre d'affaires. On peut le déplorer ou s'en réjouir, le fait est que, même s'ils ignorent Jésus, le héros principal de cette fête, même s'ils le combattent ou le méprisent, ils ne crachent pas sur l'argent que leur rapporte la fête de la naissance de Jésus. C'est à se demander s'il ne faudrait pas que les commerНants paient une taxe à l'Eglise chrétienne pour une exploitation de ses fêtes qui confine à de la piraterie. Passons au niveau psychologique : Noël, c'est la fête du Rêve. L'homme ne peut vivre sans rêver, au propre comme au figuré. C'est à dire que si mon sommeil se passe totalement sans rêve, je risque d'en devenir fou. Demandez aux psychanalystes ! De même, mon esprit a besoin de moments d'évasion, hors du rude et banal quotidien. L'homme a besoin d'attendre impatiemment un événement qui va combler ses désirs. L'homme a besoin d'espérer, quitte à être parfois, sinon souvent, déНu. L'homme, à commencer par l'enfant, car Noël est d'abord la fête d'un ENFANT, l'Enfant-Dieu, et donc en priorité la fête des enfants, donc l'homme, à commencer par l'enfant, est heureux de s'appuyer sur la promesse d'un bonheur imminent. Or Noël est la fête des promesses tenues. Ne vous amusez pas à promettre une poupée à une petite fille pour Noël, et à oublier votre promesse. Quant à Dieu, nous savons qu'ayant promis un SAUVEUR à l'Humanité, il réalise aujourd'hui, après combien de millénaires, sa promesse solennelle. Mais, j'anticipe ! Car nous sommes encore au niveau psychologique. L'homme a besoin de rêver, mais efficacement. C'est-à-dire de se laisser porter sur les ailes d'un désir qui finit par devenir réalité. Or nous savons que lorsque je me contente de rêver tout seul dans mon coin, mon rêve reste un rêve inconsistant et fugace. Mais…si nous rêvons à plusieurs, avec conviction, ensemble et d'un même cѕur, notre rêve finit par devenir une réalité qui révolutionne le monde. C'est ainsi que Noël est la fête de la PAIX, des armes transformées en socs de charrue, du bébé qui met la main dans le trou de la vipère, du lion et du bѕuf qui broutent ensemble, de la PAIX et de la JUSTICE universelle qui s'embrassent. C'est le temps du fameux rêve de Martin Luther King : « I have a dream », le rêve de la fin de l'apartheid, aux USA, comme en Afrique du Sud. Il y a eu le rêve de la chute du Mur de Berlin « Paix sur ma terre aux hommes qu’il aime! ». C'est un souhait, tout à la fois et une promesse, un rêve fou et une réalité déjà commencée, puisqu'il est là, déjà là, bientôt là, le désiré des nations ! Abordant maintenant le niveau social, nous dirons que Noël est une fête du rassemblement familial. Le monde tout entier devient une grande famille. On a envie d'embrasser tous ceux que l'on rencontre, de les voir heureux, de rayonner la joie qui nous remplit. C'est un peu comme un jour de grand match international, …suivez mon regard. Ce jour-là, il n'y a plus de Bet

Père Edmond Ndzanai, de Bami, de Bassa…il n'y a que des Camerounais, fiers de l'être ! A Noël, il y a une alchimie du même type qui s'accomplit par la « magie » d'un petit enfant emmailloté dans ses langes, sous le regard émerveillé de sa jeune Maman et de son Père nourricier, réchauffé par le souffle vigoureux d'un âne et d'un bѕuf, dans une obscure étable des parages de Bethléem. Pour finir, revenons à l'aspect essentiel de la fête de Noël, qui ne peut être que religieux, et ne peut concerner que ceux qui ont la foi. L'Incarnation du Fils Unique de Dieu n'a de sens que pour ceux qui ont reНu le don de la foi. Elle doit provoquer en eux un élan de joie, de reconnaissance pour le don de Dieu qui nous donne son Fils : PUER NATUS EST NOBIS ; PUER DATUS EST NOBIS. Un fils nous est né, un fils nous est donné… ! « Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous. »…L'ange dit aux bergers : « Ne craignez pas, car je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur ! » ( Lc 2, 10-

11.) Alors, Joyeux Noël à tous!

 

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On n’a pas beaucoup entendu la voix de l’Afrique au synode sur la famille, au Vatican

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

On imagine mal une reproduction heureuse des espèces, en dehors du groupe social formé par les deux parents et leurs rejetons. C’est vrai des bêtes et, bien entendu, des humains. Dans la grâce du sourire de la mère et l’œil vigilant et aimant du père, le petit d’homme a chance de croître en âge et en sagesse. La famille est l’humus où jeter le grain de sénevé de l’Evangile.


Aucune surprise, par conséquent, si depuis ses origines, la famille est un souci constant pour l’Eglise. Il s’est accru avec l’évolution du monde, notamment de l’Occident européen. L’histoire a retenu les dates charnières où l’Eglise dut prendre position sur la question. Les noms des papes sont connus, qui marquèrent leur passage par leur prise de position sur la famille. Innocent III, au tournant de l’Occident médiéval; Pie IV, au début des temps modernes et de la crise de la conscience européenne; Léon XIII, au cœur de la société industrielle; enfin, plus près de nous, Paul VI et Jean-Paul II. Tous ont placé la famille au principe du croît de la chrétienté.
Aussi, quelle prudence dans leur pensée lorsqu’il est question d’ouvrir la famille à une certaine évolution. Pas question de «bouger les lignes» aussi longtemps que la finalité; le but et le terme d’une inévitable évolution ne sont pas cernés avec netteté aussi longtemps que l’horizon de l’avenir reste chargé de promesses certes, mais d’incertitudes plus encore.
On ne peut regretter que dans une thématique où on attendait l’Afrique, comme étouffée, la voie de l’Afrique n’ait pas été entendue. On attendait que les «Eglises locales» mêlent leurs voix à celle de l’Eglise universelle, étonnamment occidentale par le grand nombre de ses délégués au synode, et leurs prises de positions. On s’attendait à ce que les Pères synodaux africains jettent dans le débat, par exemple, la question de la polygamie (ou polygynie) qui, aux Africains, et même à quelques occidentaux restés accordés à l’ordre naturel, paraît moins choquante que le fameux «mariage pour tous» à propos duquel on peut se demander si la rencontre des semblables peut-être, à terme, un facteur d’épanouissement de la société qui l’encourage.
En réduisant l’Eglise africaine au silence par rapport à cette question, le synode s’est montré terriblement européen-centrique, travaillant à imposer aux autres sociétés et cultures ce qui n’est un bien que pour elle. Ne mettant en débat que les points qui font problème en Europe. Le bon Pape François prétend que les homo-sexuels qui scandalisent les Africains qui ne sont pas encore aliénés à leur culture ont des valeurs à apporter à l’Eglise et qu’il faut leur ouvrir les portes. Nous attendons que ces valeurs, il nous les épelle.
Et justement, l’Evangile qui est exigence, invite à l’excellence, interdit à ceux qui veulent le suivre, d’être à la remorque du siècle; et même leur conseille d’entrer en rébellion contre leur société, dont ils transgressent, au contraire, les tabous et les lois.
Le silence des Africains au synode m’amène à d’autres considérations: peut-être que le niveau intellectuel de l’Eglise africaine plutôt bas ne permet pas à cette Eglise de prendre part à un débat qui demande de belles intelligences? L’explication est probablement mauvaise, puisque un grand nombre de prêtres de cette Eglise africaine sont passés par la Grégorienne et que, dans les séminaires jésuites du continent, un accent particulier est mis sur la formation intellectuelle. Alors pourquoi si peu d’audace? L’idée reçue que le Blanc est supérieur et qu’il a la science infuse? Alors intimidés, ils se seraient tus?
L’Eglise africaine doit, pourtant, savoir que tant qu’elle ne se fera pas entendre dans de telles rencontres, pour participer à la recherche de la vérité, elle ne sera pas prise au sérieux en Occident et ailleurs dans le monde. Elle doit se faire la conviction que ce n’est pas par ses célébrations liturgiques bruyantes qui tournent au folklore qu’elle comptera au sein de l’Eglise universelle; mais seulement par l’originalité et la profondeur de sa pensée. Il est temps qu’elle emboîte le pas à Cyprien, à Tertullien et à cet étonnant Augustin dont elle ne doit pas oublier que nullement Noirs, sans doute, mais Africains à part entière, ils furent, par la puissance et la profondeur de leurs pensées, une sacrée pierre d’angle dans la maison Eglise.

Par Dominique Ngoïe-Ngalla

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Intervention de Mgr Portella au synode extraordinaire sur la famille : Défis pastoraux concernant l’ouverture à la vie

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

La troisième assemblée générale extraordinaire du synode des évêques s’est tenue au Vatican du 5 au 19 octobre 2014, sur le thème: «Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation». Elle s’est achevée sur un message conclusif des travaux, adressé aux familles du monde et, en particulier, aux familles chrétiennes. Le document contient également un appel aux institutions, afin qu’elles promeuvent les droits de la famille, tout en rappelant la réflexion sur l’accès à la communion, pour les divorcés-remariés.

Mais, avant d’en arriver là, les pères synodaux, réunis au tour du Pape François, ont débattu, pendant leurs travaux, pour donner chacun son point de vue, sur un aspect de la vie lié à la famille. C’est ainsi que Mgr Louis Portella Mbuyu, évêque de Kinkala, président de la Conférence épiscopale du Congo, premier vice-président du Sceam (Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar), avait évoqué, dans son intervention, l’inquiétude de l’Eglise d’Afrique, face à la diffusion des méthodes contraceptives comme moyen de régulation des naissances sur le continent. Voici l’intégralité de son intervention.

«La famille, cellule de la société est non seulement le lieu de la procréation, mais aussi le protagoniste de la vie par excellence. Elle est le lieu de la vie comme l’affirme l’enseignement de l’encyclique «Humanae vitae», qui, malheureusement n’est pas assez connu des fidèles chrétiens, ou est simplement ignoré au profit de la promotion de la culture ambiante. Aussi l’enseignement du magistère du Pape Jean-Paul II sur la personne, le mariage et la famille est-il venu placer les méthodes naturelles de planification familiales au cœur de l’amour conjugal. C’est lui qui déclare: «Le but fondamental de la famille est le service de la vie, la réalisation, tout au long de l’histoire, de la bénédiction de Dieu à l’origine, en transmettant l’image divine d’homme à l’homme, dans l’acte de la génération» (FC 28).
Le continent africain est pourtant la cible privilégiée de la mise en application du plan d’action 1995-2015 de la Conférence mondiale du Caire sur la population et le développement et des objectifs du millénaire, plus particulièrement en matière de la promotion de la santé reproductive et sexuelle (comprenant la distribution des contraceptifs). Des exemples qui suivent en sont l’illustration: le sommet des chefs d’Etat à Londres en 2012, prévoyant un accès additionnel à la contraception des pays en voie de développement d’au moins 12 millions de femmes d’ici 2020.
Ces dernières années, un financement comportant des sommes colossales a été rendu disponible pour la réalisation de cet objectif; une des stratégies d’approche pour atteindre cet objectif est d’envahir les villages les plus reculés de notre continent. Nous sommes témoins de l’ampleur de la campagne contraceptive dans nos villages et de contraintes qui l’accompagnent.
L’Eglise d’Afrique se trouve, dès lors, dans un combat à mener, pour sauver les valeurs chrétiennes liées à la vie. Fort heureusement, notre force réside dans le constat selon lequel la culture africaine rejoint, d’une manière générale, l’enseignement de l’encyclique «Humanae Vitae». Elle est sensible aux valeurs de la vie, de la paternité et de la maternité responsables. Aussi, les pasteurs de l’Eglise d’Afrique ont-ils lancé, en 1994, à la Première spéciale pour l’Afrique du synode des  évêques, cet appel pathétique à l’adresse de tous les chefs d’Etat du monde: «Ne laissez pas bafouer la famille africaine sur sa propre terre! Ne laissez pas l’année internationale de la famille devenir l’année de la destruction de la famil-le» (Message du synode, n°30).
L’attitude d’ouverture à la vie est très présente dans les familles africaines. L’on ne doit  donc pas faire l’économie de la formation, pour aider les Africains à comprendre le bien fondé des motivations de base de l’Eglise, en ce qui concerne le recours aux méthodes naturelles de régulation des naissances et l’illicéité du recours à la contraception. Dans ce contexte, il n’est pas difficile, pour un Africain, de comprendre pourquoi l’Eglise attache une grande importance à ce que l’union et la procréation ne soient pas séparées dans l’acte conjugal.
L’Africain est sensible à la valeur de la famille comme sanctuaire de la vie et de l’amour. Le témoignage de la Fédération africaine pour l’action familiale (F.a.a.f) à ce sujet, est édifiant.
Dans l’exercice de sa mission, en effet, la F.a.a.f n’a cessé de se rendre compte, sur le terrain, que  les femmes en Afrique sont conscientes que toute action compromettant la fertilité blesse profondément la dignité de la personne humaine. Plusieurs parmi elles préfèrent utiliser les méthodes naturelles de régulation des naissances. Dans la plupart des cas où elles recourent aux méthodes contraceptives, elles y sont contraintes par les pressions des politiques gouvernementales.
Les méthodes naturelles de planification familiale sont donc accueillies comme une bonne nouvelle qui contribue grandement à l’épanouissement des couples et des familles, en dépit des circonstances psychologiques et sociales peu favorables et des pressions contraceptives exercées par les gouvernements et les Organisations non-gouvernementales (O.n.gs) internationales. Cette propagande contraceptive commence, malheureusement, à introduire une mentalité anti-vie qui fait que des comportements matérialistes et relativistes. «Nous souhaitons vivement que le synode aide à redécouvrir le sens anthropologique profond de la moralité de la vie conjugale qui, au-delà de tout moralisme, apparaît comme une tension féconde pour vivre la beauté exigeante de l’amour entre l’homme et la femme». Une mentalité anti-vie, égoïste, est une mentalité suicidaire pour l’humanité».

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Emile BIAYENDA, un saint homme: le prêtre et le pasteur

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

 

Cardinal-biayenda.jpgDix-neuf de vie au service de l’Eglise comme prêtre, dont neuf comme évêque, ce n’est pas beaucoup apparemment ; mais celui dont je vais présenter ici les traits forts de la vie sacerdotale est un homme exceptionnel qui n’a pas eu besoin de nombreuses années pour donner à l’Eglise qui est au Congo et à  toute la nation congolaise,  la pleine mesure des dons que Dieu lui avait faits. De 1958, année de son ordination presbytérale à 1977, année de sa mort, Emile BIAYENDA se révèle  comme un ami du Christ et un ami des hommes qui sait

compter sur la force de Dieu.

 

1-Le prêtre, l’ami de Jésus-Christ

 

 « Demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9).Cette parole de Jésus dans l’évangile de Jean que l’abbé Emile BIAYENDA avait choisie pour son ordination presbytérale est le condensé de sa conception du sacerdoce ordonné ; et comme chez lui, le penser et le vivre doivent aller de pair, il s’est efforcé de faire cette parole un guide pour sa  vie, à la manière du psalmiste : « ta parole est une lampe sur mes pas ».  Le prêtre n’est pas d’abord un homme chargé de poser des actes cultuels ou religieux, ni de donner les sacrements, ni même d’enseigner l’évangile pour faire des adeptes. Etre prêtre c’est, avant toutes choses, s’attacher à la personne de Jésus Christ comme les sarments sont reliés au tronc de vigne qui leur donne la sève vivifiante. Connaître Jésus, c’est tout pour lui ; et le connaître c’est vivre dans son intimité grâce à la prière, à lecture des Saintes Ecritures, à la célébration de l’Eucharistie et au sacrement du pardon. C’est à ces sources que celui qui est appelé à être serviteur de ses frères dans l’Eglise doit puiser et boire s’il veut être au milieu d’eux l’image du Christ, car le prêtre est «  alter Christus ». Voici ce qu’en dit Emile BIAYENDA : « Le prêtre, lui, que fait-il ? Pour moi, je ne sais pas exactement ce que dit la théologie soi- disant d’après concile… Je m’en tiens à ce que disait la théologie d’hier, dite dépassée. Elle disait en effet : “ Sacerdos alter Christus” (le prêtre est un autre Christ). C’est une expression très dense de sens et de signification ».

 

En effet, il apparaît clairement dans les écrits et la vie de l’abbé BIAYENDA que l’identité du prêtre est conférée par Jésus lui-même qui l’appelle à être son ami pour qu’il puisse agir en lieu et place de celui qui est venu donner la vie en abondance : « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père ». Cette théologie de l’identification au Christ ne saurait être dépassée ; Emile BIAYENDA, avec fermeté, appelle à ne pas la rejeter comme un modèle d’avant le concile Vatican II : l’attachement à Jésus et la fidélité à ses commandements sont le socle de la vie presbytérale. Il y a là non seulement une théologie du sacerdoce mais aussi et surtout une spiritualité du prêtre qu’il soit religieux ou diocésain. De ce point de vue, le prêtre diocésain n’a pas à être complexé devant le prêtre religieux sous le faux prétexte que ce dernier a une spiritualité qu’il tient de son ordre ou congrégation, tandis que lui en serait dépourvu.

 

La préparation au sacerdoce, durant les années de séminaire est vécue par Emile BIAYENDA comme une avancée et un approfondissement dans cette connaissance de Jésus qui est union au Sauveur. Ses formateurs et condisciples depuis le petit jusqu’au grand séminaire ont toujours été frappés par l’attrait à la prière d’Emile ; c’est un garçon qui a une piété profonde et sans ostentation. Il a une dévotion mariale très forte ; devenu prêtre, il sera aumônier national de la Légion de Marie. Relevons quelques réflexions de l’abbé BIAYENDA lors de sa retraite d’ordination diaconale, du 19 au 23mars 1958 : « Notre ministère n’est pas fondé sur nos propres capacités, mais sur le Christ. C’est son programme à lui que nous devons suivre. Etude, vie intérieure, vie d’évangile sont les moyens que Dieu attend de nous pour continuer sa mission ». Au cours de cette même retraite, il écrit ceci qui illustre bien la place essentielle de son attachement à Jésus par la prière : « Seigneur Jésus, donnez-moi de vous chercher toujours toute ma vie. Pour que nous soyons forts et gardions en nos âmes la vraie joie, donnez à tous les hommes le goût de prier » (A.T. p.64). Voici encore d’autres réflexions d’Emile qui vont dans le même sens : « Seigneur Jésus, Vous qui m’avez guidé à Vous, Vous qui avez guidé mes pas pendant cette longue et grande montée, ce soir, plus que jamais, je viens implorer votre sainte assistance pour que fidèle à Vous, je le reste à jamais dans ces saints engagements et solennelles prestations d’amour que je vais faire à la fin de cette retraite. 

                                                                                                                                                            « Que je Vous cherche, que je Vous connaisse, vous aime et m’attache à Vous indéfectiblement jusqu’à ma mort. Mes misères, mes incapacités pourront servir, Seigneur, si je sais tout attendre de Vous…

 

« Le prêtre doit être un adorateur. Il doit savoir cesser ses activités pour aller dans le désert causer avec le bon Dieu. Adorer le Christ dans le silence. Lui demander le sens de longs moments vécus à ses pieds. Prier pour les âmes, prier à leur place…

 

« Jésus, vous êtes mon ami. Je vous appartiens avec tout ce que je suis et possède. Jésus, je voudrais être avec vous la main dans la main, comme deux amis » (Retraite de préparation à l’ordination sacerdotale, du 19 au 25 octobre 1958, in A.T. pp.65-66).

 

L’abbé BIAYENDA est de la race des mystiques : il cherche sans cesse le Seigneur, il se prépare intérieurement sans désemparer  à la rencontre de l’Ami. Il est alors disposé à répondre à l’appel du Christ qui a l’initiative d’envoyer en mission : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; c’est moi qui vous ai choisis afin que vous partiez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ». Le même Christ qui appelle veut que les disciples qu’il envoie l’aiment à fond, comme il veut s’en assurer pour Simon-Pierre  à qui, par trois fois, il demande : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu » ? Pour se voir confier la charge du troupeau, il faut que Pierre affirme son attachement à Jésus, attachement que celui-ci ne va pas contester malgré le triple reniement de Pierre.   

                                                      

Il n’ y a pas de doute, Emile a compris que le prêtre n’est pas un fonctionnaire du culte qui remplirait bien ses tâches pastorales ; s’il se comporte ainsi, il court le risque de s’épuiser dans un activisme incapable de révéler aux fidèles la personne même du Christ qui est le Sauveur des hommes. La fécondité du ministère pastoral ne découle pas d’abord des aptitudes humaines du prêtre, mais de sa disponibilité à se laisser habiter par le Christ, à être avec Lui « main dans la main, comme deux amis ». C’est la vie intérieure qui donne sens et richesse aux activités pastorales puisque dans la prière et la lecture des saintes écritures, le prêtre entend la voix du Seigneur qui lui commande ce qu’il doit faire et enseigner aux hommes dont il lui a confié la charge. Imiter Jésus lui-même qui est venu non pas pour faire sa volonté mais celle de son Père, telle doit être la disposition intérieure de celui qui est appelé au sacerdoce pour qu’il ne soit pas un mercenaire qui abandonnerait le troupeau en cas de danger.                                                          A la veille de son ordination sacerdotale le samedi 25 octobre 1958, Emile se confie à Jésus dans la prière en ces termes : « Ȏ Jésus, me voici à la veille de ce grand jour où du pauvre de moi, vous aller faire votre prêtre, votre instrument d’intercession entre vous-même et les hommes. Jésus, vos desseins ne sont pas ceux des humains. Vous écrivez seul droit sur des lignes brisées. Moi le néant, moi le pauvre, vous m’avez gardé sur ce chemin et demain me permettrez de franchir le seuil ! …

Le sacerdoce, ce n’est pas pour rire. Vous me confiez une mission, une mission d’amour auprès de mes frères. Vous savez, vous, Seigneur, comme cela est dur en nos jours présents, mais ce que je vous demande, c’est cette grâce de me sentir toujours pauvre et néant pour m’appuyer sur vous et ne jamais rien risquer sans vous.

 

A vous mon sacerdoce pour que vous en soyez glorifié et pour que des âmes nombreuses par lui soient sauvées. Tout ce qui m’attend, vous le savez et comme un mendiant, que j’aie toujours mes regards sur vous. Tout à vous, tout aux âmes pour vous aimer et aller vous  chanter un jour au ciel. Jésus, aidez-moi. Jésus, soutenez-moi et plutôt mourir Seigneur que devenir un infidèle et un indigne prêtre. Je me donne à vous, je me consacre à vous pour toujours jusqu’à ma mort. »                    

                                                                                                              

2- Fort avec Dieu

 

La prière de l’abbé BIAYENDA à la veille de son ordination est sans conteste le serment de fidélité, de confiance et d’amitié que le tout futur prêtre fait à Jésus qu’il reconnaît comme son ami et son maître. Il n’est pas encore prêtre, il le sera le lendemain par l’imposition des mains de son évêque, Mgr Michel BERNARD ; mais dans le cœur d’Emile, ce jour du dimanche 26 octobre 1958, fête du Christ-Roi, va être la consécration de cette amitié tissée avec Jésus depuis son baptême. Je me risque à dire qu’Emile, sans pour autant mépriser l’autorité de l’Eglise à qui le Christ a donné le pouvoir d’appeler au sacerdoce et de le conférer (qui l’a connu savait son immense respect pour l’autorité de l’Eglise), pense que l’ordination sacerdotale ne transforme pas fondamentalement un homme qui ne s’est pas préparé dans la fréquentation de Jésus à consacrer sa vie au service de ses frères. Emile mesure le poids et la difficulté de la charge, car pour lui, être prêtre est plus une charge, une responsabilité qu’une promotion, un honneur ; cette conviction n’aura pas pris chez lui une ride quinze ans plus tard, lorsqu’il est nommé cardinal par le pape Paul VI. Le sacerdoce ce n’est pas pour rire ni pour se gonfler d’orgueil car il est une mission de service et d’amour auprès des hommes et des femmes de ce temps, de tout temps, de ce pays, de tout pays. Une mission de service et d’amour ! Qu’il est difficile d’aimer. Il est déjà difficile d’aimer ceux qui sont du même sang que moi, ceux qui ont la même culture que moi… Comment aimer ceux qui me sont étrangers par le sang, les coutumes, la religion… ?

 

Le prêtre peut se sentir démuni devant cette mission à cause de ses préjugés, de son histoire personnelle, de ses limites humaines et se refuser d’aller au-delà de lui-même. Dans son ministère sacerdotal, Emile n’a pas été à l’abri de ces situations en face desquelles nos capacités humaines défaillent,  notre volonté et notre liberté sont bloquées ; sa lucidité spirituelle lui faisait comprendre qu’il était pauvre et néant ; c’est alors qu’il savait s’appuyer sur la force de Dieu, à l’image de l’apôtre Paul qui écrit : « C’est lorsque je me sens faible que je suis fort » (2Cor12, 10). Pauvre et néant, voilà comment se décrit lui-même Emile, cet ami du Christ aux vertus humaines et chrétiennes reconnues, au zèle apostolique  avéré. Voilà comment doit se décrire tout prêtre de Jésus-Christ dans la sainte Eglise catholique. Il sera encore plus près de Jésus dans la prière afin que sa grâce ne lui fasse jamais défaut ; il découvrira qu’il ne peut pas s’attribuer ce qu’il appelle ses réussites pastorales, mais qu’il les doit à l’Esprit de Jésus qui guide l’Eglise depuis le commencement.

 

Le sacerdoce est une responsabilité pour l’Eglise et l’humanité tellement vitale que celui à qui elle est confiée doit chaque jour être vigilant à entretenir et à faire fructifier le dépôt qu’il a reçu du Seigneur ; pour cela, il doit s’imposer une discipline personnelle basée sur l’intimité avec le Christ d’une part, et sur le zèle apostolique et le respect des fidèles d’autre part. Voici, à ce sujet, quelques points de la règle que se donne le tout jeune prêtre Emile BIAYENDA, elles sont empruntes de sagesse évangélique et humaine :

 

1. Dans l’administration : ce sera au nom du Christ et comme le veut et le demande son Eglise notre mère.

2. Horreur de tout ce qui sent la simonie.

3. Etre infatigable à prodiguer aux âmes les trésors de la grâce du Seigneur par les sacrements et sacramentaux dignement administrés.

4. Beaucoup estimer le ministère auprès des malheureux et des malades. Leur offrir mon amitié, mais au nom du Christ.

5. Estimer les visites des gens à domicile, mais avec toute la prudence voulue                                                     6-Ma sanctification et la conversion des pécheurs tiendront de mon Oraison et de ma Sainte Messe, de mon chapelet, de mes lectures spirituelles ; assiéger le Christ au Tabernacle et lui dire tout.

7. Combattre la médiocrité : étudier sans cesse, ne passer plus tard aucune sans avoir rien fait en ce domaine, avoir toujours un ouvrage en chantier.

8. Préparer mes sermons dans l’amour et l’inspiration par Marie. Eviter les improvisations.                               9. Me savoir partout, en tout et pour tout, prêtre du Seigneur qui a mission de le faire connaître et aimer des autres par son message appuyé  du témoignage de ma vie.                                                         10. Lutter contre tout complexe dans n’importe quel milieu. Croire à l’amour du Seigneur et rayonner sa joie.

11. Aimer les âmes, chercher leur bien réel, communier sincèrement à leurs souffrances.                                          12. Etre excessivement prudent avec elles, particulièrement avec les enfants et les filles.                                    13. Avoir en honneur mon célibat généreusement embrassé par amour pour Jésus, y voir une source d’immenses grâces que le Christ m’accordera pour la conversion des pécheurs.                                      14. Parler et prier pour les vocations.

15. Savoir obéir : me convaincre sans cesse que mes actions ne seront d’Eglise, utiles aux âmes et bénies de Dieu que dans la mesure où je serai uni à l’Eglise par mon évêque et mes supérieurs.                                                                                                                                                                 16. Dans l’apostolat, ne pas bouder les trouvailles des autres. Les adopter, les faire miennes » ( in A.T. pp 68-69).    

                           

Je ne voudrais pas ici examiner in extenso chacun de ces points de la règle que l’abbé BIAYENDA s’est donnée comme ligne de conduite. Tout prêtre peut les examiner et se rendre compte qu’ils sont des balises et des garde-fous précieux. Le plus important ici est de découvrir qu’Emile BIAYENDA prend au sérieux son sacerdoce et qu’il se donne les moyens d’être fidèle au don que Jésus lui a fait pour ses frères. Saint Paul  se stimule en écrivant ces mots plein  de zèle apostolique : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile » (1Cor 9,16) ; c’est dans le même esprit que l’abbé  BIAYENDA écrit, à la veille de son ordination sacerdotale ces mots qui sont en conclusion de la règle: « …plutôt mourir, Seigneur, que devenir un jour un infidèle et un indigne prêtre ». Prendre soin de sa propre âme c’est à coup sûr pour le prêtre l’un des meilleurs moyens de prendre soin du troupeau que le Seigneur lui  confie, car on n’est pas prêtre pour soi-même mais pour le peuple de Dieu. Ce n’est pas à un exercice volontariste qu’il se soumet ; c’est le regard tourné vers le Christ, le prêtre par excellence, qu’il avance et espère remporter la victoire.

 

Devenu évêque, il redira pour les prêtres l’exigence incontournable d’une vie évangélique authentiquement centrée sur le Christ comme voie d’une vie sacerdotale fructueuse et épanouissante : « exigence de fidélité à la parole donnée et à l’engagement contracté, exigence de générosité capable d’aller, à l’exemple du Christ, jusqu’au sacrifice , non seulement des biens matériels, mais aussi de sa propre vie, exigence de chasteté et de pauvreté pour une charité qui urge, exigence de discipline et de hiérarchie selon la volonté du Père et de l’Esprit Saint qui assigne à chacun et selon l’ordre, une fonction pour le bien de tous, comme il est dit dans l’épitre aux Corinthiens.

 

Quoi qu’on dise, la vraie liberté chrétienne ne peut s’obtenir que dans l’obéissance : comme il est écrit dans le livre des Prophètes : “ Je t’écarterai de mon sacerdoce, toi qui méprises la discipline”. Et toutes les exigences du sacerdoce que semblent rejeter les théories actuelles ne peuvent être abolies au profit de certaines théories ambiguës et mal à propos.

 

Pour empêcher que beaucoup de vocations n’aillent à la dérive, il faut sans crainte présenter une vie évangélique authentiquement centrée sur le Christ et témoigner du sérieux de la Parole de Dieu ». (in A.T. p.113).

 

Sachant qu’un engagement sans tergiversations est impossible à tout être humain même engagé sur le chemin de la sainteté, Emile, lorsqu’il est nommé évêque, choisit comme parole de vie : « Sur ta parole, Seigneur, je vais jeter les filets » (Lc 5,5). Il a longuement médité sur l’attitude de Simon-Pierre au bout d’une nuit de pêche infructueuse ; lassés, ses compagnons et lui rangent le matériel pour aller se reposer avec l’inquiétude que la nuit suivante ressemble à celle qui vient de s’achever. Mais voilà que Jésus de Nazareth, charpentier de métier, lui dit d’avancer au large et de jeter les filets…

 

C’est le matin ; Pierre sait d’expérience que sur le lac, ce n’est pas le moment propice pour prendre du poisson en quantité ; mais il donne du crédit à la parole de Jésus, il obéit, et le résultat ne se fait pas attendre. Mais pourquoi donc Pierre ne demande-t-il pas à Jésus de s’associer à eux pour créer une entreprise de pêche prospère ? Au lieu de cela, il abandonne son métier pour se mettre à l’école d’un Maître auprès duquel il n’aura jamais fini d’apprendre que l’amour et la confiance en Dieu sont le secret de la réussite du pêcheur d’hommes.

 

Ce ne sont pas sur ses qualités personnelles qu’Emile BIAYENDA compte ; il sait qu’il doit tout au Christ qui a le pouvoir de faire en sorte que même les misères et les incapacités du prêtre servent à manifester la grandeur de Dieu. Il faut que le prêtre soit saint, c’est-à-dire qu’il s’engage résolument à mettre en pratique les conseils évangéliques qui ne sont pas l’apanage des religieux ; il faut qu’il se dépouille de ce qui l’empêche d’être libre pour accueillir l’appel toujours renouvelé à avancer au large ; il doit commencer à se dépouiller de ses certitude et de sa propre volonté. Ce qui affleure ici encore c’est cette conception d’identification au Christ de l’être et de l’agir du prêtre : Jésus, en entrant dans le moment suprême du don de sa vie, prie Dieu : «  Père, non pas ma volonté, mais la tienne ». Commentant cette disposition de notre Seigneur, Emile BIAYENDA écrit : « Le Christ, c’est celui qui fait la volonté du Père. Et que veut le Père ? Le Père veut que ce monde soit dans l’ordre. Le Christ, c’est celui qui annonce la loi de l’ordre : “ Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Ne fais pas à l’autre ce que tu ne veux pas que lui te fasse ”… Alors le prêtre, comme le Christ, sera celui qui fait et annonce la volonté du Père ; celui qui proclame par sa parole et par sa vie : “ aimons-nous comme des frères”. Le prêtre, c’est celui qui unit, qui rassemble les hommes divisés par la haine. Le prêtre, c’est celui qui réconcilie ceux qui se sont brouillés. C’est en me considérant humblement, sans prétention aucune, avec toute ma faiblesse, comme “ alter Christus ” (un autre Christ), que moi, prêtre, je sais qui je suis et ce que je dois m’efforcer de vivre chaque jour.

En résumé, comme le Christ, je suis envoyé, apôtre, je dois annoncer la Parole de Dieu, je dois faire ce que Dieu veut, à savoir unir les hommes par la loi d’amour comme les enfants d’un même Père. Et cela, le monde en a besoin, en aura toujours besoin autant qu’il a besoin de nourriture et d’argent. Et cela, c’est du travail capable d’occuper pleinement une vie humaine, tout un prêtre, et c’est là toute sa vie » (in A.T.pp 114-115).

                                                                                                                                                                                          

3-Le prêtre, l’humble serviteur, l’ami des hommes

 

Emile BIAYENDA, vicaire de la paroisse Sainte-Marie de Ouenzé, puis curé de la paroisse Saint-Jean-Marie Vianney de Mouléké, à Brazzaville, ne vit pas comme un reclus ; il est chaleureux, attentif aux autres et passionné des contacts avec les personnes qu’il rencontre au cours des activités pastorales à la paroisse ou lors des visites dans les quartiers ; il se fait tout à tous, hommes et femmes, enfants et adultes, avec une attention particulière pour les démunis et les malades. Sa simplicité et la paix qui émane de sa personne sont des  armes efficaces pour gagner à Dieu le cœur de ceux qui font un bout de chemin humain et spirituel avec lui. Il puise cette simplicité et cette paix dans son amour filial à Marie, la mère de notre Seigneur. Cette piété mariale qui a germé lors de ses années de formation au sacerdoce, est un trait fort de sa vie de prêtre ; souvenons-nous qu’il aimait appeler Marie « ma bonne et tendre mère » et qu’il l’appelait pour qu’elle demeure toujours avec lui. Il priait ainsi à la veille de son ordination sacerdotale :

 

 « Marie, ma mère, je vous confie mon sacerdoce. Soyons ensemble, travaillons, prions ensemble. Que je vous aime avec votre Fils. Et que je vous fasse aimer aux âmes pour lesquelles Je consacrerai toute ma vie ». (A.T. p.71).

 

Celle qui a donné naissance à Emile, maa Biyela bia Milongo ne sera pas présente physiquement demain, à la messe d’ordination sacerdotale de son fils ; mais Emile sait qu’il n’est pas dépourvu d’amour maternel : Marie, la mère que Jésus nous a donnée lorsqu’il mourait sur la croix, est avec lui ; elle sera encore là demain et elle sera avec lui jusqu’au jour de sa mort.

                                                                                                                                                            Je me souviens clairement  que revenu de Lyon en 1969, l’abbé Emile fut invité au petit séminaire Saint-Paul, à Mbamou, pour parler aux séminaristes ; il nous invitait à réciter régulièrement notre chapelet ; il nous disait que lorsqu’il fut emprisonné en février 1965, ses geoliers l’avaient dépouillé de son chapelet, mais, ajouta-t-il, avec une sourire radieux, il avait encore ses dix doigts dont il se servait comme des grains pour réciter le chapelet.              Cette piété ne ressemble en rien à un piétisme béat. En associant Marie à sa vie sacerdotale et à toutes ses activités pastorales, l’abbé Emile se fonde sur  la conviction que la vie de l’humble jeune fille de Nazareth qui deviendra la mère du Christ est une source d’inspiration inépuisable pour tout prêtre ; en effet, Marie n’est pas seulement la mère qui prie pour les prêtres, elle est aussi la femme croyante, la femme charitable et la femme d’espérance, toute humble, qui est donnée en modèle à tout chrétien et au prêtre en particulier.                                          Suite à l’annonce de sa nomination à la charge d’évêque coadjuteur de Brazzaville, le 26 mars 1970, Monseigneur BIAYENDA prononce une allocution dans laquelle il prend Marie pour modèle :

 

« Mes biens chers frères en Jésus,

 

C’est l’occasion de le dire : vraiment, les voies de Dieu sont insondables. Il y a des surprises qui bouleversent et qui désorientent les plans des hommes. Marie, notre Mère, ne se proposait-t-elle pas dans sa loyale humilité, une vie tranquille toute effacée, au service de son Dieu ? Et brusquement Dieu en décida autrement : la voilà engagée à porter la lourde croix avec le Rédempteur : l’homme propose et Dieu dispose.

 

Point n’est besoin de rappeler que ma nomination à la charge d’évêque qui m’échoit aujourd’hui, et qui réjouit beaucoup de chrétiens, est une lourde croix. Nous le ressentons et le constatons nettement bien plus encore à cette époque de contestation. Mais quand le Seigneur parle, toute appréhension humaine doit disparaître et laisser place à l’action de grâces, au « merci » le plus sincère ; car au fond,  c’est toujours une grâce ineffable, une source de bénédiction pour tous. Aussi malgré les appréhensions, malgré les pressentiments d’un calvaire, comme Marie et avec Marie, comme Zacharie, nous ne pouvons que dire : “ Béni soit le Seigneur Dieu de l’univers, il continue de visiter son peuple…” ». 

 

Comme Marie qui accueille le plan de Dieu sur elle, Emile est rempli de foi en l’œuvre de Dieu qui donne les grâces nécessaires à l’accomplissement de la mission qu’il confie aux hommes. Il leur donne la force d’aller jusqu’au bout, d’accompagner  tout au sommet du calvaire Jésus portant sa croix, de communier à ses souffrances,  pour voir se lever le Soleil de Justice sur l’humanité encore esclave de la mort et du péché.

                                                                                                                                                        Comme Marie qui se lève et part en hâte porter à Elisabeth la bonne nouvelle de la prochaine naissance du Messie qu’elle porte en son sein, Emile est tout à son travail d’annoncer en paroles et en actes à ceux qu’il rencontre la bonne nouvelle qu’ils sont aimés de Dieu et que Dieu les veut debout et joyeux en Jésus Christ.

 

Comme Marie qui reste avec sa cousine Elisabeth, enceinte de six mois, pour lui apporter son aide, Emile est attentif aux malades et aux malheureux.

 

Il est clair que la dévotion mariale d’Emile BIAYENDA est une source d’inspiration et une force pour être un véritable disciple de Jésus, à l’exemple de Marie qui fut le premier disciple de son Fils, depuis Nazareth jusqu’à Jérusalem.

 

Chez Emile, les qualités ne sont pas en demi teinte, elles apparaissent dans toute leur maturité et ne s’éclipsent pas, car cet homme est entier et constant. Parmi ses qualités, je voudrais relever spécialement son humilité qui est à la fois déroutante et fascinante. Il a toujours été comme cela, disent ceux qui l’ont connu depuis les années de formation au séminaire jusqu’à la fin de sa vie. Mais pour le commun des fidèles, c’est la tranche de vie de l’épiscopat et du cardinalat qui marque les esprits. En Afrique (mais ce n’est pas une spécificité africaine), il n’est pas rare que les prêtres, à plus forte raison les évêques et les cardinaux sont mis sur un piédestal quand ce ne sont pas eux-mêmes qui invitent les fidèles à les hisser sur le pavois ; en effet, ces hommes de Dieu ont le privilège d’être manipulateurs du sacré et donc détenteurs de pouvoirs magico-religieux que sollicitent ceux qui sont dans les embarras de tout genre ; c’est pour cela qu’on leur doit le respect et les honneurs dus à leur rang de notables et de faiseurs de sacré. Emile BIAYENDA, évêque et cardinal, méritait ces honneurs en toute logique. Il avait conscience d’être un chef, un grand chef, il n’était pas seulement  nganga Nzambi, le féticheur de Dieu (c’est ainsi qu’on désigne le prêtre au Congo-Brazzaville), mais plus encore il était Mfumu nganga (appellation de l’évêque en pays koongo), le chef des féticheurs. Mais il n’utilisait jamais son statut de chef pour se pavaner ; c’était vraiment un prince à l’esprit noble et élevé qui savait que sa véritable grandeur ne lui venait pas de ce que les hommes l’encensaient, mais plutôt de son élection par Dieu au rang de serviteur des fidèles chrétiens.                                                          Je voudrais rapporter ici une anecdote pour illustrer mon propos : peu après sa promotion au rang de cardinal, les fidèles chrétiens de l’archidiocèse de Brazzaville, estimant que la vieille 2CV fourgonnette ne convient pas à leur pasteur, organisent une collecte aux fins de lui offrir une voiture digne de son rang ; ce sera une berline Mercedes noire ; piqué au vif par cette marque de respect  des chrétiens envers le premier cardinal du Congo-Brazzaville, le Président de la république du Congo, le commandant Marien NGOUABI, va offrir, au nom de l’Etat congolais, une Peugeot 504 noire, la voiture des officiels congolais de l’époque. Le cardinal loue la générosité des donateurs, mais très souvent, lors de ses visites pastorales ou de ses déplacements personnels, il continuera de rouler dans sa vieille 2CV.

                                                                                                                                                                                                                     Emile ne regarde jamais les gens de haut ; que ce soit au milieu des prêtres ou des fidèles, il sait exercer l’autorité en bon intendant chargé de donner à chacun sa part de nourriture et il considère les autres comme des enfants de Dieu, des frères et sœurs de Jésus revêtus d’une égale dignité ; à l’exemple du Christ qui se tient au milieu des hommes dans la posture du serviteur qui s’abaisse jusqu’à  laver les pieds de ses disciples, il vit et exerce son sacerdoce non comme une promotion sociale, mais plutôt comme un appel incessant à se mettre au service des hommes et des femmes que Dieu place sur son chemin. Le message qu’il adresse aux chrétiens et à tout le peuple congolais après la réception de la lettre officielle de son admission dans le  Collège des cardinaux en dit long sur sa lucidité et sur le sens juste et noble qu’il a de l’exercice de l’autorité dans l’Eglise :      

      

« Frères, cette nouvelle reste une grande surprise, tant pour vous que pour nous-mêmes : personne ne s’y attendait et ne pouvait s’y attendre ! Eh bien, que la volonté de Dieu soit faite et que le Seigneur et l’humanité en soient glorifiés au maximum !

 

La promotion au rang des cardinaux est un honneur, bien sûr, mais aussi et surtout une charge et un service que nous devrons assumer tous ensemble. C’est une faveur de la part du Seigneur, mais une faveur lourde de responsabilités vis-à-vis de ce monde. Aussi, nous avons tremblé profondément en apprenant cette nouvelle. Le courage nous est revenu en entendant cette parole profonde du Délégué Apostolique : “confiance en Dieu, confiance en le Pape, confiance en la chrétienté et au clergé !” Oui, nous avons alors compris que cette charge n’était pas une affaire personnelle mais l’affaire de tous : Dieu et tout son peuple. Notre force devant cette croix de salut, c’est Dieu, c’est le Saint-Père, c’est vous, chers frères chrétiens, et toutes les bonnes volontés de notre pays !

 

Et cette grande grâce, c’est à nous tous, frères, qu’elle est confiée pour le salut et le bonheur de tous : qu’elle ne soit pas vaine ! Nous devons la conserver jalousement et en tirer profit pour la plus grande gloire de Dieu et de l’humanité. Et il en sera ainsi, si nous chrétiens, nous restons dans l’Esprit de Jésus, cet Esprit de Jésus qui se manifeste dans ce monde par ce sens du respect, du service, de la charité fraternelle qui anime toute communauté joyeuse de vivre ! Cet Esprit de Jésus qui a pour signe le respect de la personne humaine quelle qu’elle soit, la conscience professionnelle dans toute charge que nous assumons en société et surtout le sens aigu de la hiérarchie… A une époque où toute autorité se trouve contestée et rendue caduque mais où par contre l’homme ressent un vif besoin de discipline pour produire efficacement, le devoir incombe aux chrétiens de se rappeler la parole irrévocable du Christ soulignant notre responsabilité : “Vous êtes le sel de la terre ! Vous êtes la lumière du monde !” (Mt 5).                                   C’est à nous donc, frères et sœurs, c’est à nous de montrer au monde la beauté et la splendeur de l’autorité, selon les vues de Dieu. Car nous savons pourquoi tel ou tel commande à d’autres hommes : nous savons que toute autorité vient de Dieu, que toute hiérarchie est œuvre de l’Esprit organisateur de Dieu…Frères, si tout homme ressent d’instinct la nécessité d’une discipline, combien plus, nous, croyants, qui savons la raison profonde de la hiérarchie, devrons-nous aimer la discipline et l’ordre. Nous portons la grande responsabilité de redonner au monde la saveur et la joie d’une vie organisée, hiérarchisée. Il nous appartient d’annoncer et de montre que “ obéir ” n’est pas se rabaisser, mais au contraire, c’est faire preuve de grandeur d’âme et d’intelligence. C’est sans aucun doute un facteur  indispensable pour toute construction. Voilà, à notre avis, chers frères, la leçon qui se dégage de cette promotion qui fait notre joie et notre fierté à tous ! » (in A.T. pp99-101).

 

Nous percevons à travers ce message que l’humilité d’Emile n’est pas la fausse modestie ; il sait l’honneur qui vient de lui être fait, mais dans le même élan, il associe à cet honneur le peuple chrétien et la nation congolaise tout entière. L’honneur qui est fait au pasteur rejaillit totalement sur ses frères ; il ne se met ni au-dessus ni en dehors de ceux à qui est destiné le message évangélique. En même temps, il ne se dérobe pas à sa mission qui consiste à parler au nom du Christ pour rappeler les exigences salutaires de la vie chrétienne, ici celle de la nécessité de la reconnaissance et du respect de la hiérarchie en vue de la construction d’une société où chacun est reconnu, et aussi celle d’une saine compréhension de l’autorité comme un don pour la promotion du bien commun. Encore une fois, sa conception et son exercice de l’autorité pastorale sont dictés par l’enseignement du Christ : « Les rois commandent en maîtres, les grands font sentir leur pouvoir ; parmi vous, il ne doit pas en être ainsi ; celui qui veut être le plus grand… ».

 

Emile n’est pas un donneur de leçons, il montre le Christ et il s’efforce à conformer sa vie personnelle à celle du divin Maître ; en cela, il indique et dénonce sans violence les tares et l’échec de tout pouvoir et de toute autorité qui se prendrait pour sa propre fin alors qu’elle est fondamentalement un moyen mis par Dieu à la disposition des communautés humaines afin qu’elles vivent et se développent harmonieusement. Il connaît bien le Congo, son pays, et il a vécu dans sa propre chair les délires cruels et néfastes d’un pouvoir politique préoccupé à terroriser par tous les moyens pour se maintenir, plutôt que de se soucier du bien-être de la population. 

 

Emile BIAYENDA est un mystique ; il trouve son accomplissement et sa joie dans la rencontre intérieure avec le Christ dans la prière, la méditation de la Parole de Dieu ; il contemple l’amour de Dieu pour les hommes manifesté en Jésus qui donne sa vie sur la croix. De cette rencontre et de cette contemplation jaillit la pressante nécessité de la mission dans les orientations pastorales et la vie quotidienne. Alors là, au mystique se joignent le sociologue et l’homme d’action pour que l’annonce du salut et de la libération de l’humanité en Jésus ne soit pas un discours éthéré sans prise réelle sur la vie des personnes et de la société. La thèse de sociologie qu’il a écrite à l’institut catholique de Lyon en 1968 est la preuve de la volonté de l’abbé BIAYENDA de ne pas dissocier la pratique  religieuse de la transformation réelle de la société , l’intelligence de la foi, le christianisme et le développement humain intégral. Emile ne se départira jamais de son regard de sociologue pour analyser l’état et les mouvements de la société congolaise qui connaît une mutation chaotique mais prometteuse entre une société traditionnelle forgée au creuset de la solidarité et du respect de la hiérarchie à une société moderne soucieuse d’un développement économique et d’une liberté à l’égard du carcan traditionnel qui soumettrait la personne à des valeurs surannées. Le sociologue sait que ce passage est inéluctable, il sait qu’il prendra le temps qu’il faudra, mais le mouvement est irréversible. En pasteur avisé, Emile ne fera pas l’éloge aveugle de la tradition ni celui de la modernité ; il voit dans l’une et l’autre des valeurs humaines à explorer et à exploiter pour le bien de chacun et de tous ; il décèle dans l’une et l’autre des ambiguïtés et des freins à la reconnaissance de la dignité et de la liberté des personnes, donc un frein au développement social et économique. Depuis 1963, le Congo les dirigeants politiques congolais ont choisi la voie du socialisme puis du marxisme-léninisme pour assurer le décollage économique et humain de la population. L’Eglise est considérée comme une force rétrograde, un frein au développement intellectuel, culturel et économique des congolais. Lorsqu’il accède à l’épiscopat, en 1970, Mgr BIAYENDA sait que sa tâche ne sera pas facile en ce qui concerne les rapports entre l’Eglise et l’Etat. Durant tout son épiscopat, il ne heurte jamais de front les autorités politiques emmurées dans l’idéologie du Parti congolais du travail, parti unique qui dirige l’Etat ; ce n’est pas dans la nature d’Emile de chercher un choc frontal ; ce n’est pas sage de vouloir le provoquer ou de céder aux provocations du camp d’en face ; en tout état de cause l’archevêque métropolitain de Brazzaville est convaincu qu’il n’ y a pas deux, mais un seul camp : celui des citoyens congolais. Il usera à la fois de sa force intérieure, de sa charité fraternelle et de son autorité pastorale pour éviter le clash qui compromettrait la sécurité des personnes et l’unité nationale. Les incidents et les moments chauds ne manquent pas, mais Emile croit que c’est dans les situations les plus tendues qu’il faut instaurer le dialogue dont les fruits sont toujours un cadeau de l’Esprit de Dieu qui fait grandir le Corps du Christ qu’est l’Eglise. Le dialogue n’est pas démission, trahison du trésor de la foi, elle est pastorale intelligente et patiente qui permet de faire découvrir que Dieu n’est pas contre le bonheur de ses créatures, mais qu’au contraire, il trouve sa gloire dans l’homme debout et heureux. Son respect et son estime pour le Président de la république, le commandant Marien NGOUABI qui le lui rendait bien ont jeté en terre congolaise la semence de la reconnaissance de l’Eglise comme un élément qui contribue au développement de la nation.

 

Au sujet du développement qui doit être le souci et le travail de toutes les composantes de la nation, le pasteur de l’archidiocèse Brazzaville adresse aux chrétiens à l’occasion de Noël (trouver l’année)  une lettre intitulée « Noël, les chrétiens accueillent le libérateur de tous les hommes » :                       

                                    

 « Accueillons surtout dans la joie tous les appels de libération qui jaillissent aujourd’hui du sol de notre pays, du cœur de notre peuple congolais. Ensemble, nous luttons pour notre indépendance réelle, pour la libération politique, économique et culturelle de notre pays qui veut grandir dans la dignité et le respect de ses valeurs propres. Notre pays s’est engagé dans la lutte pour la construction d’une société plus juste. Il nous revient à tous de tout faire pour que le socialisme soit vraiment la volonté d’arracher tous nos frères congolais à l’irresponsabilité, pour qu’il soit une invitation à tous à prendre part à la construction nationale ; et qu’ainsi se réalisent chez nous des conditions politiques et sociales permettant à tous de participer à la gestion de notre croissance.

 

Quotidiennement, chaque homme et chaque femme est appelé à prendre sa vraie place, dans une totale disponibilité, chrétiens, nous voulons assumer pleinement nos responsabilités.                                                    La lutte pour la libération est aussi quotidiennement celle contre la misère, la faim, la maladie, la malnutrition, le chômage, l’analphabétisme.

 

C’est au sein de toutes ces réalités que nous voulons fêter la naissance du Christ. Le Christ vient au milieu de nous pour nous inviter à vivre encore plus conformément la lutte de chaque jour que nous partageons avec tous nos frères. Il veut aussi nous permettre de porter nos libérations humaines à leur perfection, à leur total accomplissement.

 

Nous connaissons tous les reproches que nous adressent beaucoup de nos contemporains. La religion leur apparaîtrait encore comme un obstacle à la vraie libération de l’homme, elle encouragerait l’homme à une attente passive de l’au-delà, le dispensant ainsi de faire des efforts afin de transformer cette vallée de larmes en un monde plus humain…                                                         Pour nous chrétiens, connaître Dieu et son dessein est une invitation immédiate à participer avec tous les hommes de bonne volonté à la lutte pour la justice et pour la transformation du monde … »

                                                                                                                                                          Emile ne fait pas que parler de la justice sociale et du souci des pauvres. Il constate que beaucoup de personnes âgées à Brazzaville sont délaissées, abandonnées à elles-mêmes, soit parce que les familles sont elles-mêmes démunies pour les prendre en charge, soit parce qu’elles sont accusées de sorcellerie. Le cardinal BIAYENDA fait siennes les souffrances de ces personnes âgées et de leur entourage. Il n’existe aucune structure appropriée pour accueillir ces personnes nécessiteuses, alors Emile va s’employer de toutes ses énergies à en créer une. Le terrain est trouvé juste à côté de la cathédrale ; il prend langue avec la congrégation des petites sœurs des pauvres, il obtient de l’Etat congolais les autorisations requises, et la première maison d’accueil des personnes âgées au Congo va ouvrir ses portes en (chercher l’année).

 

L’autre chantier qui le préoccupe est celui de l’éducation de la jeunesse. Il est conscient qu’il n’y a pas d’avenir pour le Congo si les enfants et les jeunes ne reçoivent pas de formation intellectuelle et humaine solide. Depuis 1965, les écoles catholiques et protestantes qui dispensaient le savoir et le savoir-vivre ont été nationalisées par décision unilatérale des autorités politiques congolaises qui  estiment que l’Eglise, par le biais de l’enseignement, corrompt et aliène la jeunesse. Les mouvements de jeunesse chrétienne ont été dissous également. Mais la nationalisation des écoles a plongé l’enseignement au Congo dans un état de délabrement à maints niveaux : pédagogique, éducatif, éthique ; la prépondérance des mouvements de jeunesse socialiste qui favorisent plus le bourrage idéologique qu’une formation intellectuelle et professionnelle solide ajoute à la désolation. Emile sait tout cela mais au lieu de diaboliser ou de stigmatiser qui que ce soit, il invite à la prise de conscience et à la  collaboration pour assurer l’avenir de la nation.  En 1974, à l’occasion du Carême, l’archevêque de Brazzaville s’adresse, dans une lettre pastorale, à tous ceux qui ont en charge l’éducation des jeunes : « Frères et sœurs dans le Christ, l’époque que nous vivons est passionnante ! Tous, nous assistons à des transformations des conditions de vie, à des possibilités inouïes pour l’homme de maîtriser l’univers, à un progrès immense de la science et des techniques qui font notre admiration et  nous portent à l’enthousiasme.                                                                                   Avec cette évolution du monde, rapide, extraordinaire, se développent des faits nouveaux : les moyens de communication, par exemple, qui font prendre conscience à l’homme de sa dimension universelle…Toutefois, ces faits nouveaux demandent à l’homme de s’asseoir et de réfléchir, car ils comportent un danger, un risque dont nous devons mieux prendre conscience pour pouvoir le dominer.

 

Parmi tous ces faits nouveaux, il en est un qui s’impose à nous, Congolais, avec force et netteté : celui de l’éducation des enfants et des jeunes. Il n’est pas trop fort de dire que nous assistons, ici dans notre pays, comme dans beaucoup d’autres pays, à une “véritable marée des jeunes”. Je pense que c’est notre devoir à tous : évêque, prêtres, religieux et religieuses, éducateurs, enseignants, responsables des mouvements de jeunes, laïcs, de nous asseoir calmement et durant tout ce temps de Carême, temps de prière, de lumière, de conversion, de faire le point, de prendre le problème à bras le corps et d’y apporter chacun à sa place et selon sa mesure, la solution ou les solutions simples, pratiques, efficaces qui s’imposent.                                           C’est dans ce but que je m’adresse à vous tous qui avez une part importante dans l’éducation des enfants, à vous aussi jeunes des C.E.G. (Collèges d’enseignement général) et des lycées, pour que cette lettre de Carême soit lue, discutée, méditée, non pas comme une simple parole humaine, mais comme cette Parole de Dieu “ vivante, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, qui pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles et qui peut juger les sentiments et les pensées du cœur ” (He 4, 12)…

                                                                                                                                                             Tout au long de cette année, en écoutant avec bienveillance les uns et les autres, j’ai été frappé d’entendre très souvent les mêmes mots : “ Nous sommes débordés ; les enfants n’obéissent plus ; les enfants ne travaillent plus ; les enfants n’écoutent plus personne ; nous ne savons que faire…” Si c’est la voix des enseignants, c’est la même chose : “ De notre temps, les études c’était quelque chose ; maintenant les élèves ne savent plus rien, ne travaillent plus, n’obéissent plus ”. Et tous, nous rejetons la faute sur l’autre : “ C’est la faute des parents ”, disent les enseignants ; et tous, à bout d’argument : “ C’est la faute de l’Etat ”…                                                  Véritable marée des jeunes, enfants livrés à eux-mêmes sans discipline ni cadre, rejet de la responsabilité les uns sur les autres, les conséquences d’un tel état de fait sont graves…Aussi je vous invite à vous asseoir, simplement, calmement, sans esprit de parti ou de polémique, je vous invite à réfléchir et à faire la lumière.

 

Quelles sont les causes de tous ces faits ?

Que pouvons-nous faire ? Quelles consignes votre évêque peut-il vous donner ? ».                                                

 

L’évêque Emile veille avec soin sur le troupeau dont il a reçu la charge ; même dans un contexte politique difficile, il ne capitule pas ; peu importe que l’Eglise n’ait plus ses écoles collèges et lycées, la mission prophétique lui incombe toujours de faire prendre conscience des dangers et de susciter les énergies des peuples pour qu’ils avancent vers un développement intégral. L’évêque Emile est dans la droite ligne du concile Vatican II qui dit que l’Eglise ne peut pas se désintéresser de la vie des hommes de ce temps dont elle partage les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses  des disciples du Christ, et il n’y a rien de vraiment humain qui ne trouve un écho dans leur cœur » (Constitution pastorale Gaudium et spes, préambule). 

                                                                                

Conclusion 

 

 Emile BIAYENDA, évêque et cardinal est un prêtre à la personnalité attachante. Il provoque et invite le prêtre que je suis à plus d’intériorité. En faisant défiler les quelques souvenirs qu’il me reste de lui, mais surtout en relisant ses écrits, j’ai la conviction que ce n’est pas à lui que je m’attache mais à Celui qu’il a accueilli dans son cœur et dans sa vie pour le révéler aux autres comme la source du bonheur véritable : Jésus Christ, le fils de Marie, le Fils de Dieu. Merci à toi, taata Emile, d’aider les prêtres à aimer Jésus et à le servir dans nos frères et sœurs, surtout les plus pauvres et les plus délaissés.          

 

Abbé Olivier MASSAMBA LOUBELO                                                                                                                                  

 

                                          

                                                                                                                                                                             

 

 

                                       

                                                                                    

 

 

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LA DIACONIE, POUR UNE VIE CHRETIENNE AUTHENTIQUE

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie


 imposition-des-mains-daleb.jpg  Il y a près de cinquante ans, se tenait le deuxième concile du Vatican.  A l’approche de cet anniversaire, je voudrais vous introduire à repenser le lien de l’Eglise et du monde, et les liens entre les membres de l’Eglise, à la lumière de l’esprit de diaconie qui innerve l’un des documents essentiels du concile qu’est la constitution pastorale Gaudium et spes.


 L’Eglise, servante de l’humanité. 

 

Gaudium et spes appelle les chrétiens à ne pas considérer le monde dans lequel ils vivent comme une réalité dont il faut se méfier parce qu’elle est rebelle à l’évangile et  hostile à l’Eglise. Celle-ci est invitée à se décentrer d’elle-même pour accueillir le monde comme un chantier divin qui n’est pas encore achevé. Alors, au lieu que l’Eglise se mette à diaboliser ce monde, le concile l’invite à le regarder avec amour et compassion (car il est l’objet de l’amour de Dieu), afin que « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps… » soient  «  aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et » qu’il n’y ait « rien de vraiment humain qui ne trouve un écho dans leur cœur » (G.S. préambule).

A l’image du Christ serviteur. Si l’Eglise est définie par le concile Vatican II comme  sacrement du Christ, signe visible et efficace de sa présence et de son action au milieu des hommes, elle doit se mettre, à l’exemple de son divin Maître, au service de cette humanité à qui est destiné l’évangile. La diaconie devient, dans ce sens, l’être même de l’Eglise au cœur du monde et la manière authentique d’être des chrétiens. Toute la vie relationnelle des chrétiens est appelée à devenir diaconie, c’est-à-dire ouverture aux autres et disponibilité active, bienveillante, car l’Esprit de Dieu les fait sortir d’eux-mêmes pour être tournés vers les autres et vers les réalités humaines que Dieu a déjà fécondées de son Esprit.

 


Une exigence de notre baptême. De ce fait, la diaconie n’est pas l’apanage de quelques personnes qui auraient reçu un appel particulier (encore moins l’apanage des diacres permanents !) ; elle est l’exigence ordinaire, «  la petite voie » dans laquelle Dieu nous invite à marcher quels que soient nos engagements dans la cité et quelle que soit notre situation personnelle; elle est l’exigence inhérente à notre vie baptismale qui  fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois en vue de prier pour le monde, en vue d’annoncer la présence et de l’action de Dieu dans la vie des hommes, en vue de servir les hommes et les femmes que Dieu met sur notre chemin, surtout les plus petits et les plus pauvres. C’est de cette façon que nos communautés chrétiennes seront pleinement missionnaires, à l’exemple d’Etienne et Philippe, préposés au service des tables par les apôtres, et qui se mettent à annoncer l’évangile.

 


Olivier MASSAMBA-LOUBELO, prêtre.

 

 

 

 

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PRESENTATION DE L'EXHORTATION APOSTOLIQUE « EVANGELII GAUDIUM » DU PAPE FRANÇOIS MGR SALVATORE FISICHELLA

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Théologie

 

Présentation de l'Exhortation apostolique « Evangelii gaudium » du Pape François publiée le 26 novembre 2013, par Mgr Salvatore Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation.

 

Evangeliigaudium : l'Exhortation apostolique du Pape François écrite à la lumière de la joie, pour redécouvrir la source de l'évangélisation dans le monde contemporain. C'est ainsi que l'on pourrait résumer le contenu de ce nouveau document que le Pape François donne à l'Eglise pour préciser les chemins que la pastorale doit emprunter dans un avenir immédiat. C'est une invitation à retrouver une vision prophétique et positive de la réalité, sans pour autant se cacher les difficultés. Le Pape François nous encourage et nous engage à regarder devant nous, au-delà de ce temps de crise, faisant une nouvelle fois de la croix et de la résurrection du Christ l' « étendard de la victoire » (85).

 

A plusieurs reprises, le Pape François fait référence aux Propositiones du Synode d'octobre 2012, montrant ainsi combien la contribution du Synode fut importante dans la rédaction de cette Exhortation. Le document va cependant plus loin que l'expérience synodale. Le Pape y imprime non seulement sa propre expérience pastorale, mais aussi l'invitation à accueillir le moment de grâce que vit l'Eglise, afin d'avancer avec foi, conviction et enthousiasme la nouvelle étape de l'évangélisation. Reprenant l'enseignement de Evangeliinuntiandi de Paul VI, il place de nouveau au centre la personne de Jésus Christ, premier évangélisateur qui appelle chacun de nous à prendre part avec lui à l'œuvre du salut (12). « L'action missionnaire est le paradigme de toute œuvre de l'Eglise » (15) affirme le Saint Père. C'est pourquoi il nous faut accueillir ce temps favorable pour discerner et vivre la « nouvelle étape » de l'évangélisation (17) qui s'articule autour de deux thèmes qui forment la trame de l'Exhortation. D'une part, le Pape François s'adresse aux Eglises particulières, confrontées aux défis et aux opportunités propres aux différents contextes culturels, pour qu'elles soient en mesure de spécifier le travail de nouvelle évangélisation dans leurs pays. D'autre part, le Pape indique un dénominateur commun, pour que toute l'Eglise, et chaque évangélisateur, puisse adopter une méthode commune, signe que l'évangélisation est un chemin où l'on marche à plusieurs, jamais de façon isolée. Les sept points, regroupés dans les cinq chapitres de l'Exhortation, constituent la vision du Pape à propos de la nouvelle évangélisation : la réforme de l'Eglise sur la voie de la mission, les tentations des agents pastoraux, l'Eglise comprise comme la totalité du Peuple de Dieu qui évangélise, l'homélie et sa préparation, l'intégration sociale des pauvres, la paix et le dialogue social, les motivations spirituelles de l'engagement missionnaire. Le lien entre tous ces thèmes est l'amour miséricordieux de Dieu qui va à la rencontre de chacun pour manifester le cœur de la révélation : la vie de chacun trouve son sens dans la rencontre de Jésus-Christ et dans la joie de partager cette expérience d'amour avec les autres (8).

 

Le premier chapitre développe la réforme de l'Eglise sur la voie de la mission, appelée à « sortir » d'elle-même pour aller à la rencontre des autres. Le Pape y exprime la « dynamique de l'exode et du don que représente le fait de sortir de soi, de cheminer et de semer toujours, et toujours plus loin » (21). L'Eglise doit faire sienne l' « intimité de Jésus qui est une intimité itinérante » (23). Comme nous y sommes désormais habitués, le Pape s'attarde en des expressions qui font leur effet et crée des néologismes pour faire comprendre la nature de l'évangélisation. Parmi eux, le « Primerear », c'est-à-dire Dieu qui nous précède dans l'amour, montrant à l'Eglise le chemin à parcourir. L'Eglise n'est pas dans une obscure impasse, mais avance sur les pas du Christ (Cf. 1 P 2, 21), pour cela sûre du chemin qu'elle parcourt. C'est pourquoi elle avance sans peur. Elle sait qu'elle doit « aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin, parvenir jusqu'aux croisements des routes pour inviter les exclus. Son désir de proposer la miséricorde est inépuisable » (24). Pour aller dans cette voie, le Pape François insiste sur la « conversion pastorale », qui veut dire passer d'une vision bureaucratique, statique et administrative de la pastorale à une perspective missionnaire, où la pastorale est en état permanent d'évangélisation (25). De même qu'il y a des structures qui facilitent et soutiennent la pastorale missionnaire, il y a malheureusement « des structures ecclésiales qui peuvent conditionner le dynamisme évangélisateur » (26). L'existence de pratiques pastorales dépassées et fanées oblige à la créativité pour repenser l'évangélisation. En ce sens, le Pape affirme : « Une détermination des objectifs sans un travail de recherche communautaire des moyens à prendre pour les atteindre est vouée à demeurer une pure fantaisie » (33).

 

Il faut donc « se concentrer sur l'essentiel » (35) et savoir que seule une dimension systématique, c'est-à-dire unifiée, progressive et proportionnée de la foi, peut nous venir en aide. L'Eglise doit pouvoir établir une « hiérarchie des vérités » et sa relation avec le cœur de l'Evangile (37-39). Il nous faudra éviter de tomber dans le piège d'une présentation de la foi seulement sous son aspect moral, en s'éloignant du caractère central de l'amour. Dans le cas contraire, l' « édifice moral de l'Eglise risque de s'effondrer comme un château de carte, et ceci est le plus grand danger » (39). Le Pape insiste fortement pour que l'on trouve l'équilibre entre le contenu de la foi et le langage pour l'exprimer. La rigidité avec laquelle on tient à la précision du langage peut parfois en ruiner le contenu en se détournant d'une authentique vision de la foi (41).

 

Le passage important de ce chapitre est le n° 32 où le Pape François montre l'urgence qu'il y a à avancer dans certaines perspectives de Vatican II. Il s'agit en particulier du primat du Successeur de Pierre et des Conférences épiscopales. Déjà, dans Ut unum sint, Jean-Paul II avait demandé qu'on l'aide à mieux comprendre les objectifs du Pape dans le dialogue œcuménique. Le Pape François va dans le même sens et se demande si une telle aide ne pourrait pas parvenir d'une évolution du statut des Conférences épiscopales. Un autre passage (n° 38-45) est particulièrement important quant aux conséquences qu'il implique dans la pastorale : le cœur de l'Évangile « s'incarne dans les limites du langage humain ». La doctrine s'insère dans la « cage du langage », pour employer une expression chère à Wittgenstein, ce qui implique un vrai discernement entre la pauvreté et les limites du langage, et la richesse - souvent encore inconnue - du contenu de la foi. Le danger est réel que l'Église ne prenne pas en compte cette dynamique. Il peut ainsi arriver que sur certaines positions, il y ait comme un enfermement et une sclérose du message évangélique, en n'en percevant plus le développement propre.

 

Le deuxième chapitre est consacré aux défis du monde contemporain et aux tentations qui amoindrissent la nouvelle évangélisation. Tout d'abord, le pape affirme qu'il est nécessaire de retrouver son identité sans complexe d'infériorité qui amènerait à « cacher son identité et ses convictions... parvenant ainsi à étouffer la joie de la mission en une sorte d'obsession d'être comme tout le monde et d'avoir ce que les autres possèdent » (79). Les chrétiens tombent alors dans un « relativisme encore plus dangereux que le relativisme doctrinal » (80), parce qu'il touche directement la façon de vivre des chrétiens. Il arrive ainsi que dans de nombreuses manifestations de la pastorale, les initiatives sont plombées par la mise en avant de l'initiative et non des personnes. Le pape affirmé que la tentation est réelle et commune d'une « dépersonnalisation de la personne ». De la même façon, le défi de l'évangélisation devrait être abordé comme une chance pour croître, plutôt que comme une raison de tomber en dépression. Mort à l' « esprit défaitiste » (88). Il nous faut retrouver le primat de la relation personnelle sur la technique de la rencontre qui déciderait comment, où et pour combien de temps il faudrait rencontrer les autres en partant de ses préférences (88). Parmi ces défis, il nous faut relever ceux qui ont un rapport direct avec la vie. La « précarité quotidienne avec ses funestes conséquences », les différentes formes de « disparité sociale », le « fétichisme de l'argent et la dictature d'une économie sans visage », l' « exaspération de la consommation » et le « consumérisme effréné »... nous place face à une « globalisation de l'indifférence » et une « dépréciation moqueuse » de la morale, qui exclut toute critique de la domination du marché, qui, à travers la théorie de la « rechute favorable » illusionne sur les réelles possibilités d'agir en faveur des pauvres (Cf. N° 52-64). Si l'Eglise demeure crédible en beaucoup de pays du monde, y compris là où elle est minoritaire, c'est en raison de ses œuvres de charité et de solidarité (65).

 

Pour l'évangélisation de notre temps, face au défi des grandes « cultures urbaines », les chrétiens sont invités à fuir deux expressions qui en détruisent la nature et que le Pape François appelle « mondanité » (93). Il s'agit en premier lieu de la « fascination du gnosticisme » : une foi repliée sur elle-même, sur ses certitudes doctrinales, et qui transforme l'expérience qu'on en fait en critères de vérité pour juger les autres. Le « néo pélagianisme autoréférentiel et prométhéen » de ceux pour qui la grâce n'est qu'un accessoire tandis que leur engagement et leurs forces sont seuls responsables du progrès. Tout ceci contredit l'évangélisation et crée une sorte d' « élitisme narcissique » qui doit être repoussé (94). Qui voulons-nous être, se demande le Pape ? « Généraux d'armées défaites » ou bien « simples soldats d'un bataillon qui continue à combattre » ? Le risque d'une « Eglise mondaine drapée dans le spirituel et le pastoral » (96) est bien réel. Il nous faut donc résister à ces tentations et offrir le témoignage de la communion (99) qui s'appuie sur la complémentarité. A partir de là, le Pape François milite pour la promotion des laïcs et des femmes, de l'engagement pour les vocations et les prêtres. Regarder ce que l'Eglise a accompli comme progrès ces dernières années nous éloigne d'une mentalité de pouvoir, au profit du service pour une construction unifiée de l'Eglise (102-108).

 

L'évangélisation est la mission de tout le peuple de Dieu, sans exclusive. Elle ne peut être réservée ou déléguée à un groupe particulier. Tous les baptisés sont directement concernés. Dans le troisième chapitre de l'Exhortation, le Pape François en explique le développement et ses étapes. On met en évidence en premier lieu le « primat de la grâce » qui agit inlassablement dans la vie de tout évangélisateur (112). Puis est développé le rôle des différentes cultures dans le processus d'inculturation de l'Evangile, et le danger de tomber dans « l'orgueilleuse sacralisation de sa propre culture » (117). Enfin, on parle du rôle fondamental de la rencontre personnelle (127-129) et du témoignage de vie (121). On insiste enfin sur la valeur de la piété populaire, où s'exprime la foi authentique de tant de personnes qui donnent ainsi le témoignage de la simplicité de la rencontre de l'amour de Dieu (122-126). Pour terminer, le Pape invite les théologiens à valoriser les diverses formes d'évangélisation (133), et s'arrête assez longuement sur l'homélie comme forme privilégiée d'évangélisation, et qui demande une vraie passion et un vrai amour de la Parole de Dieu et du peuple qui nous est confié (135-158).

 

Le quatrième chapitre est consacré à la dimension sociale de l'évangélisation. C'est un thème cher au Pape François parce que « si cette dimension n'est pas clairement prise en compte, on court le risque de défigurer le sens authentique et intégral de la mission d'évangélisation » (176). C'est le thème majeur du lien entre l'annonce de l'Evangile et la promotion de la vie humaine en toutes ses expressions. La promotion intégrale de toute personne nous empêche d'enfermer la religion en un fait privé, dépourvu de conséquences sur la vie sociale et publique. Une « foi authentique implique toujours un désir profond de changer le monde (183). Deux grands thèmes font partie de ce passage de l'Exhortation. Le Pape en parle avec une grande passion évangélique, conscient que l'avenir de l'humanité est en jeu : l' « intégration sociale des pauvres » et « la paix et le dialogue social ».

 

S'agissant du premier point, l'église, à travers la nouvelle évangélisation ressent comme sienne la mission de « collaborer pour résoudre les causes instrumentales de la pauvreté et pour promouvoir le développement intégral des pauvres », comme d'accomplir « des gestes simples et quotidiens de solidarité face à la misère concrète « qui est chaque jour devant nos yeux »(188). Ce qui ressort de ces pages denses, c'est l'appel à reconnaître la « force salvifique » des pauvres, et qui doit être au centre de la vie de l'Eglise avec la nouvelle évangélisation (198). Il nous faut donc redécouvrir d'abord l'attention, l'urgence, la conscience de ce thème, avant toute expérience concrète. Pour le Pape François, non seulement l'option fondamentale pour les pauvres doit être réalisée, mais elle est d'abord une « attention spirituelle » et « religieuse » et est pour cela prioritaire (200). Sur ces thèmes, la Parole du Pape François est franche et sans détour. Un « Pasteur d'une Eglise sans frontière » 8 210), ne peut se permettre de regarder ailleurs. C'est pourquoi il demande avec force de considérer la question des migrants et énonce clairement les nouvelles formes d'esclavage. « Où est celui qui tue chaque jour dans la petite fabrique clandestine, dans le système de prostitution, les enfants utilisés pour mendier, en celui qui doit travailler caché parce qu'il n'est pas régularisé ? Ne nous leurrons pas. Il y a de nombreuses complicités » (211). De mille manières, le Pape défend la vie humaine depuis son commencement et la dignité de tout être vivant (213). Sur le second aspect, le Pape énonce quatre principes qui sont le dénominateur commun pour l'avancée de la paix et sa traduction sociale. Peut-être en mémoire de ses études sur R. Guardini, le Pape François semble créer une nouvelle opposition polaire. Il rappelle en effet que « le temps est supérieur à l'espace », « l'unité a le dessus sur le conflit », la « réalité est plus importante que les idées », et « le tout est supérieur aux parties ». Ceci nous amène au dialogue comme première contribution à la paix, et qui concerne, dans l'Exhortation, la science, l'œcuménisme et le rapport avec les religions non chrétiennes.

 

Le dernier chapitre parle de l' « esprit de la nouvelle évangélisation » (260). Elle se développe sous l'action de l'Esprit Saint qui anime de façon toujours nouvelle l'élan missionnaire à partir de la vie de prière où la contemplation tient la place centrale (264). La Vierge Marie « étoile de la nouvelle évangélisation » est présentée, en conclusion, comme l'icône de l'annonce et la transmission de l'Evangile que l'Église est appelée à vivre avec enthousiasme et dans l'amour du Seigneur Jésus.

 

« Ne nous laissons pas voler la joie de l'évangélisation ! » (83). Le langage de cette Exhortation apostolique est clair et immédiat, sans rhétorique ni sous-entendu. Le Pape François va au cœur des problèmes de l'homme d'aujourd'hui, qui demandent à l'Église plus qu'une simple présence. Il lui est demandé de renouveler ses programmes et sa pratique pastorale dans le sens de la nouvelle évangélisation. L'Evangile doit être adressé à tous, sans exclusive. Certains, cependant, sont privilégiés. Sans équivoque, le Pape François précise son orientation : « Ce ne sont pas tant les amis et les riches voisins, mais plutôt les pauvres, les infirmes, ceux qui sont souvent dévalorisés et oubliés... aucun doute ou explication ne doivent affaiblir ce message si clair » (48).

 

Comme en d'autres moments importants de son histoire, l'Eglise d'aujourd'hui ressent le besoin d'un regard attentif pour évangéliser à la lumière de l'adoration, avec ce « regard contemplatif » pour voir les signes de la présence de Dieu. Les signes des temps ne sont pas seulement encouragés, mais ils deviennent critères d'un témoignage efficace (71). Premier d'entre nous, le Pape François nous rappelle le mystère central de notre foi : « Ne nous éloignons pas de la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, arrivera ce qui arrivera » (3). L'Eglise du Pape François se fait compagnon de route de nos contemporains en recherche de Dieu et désireux de le voir.

 

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EXHORTATION APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS : LA JOIE DE L’EVANGILE

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

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La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus«  : c’est par ces mots que s’ouvre l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium dans laquelle le Pape François développe le thème de l’annonce de l’Evangile dans le monde actuel, en se basant, entre autres, sur la contribution offerte par les travaux du Synode qui s’est déroulé au Vatican du 7 au 28 octobre 2012 ( »La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne").

 

Après l’encyclique Lumen Fidei, rédigée en collaboration avec Benoît XVI, Evangelii Gaudium est le premier texte entièrement de la main du Pape François. Je désire, écrit-il, « m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Eglise dans les prochaines années ». Il s’agit d’un appel vibrant à tous les baptisés afin que, avec une ferveur et un dynamisme nouveaux, ils portent à leurs prochains l’amour de Jésus dans un « état permanent de mission », en évitant « le grand risque du monde d’aujourd’hui, celui de tomber dans »une tristesse individualiste".

 

Le Pape invite à « retrouver la fraîcheur originale de l’Evangile », en cherchant « de nouvelles voies » et « des méthodes créatives », et à ne pas enfermer Jésus dans nos « schémas ennuyeux ». Il faut une « conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont » et une « réforme des structures » ecclésiales pour les rendre plus missionnaires. Le Souverain Pontife pense aussi à une « conversion de la papauté » pour qu’elle soit « plus fidèle à la signification que Jésus Christ entend lui donner et aux besoins actuels de l’évangélisation ». Le souhait que les Conférences épiscopales puissent offrir leur contribution afin que « le sentiment collégial se réalise concrètement ne s’est pas pleinement réalisé ». Il est nécessaire de procéder à une « décentralisation salutaire ». Dans ce processus de renouveau, il ne faut pas avoir peur de réviser certaines coutumes de l’Eglise qui ne sont pas « directement liées au cœur de l’Evangile…certains usages s’étant très enracinés dans le cours de l’histoire ».

 

Pour témoigner de l’accueil de Dieu, il faut « avoir partout des Eglises avec les portes ouvertes » afin que ceux qui cherchent ne rencontrent pas « la froideur d’une porte close ». « Même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison ». Ainsi, l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace ». Le Pape réaffirme qu’il préfère une Eglise « accidentée, blessée et sale pour être sortie dans la rue, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. Je ne veux pas une Eglise préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper…c’est que tant de nos frères vivent » sans l’amitié de Jésus-Christ.

 

Le Pape énonce ensuite les tentations auxquelles sont exposés les agents pastoraux, de l’individualisme à la crise d’identité et au déficit de ferveur. « La plus grande menace » c’est « le triste pragmatisme de la vie quotidienne de l’Eglise, dans lequel apparemment tout arrive normalement, alors qu’en réalité, la foi s’affaiblit ». Le Pape exhorte à ne pas se laisser saisir par un « pessimisme stérile » à être des signes d’espérance en réalisant la « révolution de la tendresse ».

 

Il faut repousser la « spiritualité du bien-être » qui refuse « les engagements fraternels » et vaincre « la mondanité spirituelle » qui « consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine ». Le Pape parle de ceux qui « se sentent supérieurs aux autres » parce qu’ils sont « inébranlablement fidèles à un certain style catholique propre au passé » et qui « au lieu d’évangéliser, analysent et classifient les autres » et de ceux qui manifestent « un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Eglise, mais sans que la réelle insertion de l’Evangile dans le Peuple de Dieu les préoccupe ». Il s’agit là « d’une terrible corruption sous l’apparence du bien… Que Dieu nous libère d’une Eglise mondaine sous des drapés spirituels et pastoraux ! ».

 

Le Pape demande aux communautés ecclésiales de ne pas se laisser aller à l’envie et à la jalousie : « A l’intérieur du Peuple de Dieu et dans les diverses communautés, que de guerres ! ». « Qui voulons-nous évangéliser avec de tels comportements ? ». Il souligne la nécessité d’accroître la responsabilité des laïcs, qui sont maintenus « en marge des décisions » par « un cléricalisme excessif ». Il affirme « qu’il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Eglise », en particulier « dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes ». « Les revendications des droits légitimes des femmes…ne peuvent être éludées superficiellement ». Les jeunes doivent avoir un rôle plus important. Face à la pénurie des vocations dans certaines régions, il affirme qu’on ne peut pas « remplir les séminaires sur la base de n’importe quelles motivations ».

 

Abordant le thème de l’inculturation, le Pape rappelle que « le christianisme n’a pas un seul modèle culturel » et que le visage de l’Eglise est « multiforme ». « Nous ne pouvons pas prétendre que tous les peuples de tous les continents, en exprimant la foi chrétienne, imitent les modalités adoptées par les peuples européens à un moment précis de leur histoire ». Le Pape réaffirme « la force évangélisatrice de la piété populaire » et encourage la recherche des théologiens en les invitant à viser la finalité évangélisatrice de l’Eglise et à ne pas se contenter « d’une théologie de bureau ».

 

Le Pape s’attarde « avec soin sur les homélies » parce que « nous ne pouvons pas rester sourds aux nombreuses réclamations concernant cet important ministère ». Les homélies « doivent être brèves et éviter de ressembler à une conférence ou à un cours », elles doivent savoir dire « des paroles qui font brûler les cœurs », et surtout ne pas se limiter à faire la morale et à vouloir endoctriner. Les homélies, il faut les préparer : « Un prédicateur qui ne se prépare pas n’est pas “spirituel”, il est malhonnête et irresponsable envers les dons qu’il a reçus ». « Une bonne homélie…doit contenir une idée, un sentiment, une image ». La prédication doit être positive, offrir toujours l’espérance et ne pas laisser les fidèles « prisonniers de la négativité ». L’annonce de l’Evangile elle-même doit avoir des connotations positives, la « proximité, l’ouverture au dialogue, la patience, l’accueil cordial qui ne condamne pas ».

 

Evoquant les défis du monde contemporain, il dénonce le système économique actuel : « il est injuste à sa racine ». « C’est une économie qui tue » parce que c’est la « loi du plus fort » qui prévaut. La culture actuelle du déchet a engendré « quelque chose de nouveau » : « Les exclus ne sont pas des exploités, mais des déchets, des restes ». Nous vivons « une tyrannie invisible, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable », un « marché divinisé » où règnent « la spéculation financière », « une corruption ramifiée », « une évasion fiscale égoïste ». Le Pape dénonce les « atteintes à la liberté religieuse » et les « nouvelles situations de persécution des chrétiens… Dans de nombreux endroits, il s’agit plutôt d’une indifférence relativiste diffuse ».

 

La famille traverse une crise culturelle profonde« . Réaffirmant »la contribution indispensable du mariage à la société« il souligne que »l’individualisme postmoderne et mondialisé favorise un style de vie qui affaiblit le développement et la stabilité des liens entre les personnes, et qui dénature les liens familiaux".

 

Le Pape réaffirme par ailleurs « la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine » et le droit des Pasteurs « d’émettre des opinions sur tout ce qui concerne la vie des personnes ». « Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale ». Il cite Benoît XVI lorsqu’il affirme que l’Eglise « ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice ». Pour l’Eglise, l’option pour les pauvres est une catégorie « théologique » avant d’être sociologique. « Pour cette raison, je désire une Eglise pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner ». « Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres…les problèmes du monde ne seront pas résolus ». « La politique tant dénigrée -affirme-t-il encore- est…une des formes les plus précieuses de la charité ». « Je prie le Seigneur qu’il nous offre davantage d’hommes politiques qui aient vraiment à cœur la vie des pauvres ! ». Puis cet avertissement : Toute communauté de l’Eglise qui oublie les pauvres « court aussi le risque de la dissolution ».

 

 

Le Pape exhorte à prendre soin des plus faibles, « les sans-abris, les toxicomanes, les réfugiés, les populations indigènes, les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées » et les migrants et il encourage les nations « à une généreuse ouverture ». Il évoque les victimes de la traite et des nouvelles formes d’esclavage : « Ce crime mafieux et aberrant est implanté dans nos villes, et beaucoup ont les mains qui ruissellent de sang à cause d’une complicité confortable et muette ».« Doublement pauvres sont les femmes qui souffrent des situations d’exclusion, de maltraitance et de violence ». « Parmi les faibles dont l’Eglise veut prendre soin avec prédilection » il y a « aussi les enfants à naître, qui sont les plus sans défense et innocents de tous, auxquels on veut nier aujourd’hui la dignité humaine ». « On ne doit pas s’attendre à ce que l’Eglise change de position sur cette question… Ce n’est pas un progrès de prétendre résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine ». Suit un appel au respect de toute la création : « Nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons ».

 

En ce qui concerne le thème de la paix, le Pape affirme qu’il faut des voix prophétiques car certains veulent instaurer une fausse paix « qui servirait d’excuse pour justifier une organisation sociale qui réduit au silence ou tranquillise les plus pauvres, de manière à ce que ceux qui jouissent des plus grands bénéfices puissent conserver leur style de vie ». Pour la construction d’une société bénéficiant de la paix, de la justice et de la fraternité, le Pape indique quatre principes : « le temps est supérieur à l’espace » cela veut dire « travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats ». « L’unité prévaut sur le conflit » cela veut dire œuvrer afin que les oppositions parviennent à une « unité multiforme qui puisse engendrer une nouvelle vie ». « La réalité est plus importante que l’idée » cela veut dire éviter que la politique et la foi se réduisent à la rhétorique. « Le tout est supérieur à la partie » cela veut dire mettre ensemble globalisation et localisation.

 

L’évangélisation, poursuit le Saint-Père, « implique aussi un chemin de dialogue » qui permette à l’Église de collaborer avec toutes les réalités politiques, sociales, religieuses et culturelles. L’œcuménisme est « un chemin incontournable de l’évangélisation ». L’enrichissement réciproque est important : « Nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! », par exemple « dans le dialogue avec les frères orthodoxes, nous les catholiques, nous avons la possibilité d’apprendre quelque chose de plus sur le sens de la collégialité épiscopale et sur l’expérience de la synodalité » ; « le dialogue et l’amitié avec les fils d’Israël font partie de la vie des disciples de Jésus » ; « le dialogue inter-religieux », qui doit être mené « avec une identité claire et joyeuse », est « une condition nécessaire pour la paix dans le monde » et il n’éclipse pas l’évangélisation ; « La relation avec les croyants de l’Islam acquiert à notre époque une grande importance » : le Pape implore « humblement » les pays de tradition musulmane d’assurer la liberté religieuse aux chrétiens, « prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux ! Face au fondamentalisme violent qui nous inquiète, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence ». Et contre la tentative de privatiser les religions dans certains contextes, il affirme que « le respect dû aux minorités agnostiques et non croyantes ne doit pas s’imposer de manière arbitraire qui fasse taire les convictions des majorités croyantes ni ignorer la richesse des traditions religieuses ». Le Pape réaffirme l’importance du dialogue et de l’alliance entre croyants et non-croyants.

 

Le dernier chapitre est consacré aux évangélisateurs avec esprit, « ceux qui s’ouvrent sans crainte à l’action de l’Esprit Saint » qui « infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Evangile avec audace, (Parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant ». Ces « évangélisateurs prient et travaillent », en sachant que « la mission est une passion pour Jésus mais, en même temps, une passion pour son peuple » : « Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres ».

«Dans notre rapport avec le monde nous sommes invités à rendre compte de notre espérance, mais non pas comme des ennemis qui montrent du doigt et condamnent ». Pour être missionnaires, il faut chercher le bien du prochain et désirer le bonheur des autres : « si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie ». Il invite à ne pas se décourager face aux échecs ou aux faibles résultats parce que la « fécondité est souvent invisible, insaisissable, elle ne peut pas être comptée » ; « nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire ». L’exhortation s’achève par une prière à Marie « Mère de l’évangélisation ». « Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Eglise. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection ».

 

 

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LES EXIGENCES POUR UN CANDIDAT AU SACERDOCE DANS LE DIOCESE DE KINKALA

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

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VI-QUELQUES EXIGENCES DANS LA SELECTION DES CANDIDATS a) qualités évangéliques Vie de prière soutenue Engagement paroissial Participation régulière à la messe (2 à 3 fois par semaine) Réception régulière du sacrement de la réconciliation Rencontre régulière avec l’accompagnateur b) qualités humaines Bonne conduite Disponibilité et esprit de service Droiture morale et humaine Travail scolaire satisfaisant Santé robuste Maîtrise de soi Gestion de l’affectivité Savoir-vivre Aimer le diocèse de Kinkala Disponibilité totale à la vie rurale Endurance VII-L’ETABLISSEMENT DU RAPPORT C’est le prêtre chargé de l’animation de la pastorale des vocations, qui a accompagné l’aspirant ou l’aspirante, qui a la mission de présenter le candidat à l’Evêque par l’intermédiaire de la commission diocésaine. VIII-LA COMPOSITION DU DOSSIER Le dossier comprend : - Un acte de naissance - Un certificat de baptême - Un curriculum vitae de l’aspirant - Une présentation de sa famille : Père-Mère-Tuteur - La situation professionnelle des parents - La Situation religieuse - Un certificat médical - Un Rapport sur le candidat

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LA PASTORALE DES VOCATIONS DANS LE DIOCESE DE KINKALA

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

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I-DEFINITION OU NATURE DU GROUPE DES VOCATIONS Un groupe des vocations est un rassemblement des jeunes de 12 à 20 ans désireux d’approfondir, à travers la lecture de la parole de Dieu, la prière et l’accompagnement, ce à quoi ils se sentent appelés. C’est au sein du groupe des vocations que l’on grandit et que l’on découvre sa vocation ; car « il y a plusieurs dons et plusieurs ministères, mais c’est le même Esprit et le même Seigneur qui opère tout en tous » cf 1Co 12, 4-6 Chacun se sent donc appelé dans l’Eglise, pour former le Corps du Christ, tête de l’Eglise, et y accompli sa tâche selon un état de vie à savoir : prêtre, religieux, religieuse, laïc engagé pour que le règne de Dieu advienne sur la terre. II-FINALITE DU GROUPE - Permettre aux jeunes de découvrir et de répondre à l’appel de Dieu - Faire connaître la volonté de Dieu sur le jeune - Susciter l’éveil par le soutien, le discernement et l’accompagnement. - Orienter les jeunes vers les instituts selon les charismes et les dons du jeune. III-FONCTIONNEMENT La pastorale des vocations s’exerce à deux niveaux. 1-AU NIVEAU PAROISSIAL a) Elle est animée par un prêtre (ou un diacre) et/ou un (e) religieux (e). b) Elle est soutenue par un groupe de laïcs, de préférence des couples, avec pour mission, de : Prier de manière spéciale et intense pour les vocations, soutenir les aspirants/ aspirantes, séminaristes, postulants/postulantes, par les conseils et les encouragements, par les relations avec les familles respectives des jeunes Ce groupe de laïcs, croyons-nous, a l’avantage de mieux connaître le/la jeune quand il/elle est dans son propre milieu et, de ce fait, il peut l’aider. D’autre part, il est non moins important de respecter la liberté du/de la jeune dans son cheminement vocationnel. 2- AU NIVEAU DIOCESAIN a) Elle est animée par un prêtre assisté d’une religieuse et d’un religieux b) Le responsable diocésain de la pastorale des vocations est chargé de : Organiser et préparer la célébration du dimanche des vocations (4e dimanche de pâques) : thèmes, intentions de prières, présentations des différentes vocations (ministères ordonnés, vie consacrée, laïcat). c) Préparer le dossier de celui qui, après discernement au niveau de la commission, est susceptible d’aller dans une maison de formation. d) Il a la mission d’organiser, si possible, un camp »vocationnel » et les vacances des séminaristes (les stages vacances) pour les aider à ne pas rompre avec les réalités diocésaines, et pour rendre des services loyaux au Diocèse. e) Il fait le pont entre les séminaristes et l’Evêque, pour les questions qui concernent leur formation. Cependant les grandes décisions reviennent à l’Evêque. IV-LE RECRUTEMENT DES ASPIRANTS Est admis comme aspirant du Diocèse de Kinkala, tout jeune garçon désireux de servir Dieu dans le ministère ordonné et la vie consacrée. Ce désir doit être confirmé par un prêtre ou un religieux, au sein d’une commission paroissiale des vocations. Pour les aspirants, il faut une période d’accompagnement et de discernement d’au moins deux années. Ceux-ci doivent se présenter obligatoirement à l’équipe presbytérale où ils évoluent. Les aspirants qui sont engagés dans des études universitaires sont invités à poursuivre ces études jusqu’à l’obtention d’un diplôme (Licence ou Maitrise ou BTS) ils seront en contact régulier avec le responsable diocésain des vocations. V-LES RENCONTRES Nous savons qu’il ne peut y avoir de bons résultats si un plant n’est pas soigné régulièrement. C’est ainsi que des rencontres seront organisées pour mieux suivre les aspirants, et les préparer à mieux connaitre l’engagement au service de l’Eglise. La fréquence des réunions pourra être scandée par l’équipe presbytérale, mais nous proposons ici un calendrier modèle. Vu l’importance du groupe vocationnel, on se réunira une fois le mois, pour un échange, le développement lié à l’éducation, et on prendra le soin d’organiser une recollection par trimestre (pendant les temps forts de l’Eglise). La structure d’une rencontre peut se présenter de la manière suivante: -Prière d’ouverture (avec l’invocation de la vierge Marie, mère des vocations -Contrôle de présence -Compte rendu de la dernière rencontre -Présentation du thème du jour par l’animateur du groupe Ce thème peut être: Le partage de la parole de Dieu Méditation personnelle et communautaire de la parole de Dieu (prière intérieure) Adoration-prière du Rosaire La vie des Saints Une autre question d’actualité dans l’Eglise, la société ou dans la paroisse. On veillera de manière particulière à la formation spirituelle Relecture de sa vie Discernement Accompagnement

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Relancer la vie vocationnelle, par la création et la redynamisation des groupes des vocations dans les paroisses.

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

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PREAMBULE L’exhortation de Jésus à ses disciples résonne sans cesse dans l’Eglise : « Prier donc le maître de la moisson, afin qu’il envoie des ouvriers à sa moisson » (Mt 9, 38). Cet appel pressant du Seigneur requiert de notre part un soin particulier, en veillant sur la qualité du témoignage des jeunes désireux de servir le Seigneur, quelque soit la forme de la vie religieuse à laquelle ils veulent s’engager. Cela veut dire que nous avons le devoir de veiller à l’épanouissement effectif de ces jeunes en leur apprenant la délicatesse de la mission à laquelle ils veulent s’engager réellement. De ce fait, la commission diocésaine des vocations, à qui cette charge a été confiée, particulièrement, saisissant l’opportunité des avancées positives, dans le cadre du rétablissement de la paix dans le département du pool, qui correspond au diocèse de Kinkala, entend relancer la vie vocationnelle, par la création et la redynamisation des groupes des vocations dans les paroisses. Le présent document se veut un guide pour la création, la relance et l’animation des groupes des vocations dans les paroisses de notre diocèse. Ce souci pastoral a été exprimé lors de notre dernière session d’ouverture de l’année pastorale et rejoint l’ambition noble du Père Evêque qui accorde une grande part à la préparation au service de l’Eglise, par la formation, l’initiation et le témoignage. Notre souhait le plus immédiat est de voir les Curés et les aumôniers des jeunes s’impliquer considérablement, vue leur proximité avec la jeunesse. Il s’agit en fait d’un travail qui, pour être authentique, dans le discernement et l’appréciation des vocations, nécessite le concours et la collaboration de tous. Vous trouverez dans ce document les éléments retenus pour l’animation de la vie vocationnelle dans notre diocèse. Abbé Regis A.S. KIBOUKA MAHOUKOU Responsable diocésain des vocations

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« L'Eglise, Kânda dia Kintuâdi, une intuition riche et enrichissante »

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

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I. L'Eglise, Kânda dia Kintuâdi: est-ce l'expression juste pour dire ce Mystère ?

 


A la session d’ouverture de l’année pastorale 2013-2014 à Kinkala, nous, ouvriers apostoliques du Diocèse de kinkala, avons essayé de mieux comprendre l’expression choisie par nos anciens pour dire la réalité Eglise dans notre culture. Ceux-ci avaient opté pour le terme de « Kânda dia kintuadi ». Et nous nous sommes finalement demandé si cette expression traduisait réellement le mystère Eglise. Après plusieurs interventions, nous nous sommes rendus bien compte que ce choix a été un don. Car à vrai dire, nous n’avons pas trouvé mieux. C’est ainsi que nous avons voulu creuser en profondeur pour une bonne appréhension de cette expression.

En effet, le kânda est une organisation sociale faite des mécanismes que tout le monde observe consciemment ou inconsciemment. En pays lâdi, sûndi, Gâgala, ou mieux chez le peuple Kôngo, le kânda vit grâce aux rapports entre ses membres (bisi kânda) et à ses liens séculaires tissés dans la trame de l'histoire par les ancêtres avec d'autres clans par alliance, bankwêzi ou des clans voisins.

L'héritage, qui est venu de Kôngo dia Ntotila, a, sans doute, connu des modifications sur le cheminement migratoire. Cependant, il en reste quand même une base, une vraie sève, mamelle de survie identitaire comme par exemple le régime matrilinéaire. Ainsi, comme dans chaque groupe culturel, plusieurs situations font l'objet de conflits dans le Kânda d'où la difficulté de trouver un Kânda des Hommes où se vit vraiment la communion. C’est pourquoi le Kânda dia Kintuadi, est une expression puisée non pas du Kânda Humain, car celui-ci est entaché de tant de déficiences, mais du Kânda Divin, de la Sainte Trinité, ce vrai Kânda de communion incommensurable: "Soyez un, comme le Père et moi nous sommes un". ( )

On peut alors comprendre que l’Eglise, Kânda dia Kintuadi est la famille de communion, ce peuple que Dieu rassemble des quatre coins du monde, pour être dans le Christ comme un sacrement, c’est-à-dire un signe et un moyen de communion ou l’union intime des hommes avec Dieu et des hommes entre eux (cf. Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise, n. 1). Cette famille de communion est donc composée des fidèles du Christ, le peuple sacerdotal constitué par lui (Ap 1,6 ; 5,10), pour lui offrir un sacrifice spirituel (1 P 2,5). Et puisque dans chaque famille chacun a sa place et son rôle, de sorte que tous soient utiles, ainsi, les laïcs reçoivent une grande importance dont ils doivent toujours avoir conscience. Il résulte que la hiérarchie est au service de ce peuple. C’est dans ce sens que la vie consacrée, qui n’est pas un troisième ordre dans l’Eglise, reçoit elle aussi sa place comme perfection de la charité et témoignage du royaume à venir dans le monde. 

Dès lors, on peut se poser la question de savoir comment appartenir à une telle famille, quel est le mode d’accès au Kanda dia kintuadi et quelles sont les obligations et devoirs qui ont découlent ?  

II. L’appartenance au Kânda dia kintuadi, en lien avec l'appartenance à un clan, à une famille

Le clan, kânda est fait des hommes et des femmes qui se reconnaissent d'un même ancêtre, mukulu et ayant une matriarche commune, luvila. Clan = kânda, dikânda au singulier, et au pluriel makânda, « di » article singulier, « ma » article pluriel, a aussi pour sens la pomme de la main. Et puisque les traces de la pomme de main varient, celles du clan aussi varient selon qu'on est issu de la même mère, d'un même kânda ou d'un autre. Et on dit chez les peuples Kôngo (issu du Kôngo dia ntotila), kânda dieto di mosi, mênga ma mosi twedi, nous sommes du même clan, le même sang. En effet, le lien de sang dans un kânda, chez les Kôngo, est très déterminant et contraignant. Ayant le même sang que ses parents : soeur, mpangi ya mukento, kibusi, frère, mpangi ya bakala, nkasi, mère, ngudi, oncle, ngwa nkasi neveu ou nièce, mwana nkasi etc.

Appartenant au même clan, le membre du clan Kôngo a un devoir. Un devoir moral d'assister, en tout temps et en tout lieu, ses parents consanguins. Ne pas le faire rimerait à un refus pur de soi-même et de ses origines. D'aucuns finissent par être envoûtés ou ensorcelés pour n'avoir pas respecté ou honoré ce lien tout naturel. Le luvila est fait des soeurs qui sont nées d'une même mère et donc le (s) même (s) oncle (s), mfumu, ngudi nkasi, ngwa nkasi, mama nkasi, la mère homme, frère cadet ou aîné de maman. Le ngwa nkasi ou ngudi nkasi est souvent le chef du clan, mfumu kânda. Les mères donnent des descendants et descendantes qui se diront être du même luvila chacune. On est, en vérité, de la même mère génitrice, la même souche, luvila lumosi. Cette nomenclature structurale du clan, chez les Kôngo, est à l'image de celle de maman Ngunu aux origines de Mbanza Kôngo. On dit ainsi que Mpanzu, Nzinga et Nsaku étaient du même luvila.

C'est pourquoi, membre d'un même Kânda dia kintuadi, ce lien de sang est remplacé par le lien de l'eau du baptême. Luvila lumossi mu baptême, d'où les mêmes devoirs envers les bisi kânda parce qu’ayant un même ancêtre. Et, l'ancêtre de ce Kânda c'est le Christ qui est lui-même plus qu’un ancêtre parce que proto-ancêtre.

Ceci étant, le peuple Kôngo, comme tous les peuples africains, reconnait l'existence d'un Etre Suprême théoriquement transcendant, mais en réalité immanent, à la fois omniprésent et omniscient, cet Etre est source et principe de vie. Sa dénomination varie selon les ethnies et plus d'un millier de mots foisonnent d'un bout à l'autre du continent pour suggérer la richesse de ses attributs. Son acte de création s'étend à l'univers : monde visible et invisible, terre et ciel que certains peuples décomposent en zones terrestre, céleste et souterraine. Cet ensemble est parcouru de forces émises et maîtrisées par lui. Cet Etre Suprême est le Dieu Tout puissant, Nzambi a Mpungu, Kua Tulendo, Mampungu. Les peuples Kôngo, comme les Grecs, ont une conception polythéiste de la religion ou de Dieu. Ils ont adoré plusieurs dieux. Les nganga et les ngunza devraient être considérés comme des prêtres de ces nombreux dieux qu’ils adoraient. Et pour désigner les prêtres du Dieu Tout Puissant, Mampungu qui est au-dessus de tout ce qui existe, ils ont utilisé Nganga Nzambi au lieu de Presbytre ou ancien (mukuluntu). Ce qui l’aurait  placé dans une certaine hiérarchie qui incomberait de soi des discriminations au lieu de le maintenir dans la neutralité, c'est-à-dire accessible par tous.

Faire usage de « Eglise, Kânda dia kintuadi », c’est aussi reconnaitre que de cette affirmation découle aussitôt un appel à la fraternité et à la solidarité humaine : « Soyez un comme le Père et moi, nous sommes un » (Jn 1, 17, 21-23). Il ne s’agit pour personne de l’emporter sur son semblable, de prendre des revanches, mais de tendre à une communion voulue par le Christ, pour travailler ensemble, cor unum et anima una, à cette grande œuvre qu’est l’édification du « Kânda dia kintuadi ». La Trinité devient, en même temps, une inspiration et une pression de l'idée de la fraternité qui doit exister entre tous les hommes, puisque tous doivent se retrouver et prendre part au banquet messianique, en formant un seul et même Temple de Dieu, puisque, selon les paroles de l'évangéliste saint Jean, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ . La Catholicité de l’Eglise en découle de soi.

C'est admettre à travers tout ceci que « Kânda dia Kintuâdi » est l'expression juste pour dire le Mystère Eglise dans notre culture.

Abbé Daleb Venceslas Mpassy

 

 

 

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