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Articles avec homelies et meditations

Homélie du 4ème dimanche du temps ordinaire 01er Février 2015

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations



Frère et sœurs,

Revoyons ensemble le contexte  de l’évangile de ce jour. Jésus vient d’appeler les premiers disciples. Ensemble ils pénètrent à Capharnaüm. Ils vont l’entendre enseigner pour la première fois, à la synagogue, le lieu de réunion de la communauté juive à l’écoute de la Parole transmise par la Loi et les Prophètes.

Avant tout discours, il sied de reconnaitre ensemble que l’Homme est un être de la parole : c’est là sa spécificité au milieu du monde animal auquel il appartient. Mais attention, car il n’est pas la source du verbe. En effet, l’enfant n’accède à la parole que dans la mesure où un adulte – ses parents ou son entourage - l’invite à prendre sa place dans le dialogue qu’il instaure avec lui. Autrement dit, la prise de parole est toujours réponse, qui fait suite à l’écoute d’une parole venant d’un autre.

Tout ceci semble compliqué, mais c’est pour nous amener à comprendre que depuis la ruse du Serpent a l’endroit d’Adam et Eve, la parole du « Père du mensonge » interfère désormais avec celle de Dieu, au point de créer parfois des embrouillamnies au-dedans de nous. Oui, par le péché notre cœur est devenu double, puisque deux voix s’y bousculent : nous avons le souci non seulement « des affaires du Seigneur », mais aussi - et souvent en priorité – le souci « des affaires de cette vie terrestre ». C’est le message de la 2nde Lecture. Combien de Congolais au nom du patriotisme, n’ont pas été tenté de sortir dans la rue, après le match d’hier. Mais une autre voix nous disait au-dedans de nous, non reste chez toi, à quoi ça sert de sortir.

C’est pourquoi le Seigneur nous a envoyé ses serviteurs, porteurs de sa Parole, pour nous aider à discerner la voix de Dieu en nous ; il a promis à Moïse de faire lever au milieu de ses frères un prophète comme lui, qui transmettrait tout ce que le Très-Haut lui prescrirait. C’est ce que nous révèle la 1ère lecture.

Oui, nous le croyons : c’est en Jésus, le Verbe incarné, que Dieu, finalement, accomplit cette promesse. En effet, l’Evangile de ce jour décrit l’action toute-puissante et irrésistible de sa Parole : « Voilà un enseignement nouveau ». Non seulement Jésus est la Parole de Dieu qui nous offre la possibilité d’entrer à nouveau en dialogue avec le Père, mais par sa simple présence, il dévoile le Menteur à l’œuvre en nous et lui impose le silence.

Aujourd’hui comme hier, l’ennemi est toujours à l’œuvre dans notre monde, notre comportement incivique le prouve bien : Comment comprendre que pour un match de foot au score nul, gagné ou perdue, on casse et on pille; Est-ce l’expression d’un malaise social ? Il est bien vrai que le malin a en effet acquis des droits sur nous en raison de nos complicités avec le péché, et il ne se reconnaît pas vaincu sans opposer auparavant une résistance farouche. Il échappe même au contrôle strict des Rabbins. En effet, du temps de Jésus, il était hors de question d’admettre un démoniaque dans une synagogue ; or il clair que cet homme ignorait le triste état de son âme : infiltration totale,  et l’esprit malin ne s’est trahi que parce que Jésus l’y a contraint par sa présence. Comme c’est le cas pour certains d’entre nous.

Conséquence : si par sa Passion victorieuse, Notre-Seigneur a déjà triomphé du Mauvais et nous a rendu participants de sa victoire, il n’a pas pour autant interdit à Satan de nous tenter. Que faire alors : c’est en obéissant à sa Parole de vérité que nous avons à nouveau accès à la vie, cette vie divine que nous avions perdue par notre adhésion au discours de celui qui est « homicide dès les origines », le serpent.
 
Ainsi, aussi longtemps qu’un homme est retenu dans les choses visibles de ce monde, il ne sait même pas qu’il y a un autre combat, une autre lutte, une autre guerre au-dedans de lui-même. Mais dès que nous nous engageons sérieusement sur le chemin de la vie spirituelle, des passions dont nous ignorions jusque là l’existence, se réveillent et se manifestent dans toute leur intensité. « Or ces bêtes féroces étaient déjà là, cachées en nous, mais elles ne se montraient pas. »

Que cela ne nous trouble pas, mais nous incite tout au contraire à nous exposer avec plus d’ardeur encore à la Parole qui nous délivre. Le cri que pousse l’homme tourmenté quand il est libéré est comme une parole informe, sans origine et sans Dieu. Constat : Jésus ne touche pas cet homme, il n’essaie pas non plus de le convaincre. Mais il s’adresse directement à cette partie de lui où la Parole est prisonnière dans le désert du mal, de la violence et de tous les esprits mauvais, là où pour chacun d’entre nous se livre un combat permanent.

Ce que dit cet homme dans la synagogue semble bien confesser que Jésus est Seigneur. Mais cette révélation est refusée par le silence qu’exige Jésus. Ce silence imposé signifie donc que ce n’est pas encore le moment de la révélation. Cela ne peut être révélé que par sa mort et sa résurrection. Jésus ne s’impose donc pas et n’impose pas son enseignement ; il nous invite à une démarche personnelle pour le recevoir.

Et déjà, le voile se lève discrètement sur le mystère de Jésus, sur son « secret » : Voilà un enseignement nouveau ! Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent ; il est plus fort que le Mal. C’est donc le démon qui révèle Jésus avec le moins d’ambiguïté : Tu es le Saint, le Saint de Dieu ! Attribut réservé à Dieu lui-même. C’est d’une telle clarté et d’une telle audace que Jésus le fait taire : Silence ! La foule n’est pas encore prête à recevoir cette découverte inouïe. Et Jésus veut que, pour l’instant, cela soit tenu secret.

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Homélie du Dimanche 19 Octobre 2014 (29ème Dim ordi)

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

dadi-copie-1.jpg Intro: A Rome, se célèbre ce matin la Clôture du Synode sur la Famille, la Béatification du pape Paul VI et la Journée Mondiale de la Mission. Et le Congo y est représenté par le président de la C.E Mgr Louis PORTELLA. Que les fruits de ce Synode nous aident à bien vivre cette année axée sur la Famille.

 

Frères et sœurs,

 

L’évangile de ce jour lève l’équivoque entre le pouvoir Humain et le pouvoir Divin. « Donne-nous ton avis sur l’impôt », dit-on à Jésus. Et lui de répondre : « à César ce qui est à César».

 

En effet, pas d’ambiguïté pour Jésus entre le pouvoir des rois et l’humilité des serviteurs, entre l’avoir des riches et la pauvreté des petits, entre le savoir des savants et la quête des chercheurs de Dieu. Son message est clair : « Soyez citoyens du monde, mais n’oubliez pas que vous êtes avant tout citoyens du Royaume. 

 

Oui, Jésus refuse le simplisme de la question de ses interlocuteurs. Il situe le problème au niveau de l’essentiel, et l’essentiel pour lui c’est la place de Dieu chaque fois que nous sommes devant une question vitale qui demande de chacun et chacune d’entre nous une réponse qui engage notre vie. A l’exemple de toutes ces questions actuelles qui nous préoccupent, telles que : les exactions terroristes de Boko Aram, la construction de la plus grande Mosquée d’Afrique Centrale à Brazzaville,  le Virus Ebola, ect.

 

 

Mon frère, ma sœur,

 

Ces pharisiens, qui voulaient tendre un piège à Jésus, sont enfermés sur eux-mêmes par leur propre question et par la manière dont ils la pose. Un peu comme tous ceux qui, aujourd’hui, posent à l’Eglise la question du moment sur la Constitution. Pour s’en convaincre, examinons ensemble ladite question. Ils lui envoient leurs disciples:

 

« Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne ». Dit nous : “Est-il permis ou non de payer l’impôt?”.

 

Est-ce dans le même Esprit que se pose à l’Eglise la fameuse question du changement de la Constitution ? reconnait-on à l’Eglise Catholique qu’elle est toujours vraie et enseigne le vrai chemin de Dieu, qu’elle ne se laisse influencer par personne? Puisque, jusque là, aucune autre institution de la République comme le parlement, la présidence, le Conseil économique et social… et aucune autre institution religieuse comme l’Église protestante du Congo, l’Armé du Salut… ne se sont encore prononcées sur ce sujet. Et cela ne dérange personne. Les intentions mal honnêtes des interlocuteurs de Jésus ne sont-ils pas les nôtres ? Pour Jésus, c’est clair, ces gens ne cherchent pas une réponse à une question qui les préoccupe, et encore moins la vérité. Ce qui leur importe, c’est de prendre en faute Jésus. En posant cette question, ils tendent un piège à celui qui les gêne. Car d’une telle question, que pouvaient-ils attendre de Jésus? Une réponse au dilemme du “permis et du défendu” ?

 

Mais par sa réponse, Jésus entraîne les pharisiens dans la direction de la foi comme Isaïe envers Cyrus dans la 1ère lecture (Isaïe 45. 4). Il demande une simple pièce de monnaie, comme un billet de banque, mais attention, c’est tout un programme c’est tout comme une Constitution, en ce sens qu’elle contient toujours l’annonce d’une politique. Les rapports d’argent traduisent notre situation et les types de relation entre les hommes. L’argent, nous le savons tous, permet d’acheter un objet, d’occuper un logement, de recevoir le fruit de son travail, bref. Il sert aussi bien à couvrir le nécessaire qu’à accaparer une place et une domination. L’argent a le parfum de la domination ou du service, il sent la sueur et parfois même le sang. On dit même qu’il est le nerf de la guerre. Il est toujours plus que sa matérialité, et l’Evangile l’a bien compris : « l’argent est mauvais maître et bon serviteur », « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Matthieu 6. 24).

 

Mais l’évangile de ce dimanche ne concerne pas l’argent pris isolément, il porte sur sa signification.” Payer ou non l’impôt, c’est rester à la surface des choses. Or, il nous faut aller plus loin que l’effigie, lire au-delà de l’inscription, découvrir quelle réalité elles expriment. Ainsi, comme pour toute chose et toute situation humaine, une vérité invisible et plus profonde nous attend au-delà de tous les signes visibles. Les pharisiens le savaient bien et c’est pourquoi ils posent cette question à Jésus. En demandant une pièce d’argent, Jésus leur révèle deux fautes. Il leur rappelle dans un premier temps qu’ils utilisent couramment l’argent, sauf dans les offrandes versées au Temple. Sommes-nous semblables à eux ? Ensuite, sur cette pièce, est gravée, l’effigie de l’empereur. Or un vrai juif refuse la représentation en image, non seulement de Dieu qui est transcendance, mais aussi d’un homme, et spécialement d’un empereur qui se prend pour un dieu.

 

Finalité: Cette pièce doit être rendue à son propriétaire. “Rendez à César…” Cela ne signifie pas l’autonomie du domaine politique par rapport au domaine religieux. Comme l’ont pensé, ici dans notre pays, certains politiciens et journalistes véreux aux cerveaux enrhumés, lors de la prise de position des évêques à propos de la gestion du Pétrole. La politique en effet est un des lieux concrets d’exercice de la charité. La loi morale doit s’y manifester de plein droit, car c’est l’un des moyens par lesquels, en aimant ses frères, le chrétien manifeste son amour de Dieu. Il y a donc un lien entre ces deux domaines, puisqu’on ne peut servir Dieu en délaissant l’homme.

 

Ce qui intéresse Jésus, c’est “Dieu seul”. Il faut rendre à Dieu ce qui lui appartient, à savoir l’homme. De fait, Jésus n’esquive donc pas une question délicate. Il ouvre plutôt une perspective nouvelle dans une vision étriquée du politique. Il nous offre la seule liberté possible, celle de choisir en notre âme et conscience, ce qui va dans le sens d’une plus grande humanisation des rapports sociaux. “César” n’a pas l’exclusivité du domaine humain et matérielle et “Dieu” celui du domaine spirituel, non. La réponse de Jésus ne dissocie donc pas les deux domaines, César et Dieu, elle les unit en donnant priorité à Dieu. Rendre à César ce qui est à César, c’est en définitive accepter l’incarnation, c’est accepter la réalité humaine, c’est accepter le chemin (non pas d’avenir) mais qui nous permet, dans un juste comportement vis-à-vis de “César” de pouvoir rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est-à-dire la totalité de l’homme.

 

S’il faut rendre à César ce qui est marqué de son effigie, que nous faut-il rendre à Dieu qui soit marqué de son sceau ? Tout juif pieux connaît la réponse : la seule réalité qui soit à l’image de Dieu, c’est l’être humain, c'est-à-dire nous-mêmes. C’est dire que, si l’argent qui porte la marque de l’autorité politique retourne légitimement vers cette autorité en payant l’impôt, la personne humaine qui est marqué dès l’origine par l’image de Dieu a vocation de retourner vers Dieu. Ce retour vers celui qui a marqué notre cœur de son image ne se réalise pas seulement à la fin de notre vie, nous sommes invités à reconnaître la présence et l’autorité de Dieu dans notre vie quotidienne.

 

Cet évangile est d’une actualité frappante. A la suite de Jésus, l’Église cherche à établir un lien positif entre la vie religieuse des Chrétiens et la vie des hommes dans la cité ou dans le monde. C’est donc à partir de la Parole de Dieu que s’établit toute justice, car l’Église enseigne aux chrétiens combien ils sont solidaires de leurs frères en humanité et comment ils doivent s’engager dans les réalités du monde. C’est dans cette perspective que les évêques de la RD Congo se sont prononcés sur la nébuleuse question constitutionnelle. Et chez nous, des individualités, telles les juristes, les sociologues, les politologues, les politiques, et même des collectivités, telles les associations, les prétendus sages des Départements, les femmes leaders du Pool, les partis politiques, communiquent abondamment sur ce sujet dans les médias disponibles et disposés. Si bien que du côté de l’Église officielle, il nous parvient comme un silence.

 

Et pourtant, pour ceux qui ne le savent pas, réunis pour la 41ème  Assemblée Plénière à Brazzaville, du 8 au 14 avril 2013, les Evêques du Congo, nous adressaient, à nous tous, Prêtres, Religieux et Religieuses, fidèles Laïcs du Christ, hommes et femmes de bonne volonté, un message d’interpellation et d’espérance sur la situation sociale de notre pays. Et déjà là, nos pères Evêques prenaient position à propos des atteintes aux valeurs démocratiques. Ils disaient entre autre au N° 15 et 16, je cite :

 

« Depuis plus de deux décennies, un vent de démocratie souffle sur le continent. Notre pays n’est pas en reste. Nous saluons et félicitons tous les efforts qui sont accomplis, en vue de la consolidation du processus démocratique. Toutefois, nous sentons le devoir de proposer quelques points de réflexion (…). A titre illustratif, voici ce qu’a déclaré le Pape Benoit XVI au sujet des élections et de la Constitution dans l’Exhortation issue du 2ème Synode spécial pour l’Afrique: (…) Les élections constituent un lieu d’expression du choix politique d’un peuple et sont un signe de la légitimité pour l’exercice du pouvoir(…) Par contre, le non respect de la Constitution nationale manifesterait un manque de compétence dans la gestion de la chose publique ». Fin de citation.

 

La position de l’Eglise est donc, d’ores et déjà, connue, à tel enseigne que le semblant de silence actuel ne peut que déranger. Ainsi, face à l’éventualité de la modification de la Constitution du 20 janvier 2002, ce qui n’est plus une énigme aux yeux de la majorité du peuple congolais, deux interrogations pertinentes doivent se poser à la lumière de l’évangile:


- pourquoi le débat sur la modification de la Constitution est-il lancé au moment du terme du dernier mandat ?

 - ce débat aurait-il eu lieu, si le nombre de mandats était illimité et l’âge de la candidature non plafonné?

 

A Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à César !

 

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Homélie du 1er septembre 2014 (22ème Dimanche T.O A)

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

Frères et Soeurs,

«Se renier soi-même pour donner la vie»

À la joie du dimanche passé où Pierre, dans sa consolation de l’être-avec un Messie que tous les disciples croyaient triomphaliste, a confessé joyeusement que Jésus était vraiment le Fils de Dieu, succèdent aujourd’hui des annonces et des vérités qui, à première vue, troublent et déçoivent.

Deux annonces, deux vérités qui disent clairement l’être de la "sequela christi": la montée du Seigneur à Jérusalem pour y mourir et le renoncement du disciple. Le dénominateur commun entre ces deux annonces amères, c’est la Croix. Nous sommes un peuple de la croix et pour la croix. Quand Pierre a confessé sa foi, le Seigneur lui a fait une belle et grande promesse, on dirait un cadeau: le don de la consistance: devenir une pierre sur laquelle reposent les autres petites pierres de l’édifice, et le don des clefs pour juger les hommes, c'est-à-dire pour leur révéler Dieu. C’est plus que de la gloire, et cela console le disciple.

Aujourd’hui, à travers l’annonce de la Croix, le Seigneur dit à Pierre et à nous tous, de quelle manière accéder à la vraie gloire, en d’autres termes, comment mériter le don de lier et de délier. C’est cela la croix! Le leitmotiv de ce chemin de croix est mis en lumière dans toutes les lectures de ce dimanche. C’est la parole prononcée par le Christ le Dimanche des Rameaux, par laquelle –immédiatement après son entrée à Jérusalem– il répond à la question de quelques Grecs qui voulaient le voir: «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit» (Jn 12, 24). Le Seigneur interprète ainsi tout son parcours terrestre, comme le parcours du grain de blé qui parvient à porter du fruit seulement à travers la mort, à travers la Croix. La croix nous donne la vraie vie, et la vraie vie passe par la croix.

Frères et Soeurs,

À vrai dire, le Christ ne nous fait pas des cadeaux à bas-pris. Celui qui le confond au Père Noël s'est assurément trompé de planète. Mais Jésus nous indique la voie vers les grandes choses, vers le bien, vers la vie humaine authentique. Lorsqu'il parle de la Croix que nous devons porter, ce n'est pas par plaisir du tourment ou par moralisme borné. C'est l'élan de l'amour, qui sort de sa cellule pour se mettre au service de la vérité, de la justice et du bien. C’est cela la Croix. À cette vision s’oppose une compréhension purement sentimentale de la croix, risque que coure le prophète Jérémie dans la première lecture. Devant la moquerie et l’insulte du peuple qu’il instruit pourtant, il pense reculer: «trop c’est trop; je ne penserai plus à Lui; je ne parlerai plus en son nom…». Nous ne pouvons pas simplement nous contenter d’accompagner Jésus par de nobles paroles et sentiments. Le simple sentiment ne suffit pas; la suite du Christ qui est chemin de croix doit être une école de foi, de la foi qui, de par sa nature, «agit par la charité» (Ga 5, 6).

Cependant, cela ne signifie pas que le sentiment doit être exclu. Pour les Pères, le premier défaut des païens est leur manque de cœur –la capacité de compatir, de souffrir avec et pour les autres. Jésus partage lui-même nos souffrances; son amour ne demeure pas impassible et distant, mais il descend parmi nous, jusqu’à la mort sur la croix (cf. Ph 2, 8). Ce Dieu fait homme pour porter notre croix, veut nous appeler à partager les souffrances d’autrui. Il nous fait violence, il nous terrasse. Il nous réveille, il réveille nos cœurs pour qu’ils ne restent pas impassibles. Accepter de souffrir avec et pour les autres est un «must» pour tout chrétien. Jésus, veut que nous partagions sa croix, pour compléter ce qui manque encore à ses souffrances (Col 1, 24). Chaque fois qu’avec bonté nous offrons à Dieu notre personne comme victime, chaque fois que nous allons à la rencontre de celui qui souffre, de celui qui est persécuté et faible, en partageant sa souffrance, nous aidons Jésus à porter sa propre croix. Ainsi nous obtenons le salut et nous pouvons nous-mêmes coopérer au salut du monde. C’est cela la volonté de Dieu dont parle Paul dans la seconde lecture. Une volonté qui n’est pas un poids extérieur, qui nous opprime et qui nous enlève notre liberté, mais quelque chose qui nous purifie –parfois même de manière douloureuse– et nous conduit ainsi à nous-mêmes. Il s’agit tout simplement de renoncer à soi: «Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive» (Mt 16, 24).

Frères et Soeurs,

Par ces mots, le Seigneur offre lui-même l’interprétation de l’existence chrétienne, il nous enseigne comment nous devons le prier et le suivre: la vie chrétienne est le chemin du reniement de soi, c’est-à-dire le chemin de l’amour véritable. Prions, pour que le Seigneur nous libère de la peur de la croix, de la peur face à la dérision des autres. Prions pour que le Seigneur nous aide à démasquer les tentations qui nous promettent la vie, mais dont les conséquences nous laissent, en fin de compte, sans but et déçus. Prions aussi pour les responsables politiques. Qu’ils apprennent eux aussi le renoncement. Il n’est pas facile de vivre la condition de serviteur, de rester intègre parmi les courants d’opinion et les intérêts puissants. Le pouvoir, quel qu’il soit, aveugle avec facilité, surtout lorsque sont en jeu des intérêts privés, familiaux, ethniques ou religieux. Bénis nous Seigneur! Amen.

 

Père Ralph BAZEBIZONZA, SJ

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A LA SUITE DE SIMON PIERRE, SOYONS, NOUS AUSSI TEMOIN DE LA FOI

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

 

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Introduction :


1- Jésus rejoint Pierre dans sa vie quotidienne.


La rencontre entre Jésus et Pierre est située par Mathieu et Marc au bord du lac de Galilée, alors que Pierre est entrain de jeter les filets. (Commentaire: Dieu rejoint souvent les hommes dans leurs activités profanes les plus ordinaires…pas besoin d’être nécessairement en pleine méditation ou prière pour entendre sa voix ou le rencontrer). La rencontre avec Jésus puis son appel à le suivre suscitent en Pierre un élan spirituel à tout quitter pour suivre Jésus sans assurance-vie ! D’ailleurs plus tard, Pierre posera à Jésus la question suivante : « Et nous qui avons tout quitté pour te suivre qu’allons-nous avoir en héritage ? ».  La foi de Pierre commence par ce geste fou qui consiste à quitter une sécurité pour partir vers l’inconnu, à la suite d’un Inconnu. La foi est toujours une prise de risque, un saut, pas dans le vide, mais en misant sur une personne : Jésus, l’image du Dieu invisible. C’est acte de confiance absolue. Cette confiance, Pierre va encore la manifester dans l’épisode de la pêche miraculeuse ; lui, le pêcheur chevronné, va écouter la parole de Jésus le charpentier : « Sur ta parole, Seigneur, je vais jeter les filets. » (Cela ne nous fait-il pas penser à ces mots de la mère de Jésus aux noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » ?).


2- La profession de foi de Pierre : une parole inspirée


Jésus pose à ses disciples la question de savoir qui est-il. Plusieurs réponses sont données, inspirées de ce disent les gens ; réponses trop anonymes pour Jésus qui attend de chacun de ses disciples une réponse personnelle qui a mûri tout au long de leur compagnonnage avec lui. C’est Pierre qui donne la réponse en lieu et place de tous les disciples : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu ». Dans  cette reconnaissance formulée de son identité, Jésus  reconnaît le travail du Saint-Esprit grâce à qui les hommes peuvent appeler Dieu « Père » et Jésus « Seigneur » : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas, car ce n’est pas la chair ni le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est au ciel ; aussi, je te le déclare : tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise… »

Pour vous, aujourd’hui, qui est Jésus ? Comment pouvez-vous le présenter aux autres avec vos propres mots du moment que la foi n’est pas une simple récitation de formules ?

C’est sur la foi de Pierre que Jésus a bâti l’Eglise. Cette foi, les apôtres qui ont connu Jésus, qui ont mangé et bu avec lui, ont voulu nous la faire connaître afin que nous soyons en communion avec eux, que nous soyons dans la joie et que notre joie soit parfaite.


3- La profession de foi de Pierre : une déclaration d’amour


C’est l’histoire d’une autre rencontre entre Jésus et Pierre ; cette fois-ci, c’est après la mort de Jésus. Pierre a entraîné ses amis à une partie de pêche ; et Jésus est là, sur le rivage… Jésus s’adresse à Pierre en lui posant par trois fois la question du cœur : « Simon, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » De la réponse de Pierre va dépendre le fait que Jésus lui confie la mission  d’être le pasteur de ses brebis, de fortifier ses frères dans la foi. La réponse de Pierre est sans hésitation : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime ». La foi ne va pas sans l’amour ; cette déclaration d’amour de Pierre est aussi une déclaration de foi : c’est encore Dieu qui met dans le cœur de Simon l’amour dont il aime Jésus ; non pas un amour sentimental mais une décision de suivre Jésus jusqu’au bout. Etre croyant, ce n’est pas avant tout proclamer publiquement que Jésus est le Fils de Dieu, mais c’est d’abord et essentiellement accepter l’amitié que Jésus nous offre et y répondre en l’aimant à notre tour : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. »

Pierre affirme sans hésitation aimer Jésus. Et pourtant, il le sait, la nuit où Jésus a été arrêté et conduit à la cour du grand-prêtre, Pierre a déclaré par trois fois ne pas connaître cet homme. La foi, comme l’amour, peut avoir des ratés, des pannes, elle peut être ravivée par la contemplation de l’amour fidèle de Dieu envers les pécheurs que nous sommes. Se détourner de Dieu sous prétexte que nous sommes pécheurs et indignes de lui est la manifestation d’un manque de foi. L’essentiel de la foi n’est-il pas d’adhérer à ceci  que «  Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais obtienne la vie éternelle » ? Malgré son reniement, Simon-Pierre continue à avoir confiance en l’amour indéfectible de Jésus et cet amour suscite dans le cœur de Simon la réponse qui convient : aimer de tout son cœur celui qui a donné sa vie pour lui.

Entends le Christ te parler : « Je frappe et j’attends ; hâte-toi de m’ouvrir. N’allègue pas ta misère, ton indigence, car si tu les connaissais pleinement, tu mourrais de douleur. Cela seul qui pourrait me blesser le cœur, ce serait de te voir douter et manquer de confiance. Je veux que tu penses à moi chaque heure du jour et de la nuit. Je ne veux pas que tu fasses l’action la plus insignifiante pour un autre motif que l’amour. Quand il te faudra souffrir, je te donnerai la force ; tu m’as donné l’amour, je te donnerai d’aimer au-delà de ce que tu as pu souhaiter. Mais souviens-toi : aime-moi tel que tu es ; n’attends pas d’être un saint pour te livrer à l’amour,

sinon tu n’aimeras jamais. »


4- La foi, une démarche communautaire qui a un impact sur la société


La foi au Christ ne se réduit pas à un « contrat privé » entre lui et moi. Elle est une affaire communautaire puisqu’elle est l’héritage de toute l’Eglise ; je n’invente pas ce que je crois, je le reçois de la communauté des chrétiens d’hier et d’aujourd’hui. Comme les apôtres réunis autour de Pierre, le jour de la Pentecôte, c’est dans la communion avec les autres chrétiens que je dois témoigner du Christ. Un chrétien isolé aura du mal à tenir devant l’adversité ; la foi des autres est un soutien et une lumière dans les épreuves.

Notre foi commune ne nous renferme pas sur la communauté, sur l’Eglise. Elle nous envoie vers les réalités et les situations de ce monde pour y apporter le sel et la lumière de l’Evangile. Une Eglise qui ne s’occuperait que d’elle-même, de sa survie, n’est pas à l’écoute du Christ qui l’envoie vers le monde. La messe dominicale qui rassemble la communauté ecclésiale n’est pas une fin en soi ; elle est un envoi dans nos familles, nos quartiers, nos lieux de travail, pour y semer l’amour et le pardon fraternel.


Pour votre communauté chrétienne, aujourd’hui, quels peuvent être les chantiers sur lesquels le Christ pour appelle à travailler pour que la vie chrétienne ne se réduise pas seulement aux rassemblements cultuels ?

 

 

 

Abbé Olivier MASSAMBA LOUBELO

 

 

 

 

 

 

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Fête de la Sainte Famille Année A – Le 29 décembre 2013

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

 

Textes : (Si 3, 2-6, 12-14) ;

           (Col 3, 12-21);

           (Mt 2, 13-15, 19-23)

 

 

 

Très chers frères et sœurs,

 

A première vue, la sainte famille semble être une famille exceptionnelle, une famille de réfugiés, comme tous ces expulsés d’aujourd’hui, ces sans papier, ces immigrés, chassés de leur pays par la guerre, la famine, le chômage ou la dictature de nos dirigeants. C’est vrai, et c’est hélas toujours d’actualité, ces genres de situation, et voilà que même le fils unique de Dieu en devient victime.

 

 Ensuite, une relecture plus réfléchie nous permet de nous souvenir que Jésus descend aujourd’hui en Égypte comme son peuple qui s’y était réfugié des siècles auparavant pour  fuir la famine. Arrivé en Egypte, il y reste quelque temps, mais après Jésus sort d’Egypte comme son peuple en sortit jadis libéré avec Moïse. On peut se poser la question : Pourquoi il y a répétition de ce double mouvement ? Comme si l’Evangile voulait nous dire que Jésus assume toute l’histoire de son peuple, ou encore qu’il vient résumer dans son existence humaine toutes les heures de souffrance et la soif de liberté de son peuple.

 

Regardons la sainte famille pour comprendre les leçons qu'elle nous donne aujourd'hui.

 

Deux leçons bien concrètes dans l’évangile :

 

- La première : est une invitation à une confiance totale dans la Parole de Dieu, Joseph fit exactement  ce que l’ange lui avait demandé. Même s’il n’y comprend pas grand-chose. C’est dire que, malgré l’obscurité de notre foi, faisons seulement la volonté du Seigneur. Quelle est donc la volonté de Dieu pour chacun de nous ? Voilà une question que nous devons nous poser à chaque instant. Or souvent nous faisons notre propre volonté. Et quand ça ne marche pas, on voit le diable partout. Mon frère, ma sœur, demandes à Dieu sa volonté pour toi et assume cette volonté de Dieu dans ta vie. Pensez-vous que Joseph avait voulu vivre tout ces événements ? Non, ce n’est pas en sortant de nos situations difficiles qu’on accomplit la volonté de Dieu, mais c’est en faisons ce que Dieu juge bon pour nous.

 

Pour s’en convaincre, observons de près cette famille dite sainte. En effet, dès l'origine, le couple Joseph - Marie va connaître des événements qui ont dus bien les interroger :

 

1) Marie devient enceinte par la puissance du Saint Esprit. Il faut alors qu'un ange vienne rassurer Joseph pour qu'il ne répudie pas sa fiancée (volonté de Dieu).

2) Marie va aller passer du temps auprès de sa cousine Élisabeth mais pour cela parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour aller et revenir dans un contexte de voyage périlleux et par des chemins difficiles.

3) La vie du jeune couple dans l'attente du nouveau-né va à nouveau être troublée par l'annonce d'un recensement. Il faut quitter Nazareth pour aller à Bethléem alors que la grossesse de Marie est très avancée. Soucieux du respect de la loi Marie et Joseph partent cependant. Mais arrivés à Bethléem, le temps de la naissance est venu, et voilà que leur fils va passer sa première nuit dans une étable (volonté de Dieu).  

4) Très vite Joseph va être confronté à une autre grosse préoccupation. Le roi Hérode, qui a appris la naissance de Jésus par les Mages, veut le faire périr. C'est le massacre des Saints Innocents. C'est alors la fuite et le temps de l'exil en Égypte. Ainsi Jésus va devoir vivre ses premiers temps, ses premières années même, sur une terre qui n'est pas la sienne (volonté de Dieu).  

 

- La deuxième leçon, c’est l’appel à la responsabilité que contient cet évangile. Jésus, Dieu sauve, ne se défend pas lui-même. Il se remet entre les mains de ces parents que sont Joseph et Marie. Immense respect de l’homme ! Immense responsabilité de l’homme ! Dieu veut la vie et confie cette tâche à des hommes et des femmes engagés, les parents en première ligne. Oui, le nom de Joseph est cité quatre fois dans ce récit, alors qu’il ne prononce aucun mot. Il est présenté comme le père de famille, le protecteur de Marie et de Jésus. Voici encore une occasion de découvrir le vrai rôle des pères de famille. Etre parent c'est être inquiet. Mais il y a des peurs qui paralysent, qui angoisse comme il y a des peurs qui nous rendent prudents. Joseph a eu une bonne peur qui l’a rendu prudent en s'installant à Nazareth. De nos jours, certains, sont surtout inquiets de l'avenir et ne savent pas s'abandonner à la providence de Dieu. Ne sommes-nous pas parfois plus préoccupés de l'avenir matériel des enfants que de leur vie spirituelle, de la santé de notre corps que celle de notre âme? Par exemple, beaucoup de parents inscrivent leurs enfants à l’école, mais pensent que c’est à eux même de choisir leur religion.

 

Très chers frères et sœurs,

 

La famille de Nazareth, que l’Église met devant les yeux de toutes les familles, aujourd’hui, constitue effectivement le point de référence culminant pour la sainteté de toute famille humaine. L’histoire de cette famille est rapportée d’une façon très concise dans l’Évangile. Nous en connaissons tout juste quelques événements. Mais ce que nous en savons nous suffit pour pouvoir en insérer les moments fondamentaux dans la vie de toute famille et pour faire apparaître la dimension à laquelle sont appelés tous ceux qui vivent la vie de famille : pères, mères, enfants. L’Évangile montre avec beaucoup de clarté l’aspect éducatif de la famille : « ll revint à Nazareth et il leur était soumis. » (Lc 2, 51.).

 

Pour les jeunes générations, cette « soumission » est nécessaire, dans l’obéissance. C’est ainsi qu’était « soumis » Jésus lui-même. Et c’est cette « soumission », cette disposition de l’enfant à accepter les exemples du comportement humain qui doivent servir de mesure aux parents dans toute leur conduite. C’est le point particulièrement délicat de leur responsabilité de parents, de leur responsabilité devant l’homme, devant ce petit homme appelé à grandir qui leur est confié par Dieu.  

 

Très chers frères et sœurs,

 

Les problèmes humains les plus profonds sont liés à la famille. C’est pourquoi la famille constitue pour l’homme la communauté première, fondamentale et irremplaçable. « Cette mission d’être la cellule première et vitale de la société, la famille l’a reçue de Dieu. Et les Européens ont compris cela, beaucoup de choses se font en famille. Mais nous en Afrique, ce n’est pas le cas. Pour preuve, combien sont venu à la messe en famille.

 

Laissons-nous guider par Dieu sur le chemin de la vie dans nos familles. Amen.

 

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Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire A (9 février 2014)

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

 

Frères et sœurs,

 

Les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu qui nous guide, non pas vers une lumière mais vers la Lumière, c’est-à-dire la vraie Lumière.

 

Dans la 1ère lecture, le prophète Isaïe s’adresse  à un peuple qui revient d’une longue captivité. Il reste encore des douloureuses séquelles de cette terrible période. Malgré tout, la pratique religieuse s’est remise en place. Pleins de bonne foi, ces gens veulent plaire à Dieu. Mais il y a un problème ; et c’est là qu’Isaïe intervient. Beaucoup pensent que Dieu attend les plus somptueuses cérémonies et les meilleurs fruits de la terre. C’est normal qu’on veuille se prosterner devant le créateur du ciel et de la terre, comme il est normal de lui offrir le fruit de nos travaux. Mais, attention, car le vrai Dieu exige également de voir que le droit et la justice animent les relations entre nous. Sa grande joie c’est que nous vivions ensemble comme des frères. Notre attention doit se porter vers les plus faibles et les plus pauvres : « Partage ton pain avec celui qui a faim…. Ne te dérobe pas à ton semblable. » Nous ne pouvons pas aimer Dieu sans aimer le prochain. Le Dieu de la Bible est un Dieu libérateur et miséricordieux. Ce qu’il nous demande c’est d’avoir le même comportement. C’est important car nous sommes faits pour être à l’image de Dieu.

 

Dans la 2ème lecture, l’apôtre Paul a, lui aussi, le souci de nous montrer celui qui est la vraie lumière. Son message n’a rien à voir avec la sagesse des hommes. Lui-même n’est pas un « accrocheur » à la parole convaincante. Contrairement aux gens de Corinthe, il n’a rien d’un personnage éloquent. II n’a aucun don pour manier les foules, comme certains qu’on voit à la télé de nos jours. Mais il croit seulement en l’amour fou d’un Dieu qui se laisse crucifier. Pour les corinthiens, c’était inimaginable. Et pourtant, c’est de cela qu’il veut témoigner de toutes ses forces. Il ne cherche pas à convaincre les foules avec des arguments humains. Mais il croit en l’Esprit Saint qui agit en lui et par lui. Il a compris que la foi ne repose pas sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu.

 

Frères et sœurs,

 

Si l’Esprit n’est pas en moi, je peux prêcher ici de midi à 21h sans que cette prédication ne porte du fruit. Ce n’est pas nous (prêtres, pasteurs, chrétiens) qui agissons dans le cœur des gens ; c’est le Christ qui agit en nous et par nous. Il nous envoie son Esprit Saint pour que notre Témoignage porte du fruit. C’est ce qui nous est tous demandé, nous tous ici présent. Le monde d’aujourd’hui a beaucoup plus besoins de témoins que de maîtres. Et pour rejoindre la 1ère lecture, Dieu exige de voir que le droit et la justice animent les relations entre nous. Or, Si nous recherchons l’admiration, la considération et la popularité, nous faisons fausse route.  C’est seulement la foi qu’il s’agit de susciter en témoignant du Christ mort et ressuscité. Je suis surpris de constater que certains pasteurs auto-proclamés s’approprient parfois notre Unique Dieu par des appellations du genre : « Nzambé ya un tel ». Dieu a été privatisé.

 

Dans l’Evangile, nous voyons les disciples rassemblés autour de Jésus sur la montagne. Il leur dit : « vous êtes la lumière du monde ». C’est aussi cette parole qu’il redit à chacun de nous qui sommes rassemblés autour de lui aujourd’hui. C’est à nous, disciples du Christ, d’être des reflets authentiques de la vie et de l’enseignement de Jésus. Il nous confie d’être ce qu’il est lui-même, c.à.d « lumière du monde ». C’est toute la communauté chrétienne qui est appelée à devenir « lumière des peuples ». Il s’agit pour nous de nous engager activement dans des actions de salut, de libération et de défense des pauvres.

 

En écoutant ce message, nous ne pensons souvent qu’aux prêtres, eux qui exercent un ministère dans l’Eglise. Ils sont amenés à proclamer explicitement le message de l’Evangile certes. Mais il y a une autre forme de témoignage qui peut se passer des mots : c’est celle du rayonnement de la vie. Car avant d’écouter quelqu’un, on le regarde vivre. Avons-nous le sens de l’accueil, du partage et de la solidarité ? Notre vie parlera plus que nos paroles. Dans son Evangile, Matthieu insiste très fortement sur ce point : que la vie des chrétiens, leurs actes et leurs « belles actions » aient une force d’attraction, de rayonnement et d’attirance.

 

Frères et sœurs,

 

Nous vivons dans un monde de laïcité, de sécularisation et d’indifférence. Dans beaucoup de pays, les chrétiens sont persécutés bien plus qu’aux premiers siècles de l’Eglise. Dans ces conditions, il est difficile de parler explicitement du Christ et de l’Evangile. Mais nous pouvons témoigner par « la beauté et la bonté de nos actions ». Cet appel nous rejoint dans notre vie de tous les jours : appel à refuser la colère et la haine dans nos relations humaines, appel à nous réconcilier avec nos frères, volonté d’aimer ses ennemis et de prier pour eux. Le Seigneur n’attend pas de nous de belles paroles mais une « belle conduite », un comportement digne du nom de chrétien. C’est notre façon de vivre et de « bien agir » qui doit poser question à tous ceux et celles que nous rencontrons. En venant à l’Eucharistie, nous sommes accueillis par celui qui est la Lumière du monde. C’est parce que nous sommes rassemblés autour de lui « sur la montagne » que nous pouvons devenir à notre tour Lumière du monde. C’est lui qui nous envoie pour être ses témoins dans ce monde qui en a bien besoin. C’est dans ce sens que nous serons Sel de la terre, c’est-à-dire fidèle à lui, car le sel, non seulement donne du goût, mais en plus est un élément qui permet aussi de conserver la nourriture. Il est donc symbole de fidélité.

 

En ce jour nous le supplions : « Toi qui est Lumière, Toi qui est Amour, mets dans nos ténèbres ton esprit de Lumière et d’Amour. »

 

Amen !

 

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Homélie du 2 février 2014 : Présentation de Jésus au Temple

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

daleb-soutane.jpgLe 2 février, les chrétiens célèbrent la présentation de Jésus au Temple. A l’époque de Jésus, tous les parents faisaient cet acte d’offrande de leur fils premier né. Et l’Eglise a vMais cette fête d’aujourd’hui n’est pas un simple rappel de l’événement. Il faut surtout y voir une révélation sur le mystère de Jésus. Nous y découvrons le vieillard Siméon qui reconnaît en lui la Lumière du monde. C’est pour cette raison que cette fête est appelée « la Chandeleur », la fête de la Lumière. Et normalement chacun devrait apporter ce matin une bougie pour faire la procession à la fin de la messe. Pourquoi la fête de la lumière ? Chant : « Nsamina’ku m’fumu, nsamina’ku tu kékolo, tala beto bala, tu kondolo.. » Cette lumière avait été annoncée par le prophète Malachie (1ère lecture). Ce livre jette un regard très critique sur les prêtres de l’époque qui exercent dans le temple de Jérusalem. Il dénonce les magouilles, les fraudes, les injustices. Tout cela ne va pas durer. Le mal ne peut pas avoir le dernier mot. Dieu saura bien envoyer un messager pour remettre les choses à leur place. Bien sûr, le rêve de Malachie se limitait à une restauration et à un retour des valeurs du passé. Plus tard, on verra Jésus qui arrive au temple et qui y chasse tous les magouilleurs. Les chrétiens découvriront en lui celui qui est la Lumière du monde. Ils comprendront que le temple que Jésus veut purifier c’est chacun de nous. La lettre aux Hébreux (2ème lecture) insiste avec force sur le mystère de Jésus. Il est celui qui a voulu partager avec nous « la condition humaine ». Il a voulu être solidaire de nous jusqu’à l’extrême. Il n’a pas échappé à la mort qui fait partie de notre condition. Siméon avait bien entrevu cette issue fatale en prophétisant que l’enfant serait signe de division. Mais cette destinée ne s’est pas arrêtée à la mort. Jésus appartient pleinement à la famille humaine et pleinement à la famille de Dieu ; de ce fait, il est celui qui ouvre les portes du temple céleste. Désormais avec lui et en lui, les frères de Jésus ont accès à Dieu lui-même. C’est ainsi qu’en ce jour, Jésus nous est présenté comme la « lumière des nations ». C’est important pour nous car nous vivons dans un monde qui perd ses repères. Chaque jour, les médias nous en donnent de tristes exemples. Cela ne sert à rien de se lamenter. Nous avons bien mieux à faire : comme le vieillard Siméon, nous sommes appelés à montrer Jésus au monde. Le principal travail c’est Dieu qui le fait dans le cœur de chacun. La Lumière du monde c’est lui. Comme Siméon, nous pouvons dire : « Mes yeux ont vu ton salut que tu préparais à la face des peuples. » L’Ancien Testament nous a révélé un Dieu qui a fait alliance avec son peuple choisi. Avec la venue de Jésus, cette alliance s’élargit : elle n’est pas offerte au seul peuple élu mais à tous les peuples du monde. Grace au Christ, l’humanité est convoquée pour devenir l’unique peuple de la nouvelle alliance. C’est de cette bonne nouvelle que nous avons tous à témoigner. Plus tard, Jésus dira : « Je suis la Lumière du monde ». La lumière ça éclaire et ça fait vivre. Une personne qui vivrait en permanence dans une pièce sombre finirait par tomber malade. Le Christ se présente à nous comme cette lumière qui nous montre le chemin, qui éclaire notre conscience et qui nous fait vivre. C’est cette lumière de Dieu qui nous a été transmise au jour de notre baptême. Et c’est pour cette raison que nous la ranimons le 2 février pour qu’elle illumine sans cesse notre vie. Cette fête d’aujourd’hui fait naître en chacun de nous un grand désir de rencontrer Jésus et de nous laisser transformer par la Lumière qui est en lui. Nous le rencontrons dans la liturgie qui nous fait parcourir les étapes de sa vie. Nous le rencontrons aussi dans les sacrements : le baptême qui fait de nous des fils de Dieu, le sacrement du pardon qui nous purifie. Mais par-dessus tout, Jésus vient à nous par l’Eucharistie : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi, je demeure en lui. » (Jn 6. 56) Nous avons tous besoin de cette rencontre « source et sommet de toute vie chrétienne » (Concile Vatican II). Avec Siméon, nous sommes tous invités à prendre l’enfant Jésus dans nos bras pour le contempler et rendre grâce à Dieu. Le Salut qui nous est annoncé en ce jour n’est pas une simple théorie mais un mystère. Il est livré entre nos mains de pécheurs. Il attend de nous que nos bras soient grands ouverts pour accueillir son Salut. A la fin de chaque messe, nous sommes envoyés pour le montrer et le communiquer à notre monde. Cette mission nous concerne tous, quel que soit notre âge. Mais la rencontre de Siméon et Anne nous montre l’importance des « seniors » dans la transmission de la foi. Beaucoup d’enfants n’ont entendu parler de Jésus que par leurs grands parents. Nous avons là le visage d’une Eglise dont le renouvellement repose aussi sur les plus âgés de ses membres. Nous vivons dans un monde qui est souvent indifférent à la présence de Dieu. Nous te prions Seigneur, envoie ton Esprit Saint : qu’il fasse de nous des témoins de la Lumière, des apôtres de Jésus auprès de tous ceux qui attendent leur délivrance. Que la lumière du Seigneur sans cesse éclaire les ténèbres de ce monde. Chant: « Namissa mwinda ngualé, ni wô wu nsaminika buyongongo bua n’ti, mwinda … » Amen !

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MEDITATION SUR LE DEPART D'UN PRETRE

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

Partir, pour un prêtre

 

Quand un prêtre pense avoir tout donné

Quand un prêtre est las d’un milieu

Quand un prêtre veut partir

 

Et que le temps presse

Et que son cœur le précède

Et qu’il est vraiment temps d’y aller

 

Vers l’avenir qui s’offre

Vers des horizons à découvrir

Vers des cœurs qui s’ouvrent pour l’accueillir

 

Là où son être semble désiré

Là où sa présence semble souhaitée

Là où son passage semble attendu

 

Son cœur est toujours partagé

Son âme est toujours anxieuse

Son être est toujours embarrassé

 

En lui, joie et tristesse s’embrassent !

 

Joie de découvrir d’autres visages

Joie de donner à d’autres le peu qu’on est

Joie d’avoir accompli soigneusement sa tâche

 

En lui, tristesse et joie s’entrelacent !

 

Tristesse d’abandonner certains visages

Tristesse de n’avoir pas tout réussi

Tristesse de toujours recommencer

 

 

Voilà ce qui nous habite, nous prêtres

Voilà ce qui nous attend, nous prêtres

Voilà ce que nous bravons, nous prêtres

 

Quand il est temps pour un prêtre de partir !

 

Abbé Daleb MPASSY,

(Retraite annuelle des prêtres du Diocèse de Kinkala, ce 10 mars 2013)

 

 

 

 

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Homélie: 6e dimanche de Pâques

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

jmj 1 (4)Ce discours de Jésus à ses disciples a lieu « à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père ». Le détail n’est pas sans importance, il attire spontanément notre attention. À la veille de la Passion, nous imaginons sans peine les dispositions intérieures des disciples, nous devinons très bien quelles pouvaient être leurs inquiétudes à quelques heures de la mort du Seigneur.

De fait, les paroles de Jésus laissent entendre que Jésus s’exprime dans un climat de crainte. Il parle d’invoquer un défenseur, ce qui prouve bien que le climat est hostile, et il parle de ne pas laisser les disciples orphelins, évocation claire d’une des plus douloureuses séparations qui soient.

La question est : pourquoi évoquer ces heures sombres au cœur de temps pascal ? Pourquoi nous montrer la crainte des disciples à la veille de la Pentecôte, c’est-à-dire à la veille d’annoncer l’évangile aux Nations ? Peut-être parce que le Saint-Esprit est présenté dans ce texte, mais il y a bien d’autres textes que celui-ci pour évoquer le Saint-Esprit. La question demeure. Essayons donc de suivre le discours de Jésus pas à pas…

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ». Le discours s’ouvre sur une difficulté. Cette phrase n’est pas très simple ; elle peut vouloir dire : il vous suffit de m’aimer et, immédiatement, mes commandements seront gardés. « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements », c’est-à-dire : en aimant Jésus, on est fidèle à ses commandements ; les commandements que Jésus nous laisse, consistent à l’aimer. Mais il y a aussi une autre façon de comprendre ce verset : si vous m’aimez, cela prouvera que vous respectez mes commandements. Aimer Jésus ne va pas de soi, la preuve de l’existence de cet amour sera donnée si ses commandements sont respectés.

Quoiqu’il en soit, ce verset établit un lien entre les commandements de Jésus et l’amour qu’on lui porte. En outre, nous pouvons certainement le lire comme une parole destinée à dissiper la crainte des disciples. Les disciples n’ont pas à craindre de ne pas rester fidèle à l’enseignement de Jésus quand il leur sera enlevé, car ils continueront à lui être fidèles grâce à leur amour pour lui. À la fin de l’évangile, Jésus conclut en effet : « Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ».

Ensuite Jésus s’engage personnellement : « Moi, je prierai le Père ». Il prend ses responsabilités, il fait ce qu’il va faire. L’argument est massif et devrait rassurer ; si Jésus intercède pour nous, qu’avons-nous à craindre ?

« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur ». Un défenseur. En faisant cette prière, Jésus montre qu’il se soucie de la défense des disciples, il montre qu’il est lui-même un défenseur. Voilà pourquoi il parle d’un « autre défenseur ». Mais sa demande implique aussi autre chose. Elle veut dire qu’à travers le procès tout proche de Jésus, un autre procès se dessine, celui où les disciples de Jésus seront eux-mêmes accusés, pour leur foi au Fils de Dieu crucifié et de nouveau vivant. Ce terme de Défenseur, d’Avocat, ou encore de Paraclet, mérite donc l’attention. En milieu judiciaire juif, l’avocat ne tenait pas de plaidoirie, mais il assistait son client et le conseillait au fur et à mesure tandis qu’il parlait lui-même pour tenter de se défendre. Cela laisse entrevoir quelque chose de la nature de l’Esprit-Saint. Il soutient les disciples pour des actes de parole comme le fait une personne et non comme interviendrait une force anonyme ni comme une volonté extérieure pourrait supplanter la liberté des disciples. L’Esprit-Saint parle pour aider, aux disciples de choisir d’écouter ses conseils.

Mais comment le connaître, comment le recevoir ou simplement comment voir cette personne qu’est l’esprit de vérité ? Il y aurait bien de quoi s’inquiéter, puisque « le monde est incapable de le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ». « Mais vous — ajoute fort heureusement Jésus —, vous le connaissez ». Nous pouvons être rassurés. Mais est-ce que cela nous aide à mieux cerner l’Esprit-Saint ? Pas vraiment. Les renseignements sont assez maigres. Nous savons qu’il s’agit d’un Défenseur et nous savons aussi qu’il n’est pas encore reçu, puisque Jésus priera le Père de l’envoyer : « il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous ». Jésus s’exprime clairement au futur. Pourtant, l’Esprit-Saint est déjà connu : « mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous ». Non seulement celui qui doit nous être envoyé par le Père est déjà auprès de nous, mais il est aussi en nous. Évidemment Jésus ne se contredit pas et ne dit pas de choses impossibles. Il est même particulièrement intéressant de noter qu’en priant le Père pour qu’il donne son Esprit qui est déjà là, Jésus fait ce que qu’il invite d’autres à faire. Il demande l’Esprit et d’autres auront à en faire autant. Nous avons tous à en faire autant. Cela veut dire que même lorsqu’on a déjà reçu l’Esprit-Saint, il y a encore à demander et encore à recevoir l’Esprit-Saint. Autrement dit, la Pentecôte prochaine sera pour nous le jour où l’Esprit-Saint sera demandé au Père par et où nous le recevrons par le Fils, à nouveau et encore. Heureuse perspective.

Mais revenons à notre enquête. Jésus, dans son discours, se montre très rassurant. Mais quelle crainte cherche-t-il à effacer ? Nous avons un nouvel indice quand il dit : « je ne vous laisserai pas orphelin ». Les disciples éprouvent bien une crainte, celle d’être orphelin, c’est-à-dire une crainte qui concerne le Père. C’est pourquoi Jésus ajoute : « je viens avec vous ». Il ne vient pas vers vous comme le Père, puisqu’il est le Fils, mais justement comme Fils, selon la relation qu’il entretient avec son Père. Nous touchons là au but. La crainte fondamentale des disciples à la veille de la séparation d’avec le Christ est de ne plus savoir vivre comme des fils ; ils connaissent la fragilité de l’homme et redoutent que le mystère de la vie filiale leur échappe définitivement. Voilà pourquoi Jésus promet l’Esprit de vérité, l’Esprit qui permet de voir et de se tenir en vérité devant Dieu, l’Esprit qui fait de nous des fils. « En ce jour-là, continue Jésus, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous ». En ce jour-là, en ce jour où l’Esprit sera pour toujours auprès des disciples, avec eux et en eux, d’une présence invisible, ils connaîtront intérieurement le salut réalisé par Jésus-Christ : la vie filiale restaurée. Ils recevront le fruit du salut qu’est l’Esprit-Saint et ils goûteront la joie du salut qui est d’être des fils dans le Fils.

« Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». Dans cette conclusion, Jésus récapitule notre parcours et en donne la clé : s’il y a une seul crainte à avoir, c’est d’être séparé du Fils et de ne pas connaître l’amour du Père. Ainsi, en observant les commandements de Jésus, ses paroles, le disciple participe à son mouvement filial vers le Père. Et maintenant c’est le Père qui vient en l’homme en envoyant son Fils en lui par l’Esprit. Pour recevoir du Père le don de l’Esprit et le connaître, il faut garder les commandements de Jésus. Et le rôle de l’Esprit est d’assister les disciples pour en faire les témoins des paroles de Jésus.

Seigneur Jésus, nous t’en prions, demande pour nous l’Esprit au Père, que restions à jamais tes disciples, ceux qui vivent de ton Esprit et connaissent la joie que seul ton salut nous procure : nous tourner vers notre Dieu et l’appeler « Abba, Père ».
Frère Dominique

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Homélie de ce Dimanche à la Paroisse St Pierre Claver de Bacongo

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

dadi-copie-1.jpgDimanche 22 mai 2011

5e dimanche de Pâques

Textes :      Ac 6, 1-7 ;           Ps 32 (33), 1.2b-3a, 4-5, 18-19 ;             1 P 2, 4-9 ;            Jn 14, 1-12

Homélie à la Paroisse St Pierre Claver

Les disciples sont « bouleversés », car ils commencent à comprendre que le chemin de leur Maître va passer par la mort ; et sans doute conjointement craignent-ils pour leur propre vie. Jésus les rassure par une parole que nous pourrions expliciter comme suit : « De même que vous croyez au Dieu d’Israël, qui a sauvé son peuple de manière préfigurative en lui faisant traverser la Mer Rouge à la suite de Moïse, croyez aussi en moi, car je m’apprête à vous sauver d’une manière définitive en traversant pour vous les grandes eaux de la mort ».

En parlant ainsi, Jésus annonce non seulement que la mort ne pourra le retenir puisqu’il prendra pied sur l’autre rive, celle de la vie définitive, mais il révèle également qu’il va réaliser cet exode pour ses disciples, comme un nouveau Moïse ouvrant le passage devant le nouveau peuple de Dieu. Pas un instant Jésus ne se préoccupe de lui-même, de sa Passion désormais proche ; il cherche uniquement à rassurer ses disciples sur leur sort. Quant à lui, il ne part pas pour l'inconnu : il rentre chez lui au terme d'un long voyage. Comment ne serait-il pas heureux à la veille de retrouver « la maison de son Père » ! Sa joie déborde malgré la dureté du chemin qu’il s’apprête à prendre. Pas l’ombre d’une amertume pour l’incompréhension persistante de ses compagnons de route ; il ressort tout au contraire de ces quelques versets que son bonheur ne sera total que lorsqu'ils partageront sa joie. Il part en premier pour nous préparer une place et s’assurer que tout soit prêt pour notre arrivée ; et lorsque nous le rejoindrons, il viendra personnellement nous accueillir, pour nous prendre avec lui et chez lui. Jésus n’est venu sur terre et vivra sa Pâque, uniquement pour avoir la joie de nous accueillir un jour dans la maison de « son Père et notre Père, de son Dieu et notre Dieu » (cf. Jn 20, 17).

Mourir ce n'est pas, comme le pensaient les Juifs, descendre dans le Shéol ou l'Hadès pour y mener une vie ténébreuse ; ce n'est pas, comme le prétendent certains biologistes athées, restituer à la nature sa propre matière organique pour une utilisation ultérieure par d'autres êtres vivants. Pour les croyants, mourir c’est « entrer dans la vie » (Ste Thérèse de l’Enfant Jésus), c'est aller demeurer avec le Christ dans le sein du Père, partageant sa propre vie divine. Dans sa Lettre encyclique sur l'espérance (Spe salvi), le pape Benoît XVI constate que certaines personnes ne désirent pas la vie éternelle : elles semblent même en avoir peur ! Probablement parce que nous ne réussissons pas à penser à la vie définitive différemment de ce que nous connaissons ici-bas, alors qu'il s'agit d'une vie sans aucune des limitations douloureuses que nous endurons sur cette terre. La vie éternelle, dit l'Encyclique, sera une « immersion dans l'océan de l'amour infini ». En disant cela, nous ne prétendons pas avoir levé le voile du mystère, car il ne peut pas l'être. Mais l'essentiel est dit : la vie éternelle sera une pleine communion, corps et âme, avec le Christ ressuscité, dont nous partagerons la gloire et la joie.

La question de Thomas est celle du vrai disciple, soucieux de suivre et de rejoindre au plus vite son Maître. Elle permet à Jésus de nous donner cette magnifique réponse : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Désormais, Dieu ne se donne à rencontrer que sur le chemin par lequel le Christ vient à nous. Bien plus : l’expression « passer par moi » suggère qu’il est non seulement le « chemin » d’accès, mais aussi la porte qu’il faut franchir, pour accéder à la « maison du Père », terme de notre pèlerinage à sa suite. Ce qui nous renvoie à l’Evangile de dimanche passé : d’une part, le Bon Berger passe par la porte à la tête de son troupeau (Jn 10, 4) ; de l’autre il est aussi la porte des brebis, qui donne accès aux pâturages où elles pourront « aller et venir » (Jn 10, 9).

Nous retrouvons ce même balancement dans l’évangile de ce jour : pour rejoindre la demeure du Père où le Fils nous a « préparé une place », nous devons prendre le chemin qu’il ouvre devant nous. Mais la maison où nous nous rendons n’a qu’une seule porte d’accès : le Fils unique, par qui il faut aussi « passer », c'est-à-dire à qui il nous faut nous identifier en épousant sa volonté, comme lui-même communie totalement à celle de son Père, au point que Jésus peut dire : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi » ; bien plus : « Le Père et moi nous sommes Un » (Jn 10, 30). Il s’en suit tout à fait logiquement que « celui qui m’a vu a vu le Père » ; c'est-à-dire : celui qui dans la foi accueille la Parole du Fils, connaît aussi le Père dont Jésus révèle le vrai visage. Tel est l’inouï de l’Evangile : Dieu, l'invisible, l'inaccessible, l’Au-delà de tout, veut être connu, rencontré, aimé en son Verbe incarné.
Franchi ce seuil, toutes les audaces sont permises au croyant : « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi, voire de plus grandes ». Chacun d’entre nous a pour vocation de révéler un aspect de l’infinie tendresse du Père, « qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (2nd lect.) ; c’est ainsi que nous deviendrons des « pierres vivantes du Temple spirituel » édifié sur la « Pierre angulaire » : le Christ.
Comme les disciples après la Pentecôte, « approchons-nous du Seigneur Jésus » (2nd lect.) « remplis de foi et d’Esprit Saint » (1ère lect.), et devenons ce que nous sommes : « la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu », chargé d’annoncer à tous les hommes que Jésus est le vrai chemin, celui qui donne accès à la vie éternelle. Le Seigneur nous redit, à nous et à tous ceux à qui nous nous adresserons : « Je vous ai révélé cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie » (Jn 15, 11).

« Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et pour faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père ; puisque nous croyons au Christ, accorde-nous la vraie liberté, celle qui consiste à tout accueillir avec action de grâce de ta main. Devenant toujours plus transparents à ton amour, à l’image de Jésus, nous pourrons alors vivre de ta vie et être des témoins crédibles de la Bonne Nouvelle de ton amour miséricordieux pour tous les hommes nos frères. ».

Père Daleb Venceslas MPASSY

 

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Extrait de l'Homélie de Mgr Louis PORTELLA à la messe de la 26ème JMJ à kinkalae Mgr Louis PORTELLA à la messe de la 26ème JMJ à kinkala

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

 

mgr-louis-portel.jpg   Chers jeunes,

Lorsque vous jetez un regard vers l’avenir, vous vous dites :

-          Que serais-je demain ?

-          Que ferai-je demain ?

-          Comment vivrai-je demain ?

-          Dans quel monde évoluerai-je demain ?

Autant de questions qu’un jeune se pose, doit se poser en réfléchissant sur l’avenir…

Et pour cela, vous devez déjà avoir un regard lucide sur la situation actuelle de notre monde, de notre société.

 

Vous avez certainement peur de ce que vous constater…

 

-          Il a de moins en moins de l’honnêteté dans la gestion des fonds publics

-          Les examens s’obtiennent de plus en plus à coup d’argent

-          On se préoccupe de moins en moins du travail bien fait

-          C’est de plus en plus le coût de la facilité avec son cortège de méfaits comme la malhonnêteté,  la tricherie, le mensonge, le vol, …

 

Il est sûr qu’une société qui évolue ainsi court à sa perte. Et vous, jeunes, vous êtes en droit de vous poser la question : et nous, que pouvons-nous faire ?

 

La première réponse est que vous ne devez pas, vous ne pouvez pas accepter une telle situation pour notre société, car c’est l’avenir qui est compromis.

-          Il faut donc que ça change !

-          Il faut que nous bâtissions un nouveau monde où triomphent la vérité, la justice, la paix, l’amour !

Mais, pour changer le monde, il faut soi-même changer. Et il faut commencer dès maintenant à changer… « il est temps de changer ! … »

C’est ce à quoi le Christ nous invite, à la conversion, au changement de nos mentalités, de nos manières de voir et de juger, de notre manière de nous comporter, partout où nous sommes, à la maison, à l’école, au travail, à la paroisse,…

Comme le dit St Paul : (Rom 12,2)

« Ne vous modeler pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner qu’elle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plait, ce qui est parfait ».

« C’est ici que nous devons reconnaître que, pour opérer de tels changements en soi et dans le monde, vous avez besoin d’être enracinés et fondés dans le Christ, affermis dans la Foi ». (Col 2,7)

Enracinés, qu’est-ce à dire ?

Le pape, dans le message qu’il vous adresse pour aujourd’hui, cite ce passage du prophète Jérémie : « béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, le Seigneur devient son assurance. Il sera comme un arbre planté au bord des eaux, qui pousse ses racines vers le ruisseau. Il ne sent pas venir la chaleur : son feuillage est toujours vert. Une année de sécheresse ne l’inquiète pas, il ne cesse de fructifier » (Jér 17,7-8).

Cela me fait penser aussi au psaume 1 qui déclare : « heureux l’homme qui n’entre pas dans les vues des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, mais se plaît dans la Loi du Seigneur, et murmure sa loi jour et nuit. Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt…

Etre enraciné dans le Christ c’est donc lui faire totalement confiance, se remettre totalement à lui, le suivre en méditant sa parole et en la vivant, au point de déclarer avec St Paul : « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, manifesté dans le Christ » (Rom 8,39).

 

Etre fondés dans le Christ, qu’est-ce à dire ?

Là encore le pape nous propose un autre passage de (Mt 7, 24-25) : « ainsi tout homme qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut être comparé à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venues, les vents ont soufflé, ils se sont précipitées contre cette maison et elle ne s’est pas écroulée car elle était fondée sur le roc ».

 

Ceci étant, vous jeunes du Pool, aviez comme mission première la reconstruction de la région. Une reconstruction à tout les niveaux, puisqu’il y a eu destruction à tout les niveaux :

-          Matérielle (maisons individuelles, bâtiments de service public comme les écoles et les centres de santé,…)

-          Physiques (morts qui ont endeuillé tant et tant de familles)

-          Psycho morales (déchirures familiales des jeunes qui ont peur de rejoindre leurs familles, des familles qui ont du mal à vivre la réconciliation ; les orphelins ; la perte des valeurs morales ; le respect de la vie et du bien d’autrui ; …)

 

Mais le seigneur, miséricordieux, nous dit (Jér 31,3-4)

« Je t’ai aimé d’un amour d’éternité, aussi, c’est par amitié que je t’attire à moi. De nouveau, je veux te bâtir et tu seras bâtie, vierge d’Israël ».

Oui, rebâtir, reconstruire, le Seigneur veut le faire avec nous, par nous, à travers nous.

Mais,

-          on ne peut rebâtir sans réconciliation,

-          on ne peut rebâtir sans pardon,

-          on ne peut rebâtir sans conversion,

-          on ne peut rebâtir sans amour,

Ce sont ces valeurs que le Christ nous a enseignées et qu’il nous donne la force de vivre par la puissance de son Esprit. D’où l’importance pour nous d’être enracinés et fondés en lui. « Siameno, meneno mu yandi ». Amen !

 

       

 

 

 

 

 

 

 

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Homélie du dimanche 6 mars 2011

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

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Ab.-Roland-ki.jpgHomélie

 

 Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus se tourne vers ceux qui le suivent et c’est en prenant en compte leur qualité de disciples qu’il s’adresse à eux : « Ce n’est pas en me disant : ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le Royaume de Dieu mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les Cieux ». Le message est clair et sans détour : il n’est pas suffisant pour le disciple de confesser en parole que Jésus est Seigneur ; il faut aussi le confesser en acte. Toutefois, il ne faudrait pas croire que Jésus s'adresse seulement dans ce verset à ceux « qui disent et ne font pas ». En effet, ceux que notre Seigneur reprend ont fait beaucoup de miracles, ont chassé beaucoup de démons, qui plus est en son nom. Ils ont beaucoup fait mais ont peut-être trop peu laissé le Christ agir en eux. Voilà le problème que Jésus pointe ici du doigt. Il l'explicite d'ailleurs dans le verset qui suit : « Quiconque écoute ces paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc ». Jésus insiste sur le fait que les actes que nous posons doivent être le fruit de l'écoute de ses paroles. Le disciple véritable écoute les paroles de Jésus. Ainsi faisant, il accueille le Verbe fait chair et le laisse porter en lui et autour de lui les fruits qu’il désire. Il garde ses paroles. Il garde la Parole, la conserve et la repasse sans cesse dans son cœur pour ne point faillir envers elle. Etabli dans une telle écoute, il est alors emporté par le dynamisme et la force de cette Parole. Cette dernière dispose en effet d’une efficacité qui lui est intrinsèque. Elle conduit nécessairement à l’action car elle fait ce qu’elle dit et dit ce qu’elle fait. Mais, précisément, c’est elle qui conduit. Autrement dit, le disciple n’étouffe pas la performativité de la Parole. Il la reçoit et se laisse transformer et mouvoir par elle. En aucun cas, il ne se l’approprie et en use à son gré. Le disciple véritable s’est tellement laissé pénétrer par la Parole du Verbe, qu’il a écoutée si attentivement et ruminée si patiemment, que désormais c’est elle qui vit en lui, en chacune de ses paroles, mais aussi en chacun de ces gestes. Avec saint Paul, il peut s’écrier : « Ce n’est plus moi qui vit c’est le Christ qui vit en moi ». De sa rencontre avec Jésus, de la contemplation de son visage et de l’écoute de ses paroles, il a senti monter en lui une vigueur missionnaire qui l’a engagé sur le chemin du témoignage courageux au cœur du monde. Le roc qui donne stabilité à la vie du chrétien, c’est le Christ. « Ma forteresse et mon roc c’est toi » avons-nous chanté avec le psalmiste. Si la maison de l’homme sage de la parabole demeure inébranlable c’est uniquement parce que le Seigneur lui-même est « le Rocher qui l’abrite, la maison fortifiée qui le sauve » (Ps 30). La parabole de Jésus nous enseigne ce que signifie fonder sa vie sur le Christ : c’est écouter sa Parole qui ne passe pas et surtout la laisser agir en nous pour qu’elle nous conduise à poser des actes en conformité avec elle et non pas avec ce que nous inspire spontanément notre humanité blessée par le péché. Le Seigneur, s’il a toujours l’initiative, ne fait pas tout à notre place. Nous avons aussi notre part. Elle consiste à consentir à l’œuvre en nous de la Parole qui, tel un glaive à double tranchant, vient tailler le cep de notre humanité pour lui ôter ses branches mortes. Ecouter ainsi la Parole c’est lui obéir. Nous comprenons aussi qu’il ne s’agit pas ici d’une obéissance formelle mais d’une obéissance qui manifeste notre attachement à celui qui prononce cette Parole et qui à travers elle nous fait le don de sa Loi de vie (cf. 1ère lect.). Cette obéissance qui naît de l’écoute de la Parole et nous conduit à nous attacher à Celui qui en est l'auteur est l'expression de la foi véritable, la foi vivante de la charité, la seule qui puisse nous sauver. Dans la deuxième lecture, Paul nous rappelle que « Dieu a manifesté sa justice qui nous sauve » ; et cette justice de Dieu est donnée gratuitement à tous ceux qui mettent leur foi en Jésus Christ, et accueillent avec gratitude le fruit de la Rédemption qu’il a accomplie par l’offrande de son sang pour le pardon des péchés (cf. 2e lect.). Construire notre vie dans la foi sur le Roc du Christ résonne ainsi d’une harmonique nouvelle. Il s’agit de référer chacune de nos pensées, de nos paroles et de nos actions à l’événement du salut accompli en Celui qui a pris chair de notre chair et qui en épousant notre humanité jusque dans sa mort, nous offre la bénédiction de sa présence à chaque instant. « Seigneur, aide-nous à chercher toujours plus à vivre dans la proximité de ta présence pour nous mettre à ton écoute et nous laisser conduire par toi par delà la grisaille de notre quotidien. Que ta Parole vienne au plus profond de nous-mêmes couper ce qui ne lui est pas ajusté. Alors, nous serons de vrais disciples qui ne se contentent pas d’appeler extérieurement « Seigneur, Seigneur » mais qui de l’intérieur se laisse habiter et conduire par toi dans un engagement renouvelé au cœur de ce monde. »

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Homélie du 11e dimanche du Temps Ordinaire

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

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dimanche 13 juin 2010

  11e dimanche du Temps Ordinaire  

 

2 S 12, 7-10.13
Après le péché de David, le prophète Natan vint le trouver et lui dit : « Ainsi parle le Seigneur Dieu d'Israël : Je t'ai sacré roi d'Israël, je t'ai sauvé de la main de Saül, puis je t'ai donné la maison de ton maître, je t'ai donné les épouses du roi ; je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda et, si ce n'est pas encore assez, j'y ajouterai tout ce que tu voudras.
« Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l'épée Ourias le Hittite ; sa femme, tu l'as prise pour femme ; lui, tu l'as fait périr par l'épée des fils d'Ammon. Désormais, l'épée ne cessera plus de frapper ta maison, pour te punir, parce que tu m'as méprisé et que tu as pris la femme d'Ourias le Hittite pour qu'elle devienne ta femme. »
David dit à Nathan : « J'ai péché contre le Seigneur ! » Nathan lui répondit :

 « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas. »

Ps 31 (32), 1-2, 5abcd, 5ef.7, 10bc-11
Heureux l'homme dont la faute est enlevée,
et le péché remis !
Heureux l'homme dont le Seigneur ne retient pas l'offense,
dont l'esprit est sans fraude !

Je t'ai fait connaître ma faute,
je n'ai pas caché mes torts.
J'ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur
en confessant mes péchés. »

Et toi, tu as enlevé l'offense de ma faute.
Tu es un refuge pour moi,
mon abri dans la détresse ;
de chants de délivrance, tu m'as entouré.

L'amour du Seigneur entourera
ceux qui comptent sur lui.
Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes !
Hommes droits, chantez votre allégresse !

Ga 2, 16.19-21
Frères, nous le savons bien, ce n’est pas en observant la loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse,car personne ne devient juste en pratiquant la Loi.
Grâce à la Loi (qui a fait mourir le Christ) j'ai cessé de vivre pour la Loi afin de vivre pour Dieu. Avec le Christ, je suis fixé à la croix : je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi. Ma vie aujourd'hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi. Il n'est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c'était par la Loi qu'on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien.

Lc 7, 36-50 ; 8, 1-3
Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.
Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse. »
Jésus prit la parole : « Simon, j'ai quelque chose à te dire. - Parle, Maître. » Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ni l'un ni l'autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera davantage ? » Simon répondit : « C'est celui à qui il a remis davantage, il me semble. — Tu as raison », lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n'a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu ne m'as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m'a versé un parfum précieux sur les pieds. Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour. »
Puis il s'adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t'a sauvée. Va en paix ! »
Ensuite Jésus passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient, ainsi que des femmes qu'il avait délivrées d'esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons), Jeanne, femme de Kouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources.

Homélie

Avec l’évangile de la pécheresse pardonnée que la liturgie de ce dimanche propose à notre méditation nous restons dans la continuité de la solennité du Sacré-Cœur que nous venons de fêter. Les textes de ce jour nous invitent à contempler encore l’amour infini du Seigneur pour chacun de nous, un amour qui au contact des pécheurs que nous sommes se dit sous le mode de la miséricorde.

Dans l’évangile, nous entendons ces paroles pour le moins énigmatiques de Jésus au sujet de cette femme pécheresse qui vient de briser un vase de parfum sur ses pieds, les essuyant avec ses cheveux et les couvrant de baisers : « Si ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »
La première phrase de l’assertion de Jésus semble, en effet, en contradiction avec la seconde. D’un côté, l’amour obtient le pardon des péchés. De l’autre, Jésus nous dit que l’on ne peut aimer vraiment tant que l’on n’a pas expérimenté pour soi le pardon et que la mesure de cet amour est celle du pardon reçu. Autrement dit, d’un côté, l’amour apparaît comme premier par rapport au pardon. De l’autre, c’est l’inverse.
Dès lors, qu’est-ce qui est premier ? L’amour ou l’expérience d’être pardonné ? Mais peut-être que poser la question en ces termes n’éclaire en rien les propos de Jésus… Pour entrer davantage dans leur compréhension, peut-être faut-il, comme Simon, se laisser conduire au rythme de la parabole que Jésus lui raconte.

Celui à qui le Maître a le plus remis est celui qui lui montre le plus d’amour. Cependant, le présupposé de cette parabole, que l’on aurait peut-être trop tendance à laisser dans l’ombre, est que pour être pardonné, il faut que l’on reconnaisse que l’on a péché et donc que l’on a besoin du pardon de Dieu, pardon divin qui nous précède toujours. Ce fut l’expérience de David après qu’il eût fait tuer Ourie le Hittite pour prendre sa femme (cf. 1ère lecture).
Faire l’expérience du pardon divin implique donc que l’on ait reconnu, accepté et offert sa pauvreté au Seigneur. En effet, celui qui est riche de lui-même n’a pas besoin de pardon ; parce qu’il n’en voit pas l’utilité. Du coup, comment pourrait-il exprimer de l’amour vis à vis de celui dont il pense ne rien avoir à recevoir ? N’est-ce pas là finalement la difficulté de Simon le pharisien ? Sa confiance un peu trop présomptueuse en sa justice et sa vertu, qui apparaît dans le jugement qu’il porte sur cette « pécheresse », ne l’empêche-t-elle pas d’accueillir ce que Jésus désirait lui donner en venant chez lui ?

Pour consentir à recevoir le don de la miséricorde divine, il faut un cœur déjà rendu disponible et purifié par l’humilité. C’est par ses pieds que Jésus se laisse approcher dans son humanité et sa dépendance. A son humilité s’accorde celle de la femme qui baigne de ses larmes ses pieds et les essuie de ses cheveux. A l’inverse de Simon qui reste à distance en posant une sorte d’examen intellectuel critique sur les personnes et le déroulement des événements, la femme, quant à elle, n’hésite pas à risquer le contact avec Jésus parce qu’elle sait avoir besoin de la miséricorde du Seigneur et qu’elle est sûre dans la foi de l’obtenir.

L’accueil d’un tel amour gratuit pousse le pécheur pardonné à y répondre en aimant plus encore. Mais le pécheur pardonné est toujours conscient que son amour en retour est celui-là même qui lui vient de Dieu et qui lui a été donné de façon suréminente lorsqu’il a fait l’expérience de sa miséricorde.

La gratuité de l’amour de Dieu s’exprime encore dans le fait que son pardon ne se contente pas d’effacer notre péché. Il opère en nous bien davantage. Il nous arrache à nos enfermements, nous libère de nos chaînes, et nous propulse vers un nouvel avenir : « va ! » Jésus ne met pas la main sur nous. Il nous invite à aller notre chemin n’exigeant rien en retour si ce n’est que nous marchions dans la fidélité à la grâce reçue. Voilà pourquoi, à la grâce de la rémission de nos péchés, il ajoute celle de faire le bien : " Va en paix " (c'est-à-dire dans la justice). Car si le péché est la guerre entre Dieu et l'homme, la justice est la paix de l'homme avec Dieu. « Va en paix » pourrait aussi très bien se lire : « Fais tout ce qui peut te conduire à la paix de Dieu. »

« Seigneur, fais-nous la grâce de pouvoir entrer dans les gestes d’humilité et les soins de repentir que cette femme pécheresse t’a prodigués. Qu’ainsi rendus disponibles à l’accueil de ta miséricorde divine, nous puissions la recevoir dans l’action de grâce en t’aimant toujours davantage à cause de la gratuité de ton pardon. Et qu’avec saint Paul nous puissions proclamer : ‘Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.’ (cf. 2ème lecture) »

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LE CARDINAL MALULA: d’une Eglise missionnaire à une Eglise africaine.

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

LE CARDINAL MALULA: d’une Eglise missionnaire à une Eglise africaine.

Depuis l’ouverture de l’Année Malula, plusieurs manifestations et conférences ont eu lieu pour « honorer ce Père de l'Eglise d'Afrique en général et du Congo » (Mgr Monsengwo à l’ouverture de l’année Malula à la paroisse Christ Roi de Kasa-Vubu de Kinshasa).
Dans ce cadre, nous publions la conférence que le p. Tonino Falaguasta a tenue à Kingabwa.


LE CARDINAL MALULA :
d’une Eglise missionnaire à une Eglise africaine


Introduction

Dimanche, 20 septembre 2009, l’archevêque de Kinshasa a ouvert l’année pastorale 2009-2010 à la paroisse du Christ Roi et il a proclamé cette année un temps de mémoire du Cardinal Joseph Albert Malula.
En effet il y a 50 ans exactement Malula était sacré évêque au stade Tata Raphaël, et il y a 20 ans, le 14 juin 1989, il nous a quitté à Louvain en Belgique.
Mais le Cardinal Malula a un lien particulier avec l’Eglise de Kinshasa. A juste titre, son successeur disait : « Le Cardinal Malula est un des fondateurs de notre archidiocèse de Kinshasa… Il a tellement imprégné l’archidiocèse de Kinshasa qu’on ne peut parler de l’un sans évoquer l’autre. L’Evêque s’est identifié à son Eglise. Il avait épousé son Diocèse, comme le Christ s’est uni à son Eglise » (OCCM, vol.1, page 7).
Personne ne pouvait s’étonner alors si le Cardinal Frédéric Etsou, le 25 juin 1997, l’a proclamé « Père de l’Eglise de Kinshasa ». « O vénéré Cardinal Malula – ce sont ses paroles, - vous avez été un fondateur d’Eglise… Vous avez été un homme de foi et vous avez su susciter la foi de tout un peuple. Donnez-nous de vous rester fidèles en communiant avec vous au souffle de l’Esprit qui vous a inspiré. Confiant dans ce même Esprit, moi, Frédéric Cardinal Etsou Nzabi Bamungwabi, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint Siège, Archevêque de Kinshasa, je vous proclame ‘Père de l’Eglise de Kinshasa’… Restez vivant parmi nous».
Connaître la vie et l’enseignement du Cardinal Malula devient donc pour tout chrétien de Kinshasa une obligation.

Repères biographiques
Joseph Albert Malula est né à Kinshasa le 17 janvier 1917, cinquième d’une famille de huit enfants. Son père, originaire du Kasaï, s’appelait Remacle Ngalula et sa mère, originaire de l’Equateur, s’appelait Joanne Bolumbu. En ce temps-là, on favorisait le mariage entre chrétiens. Ce qui donnait lieu souvent à des couples mixtes, c’est-à-dire, à des foyers qui étaient formés par des personnes provenant d’ethnies différentes. La famille Ngalula s’établit à Léopoldville dans la zone de Barumbu, au n° 64 de la rue Mbomu.
Le petit Joseph fut envoyé à l’école primaire à la paroisse Saint Anne en 1924. Et c’est là qu’il rencontra le célèbre missionnaire de Scheut, le père Raphaël de la Kethulle de Ryhove (1890-1956), que tout le monde connaissait comme « Tata Raphaël ». Tata Raphaël était un formidable éducateur, non seulement à travers l’école, mais aussi à travers le sport. C’est lui qui a construit le stade « Reine Astrid », inauguré en 1937 (= actuel Stade Cardinal Malula) et le stade « Roi Baudouin », inauguré en 1952 (= actuel stade Tata Raphaël).
Tata Raphaël comprit immédiatement que le petit Joseph pouvait aller loin. En 1930, il l’envoya au Petit Séminaire de Mbata Kiela, dans le Bas-Congo. En 1934, Malula passa au Séminaire de Bolongo, près de Lisala. En 1937, il entra au Grand Séminaire « Christ Roi » de Kabwe (Vicariat de Luluabourg, actuel Kananga). Il y passa trois ans dans l’initiation à la philosophie et cinq ans pour la théologie.
En 1944, Malula fut envoyé pour le stage au Petit Séminaire de Bokoro.
Et finalement en 1946, le 9 juin, Malula fut ordonné prêtre à Kinshasa dans le stade « Reine Astrid », par Mgr. Georges Six. Après la Messe d’ordination, les parents de l’abbé Joseph Albert, se présentèrent devant lui pour recevoir la bénédiction. Mais il y avait une autre personne qui voulait une bénédiction toute spéciale de l’abbé Malula : Tata Raphaël. Il s’agenouilla devant lui et demanda une prière particulière. Tata Raphaël n’était pas comme beaucoup d’autres missionnaires, il voulait, à travers toutes ses initiatives, que les frères Congolais deviennent les responsables de leur pays et de leur Eglise.
L’abbé Malula a manifesté ses sentiments de jeune prêtre en écrivant à des amis ces propos : « Le Seigneur m’a fait une grande grâce. Il m’a choisi parmi tant d’autres pour devenir prêtre. Prêtre pour l’éternité : c’est un honneur, mais surtout une immense responsabilité. Parce que le Bon Dieu a mis le salut de beaucoup d’âmes entre mes mains. J’espère qu’aucune d’entre elles ne se perdra par ma faute » (OCCM, vol. 2, page 14).
L’abbé Malula fut envoyé à Bokoro (dans le Maï-Ndombe), comme professeur dans le Petit Séminaire. Quelques mois après, son Evêque le nomma vicaire à la paroisse Saint Pierre à Léopoldville, puis en 1951 il passa, toujours comme vicaire, à celle du Christ Roi, dont il devint le curé en 1954. Il avait sous sa direction trois jeunes Pères Scheutistes belges. Ce qui constituait une rareté: un congolais supérieur de confrères belges! Puis en 1959 il passa comme curé à la paroisse Saint Pierre, la plus importante de la capitale. « Prêtre noir à la soutane blanche » ainsi était-il appelé partout. Il a été le premier prêtre congolais à exercer la charge de « curé » à Léopoldville, au grand étonnement de certains. La nouvelle de sa nomination en effet s’était répandue comme une traînée de poudre à travers tout le « Congo Belge », en ce temps-là encore un bastion belge de l’Eglise Missionnaire et coloniale. Et les réactions ne furent pas toutes positives, que ce soit à l’égard de l’abbé Malula ou de son Evêque, Mgr. Félix Scalais.

Evêque d’une Eglise missionnaire
L’année 1959 a été pour le Congo une année cruciale. Le vent de l’indépendance soufflait avec force. Les Congolais, surtout les intellectuels, soutenaient la nécessité de faire une analyse concrète de la situation sociale et politique de la société congolaise. Et l’abbé Malula devint petit à petit une des chevilles pensantes du Congo. En effet il fallait se rendre compte du déracinement culturel, produit par la colonisation et il fallait que l’Eglise missionnaire prenne ses distances par rapport au pouvoir colonial. Tout cela aboutit à la publication du « Manifeste », paru sur un journal « Conscience Africaine » que l’abbé Malula éditait ensemble avec quelques intellectuels de la L.E.C. (= Ligue des Evolués Chrétiens), le 30 juin 1956.
Ce « Manifeste » eut un retentissement très vaste et contribua à préparer les esprits à l’indépendance du pays. Deux ans plus tard, en 1958, l’abbé Malula fut invité à donner une conférence, dans le cadre de l’Exposition Internationale de Bruxelles. Cette conférence a pour titre « L’âme de l’Afrique noire ». Il y parle de l’ouverture de la culture africaine aux valeurs évangéliques et de la nécessité d’accorder l’indépendance aux pays africains dans un bref délai. Il vaut mieux donner l’indépendance « un quart d’heure plus tôt qu’un quart d’heure après », selon ses propos. En effet un certain Jef Van Bilsen, à l’occasion du cinquantenaire de l’annexion du Congo à la Belgique (1909-1959), proposait d’accorder l’indépendance au Congo dans un délai de 25/30 ans (Joseph Mbungu, L’Indépendance du Congo Belge et l’avènement de Lumumba, L’Harmattan, 2008, page 64).
Après d’âpres discussions et de multiples atermoiements d’un côté et de l’autre, au Congo et en Belgique, et constatant que le climat de violence ne faisait que grandir, on se mit d’accord pour la date du 30 juin 1960.
Et l’Eglise ?
Le 4 janvier 1959, une révolte éclata dans la capitale. Elle sera étouffée dans le sang. On parle de 50 morts, mais certaines sources avancent le chiffre de 200 à 300 morts et de 2000 blessés. Le régime politique colonial comprit qu’il tendait vers sa fin et qu’il fallait se préparer à céder le pouvoir aux Congolais.
L’Eglise par contre sembla ignorer le tournant de l’histoire qui se préparait. A ce temps-là, il y avait 39 Vicariats Apostoliques au Congo. Seulement deux Pasteurs ont compris la nécessité de s’associer des Evêques Congolais pour donner un visage africain à l’Eglise, Mgr. Bernard Mels (de Luluabourg, actuel Kananga) et Mgr. Félix Scalais, de Léopoldville. Monseigneur Scalais entreprit, le 26 janvier 1959, une démarche officielle auprès du Saint Siège, pour avoir un prêtre congolais, en l’occurrence l’abbé Malula, comme son adjoint. Mais la réponse tardait à venir. Il en est étonné et il écrit à un compatriote missionnaire: «Qu’à Rome on veuille montrer qu’on n’a pas peur en retardant la nomination de l’Auxiliaire, je le comprends ; mais il ne faudrait pas qu’on arrive après la nomination de Noirs à de hautes responsabilités civiles, sinon l’Eglise aura l’air d’être à la remorque de l’Etat. Ce sera dommage » (voir Mpisi Jean, Le Cardinal Malula et Jean Paul II, L’Harmattan, 2005, page 68). Ce sera malheureusement le cas.
Mgr. Scalais était disposé même à céder sa place et à devenir Auxiliaire d’un Evêque congolais (voir Olivier Bernard, o.p., Chroniques congolaises, 2000, page 162).
Finalement le 2 juillet 1959, Mgr. Malula a été nommé, par le Pape Jean XXIII, Vicaire Apostolique Auxiliaire de Léopoldville et son sacre épiscopal aura lieu au stade Roi Baudouin le 20 septembre de la même année. Mgr. Malula manifesta sa joie pour cette nomination, parce qu’il y voyait le bien de l’Eglise. « Hier vous considériez l’Eglise Catholique – écrit-il – comme un article d’importation, l’Eglise des Blancs. Aujourd’hui, plus d’équivoque possible, l’évidence des faits crève les yeux. Le Saint Siège vient de donner une preuve authentique de l’universalité de l’Eglise Catholique. Par l’africanisation de ses cadres, l’Eglise Catholique reflète maintenant, aux yeux de tous, une figure authentiquement africaine » (OCCM, vol.2, page 46).
Le nouvel Evêque choisit son programme de vie au service de l’Eglise congolaise et il l’exprima dans une frase lapidaire : « Une Eglise Congolaise dans un Etat Congolais ».

Vers une théologie africaine
Deux faits importants se présentent à ce temps-là dans l’histoire de l’Eglise et de l’Eglise africaine en particulier : le Concile Vatican II et le ministère du Pape Paul VI. Nous ne pouvons pas comprendre l’action pastorale de Mgr. Malula sans analyser en profondeur ces deux faits importants.
C’est en clôturant la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens, le 25 janvier 1959, que le Pape Jean XXIII révèle son intention d’organiser un Concile pour l’Eglise Universelle. Le 29 juin de la même année, le Souverain Pontife, dans l’encyclique Ad Petri cathedram, donne les orientations du Concile qui s’appellera Vatican II : « Le but principal du Concile consistera à promouvoir le développement de la foi catholique, le renouveau moral de la vie chrétienne des fidèles, l’adaptation de la discipline ecclésiastique aux besoins et méthodes de notre temps ». Jean XXIII donc déjà au temps de la préparation du Concile parle d’adaptation ou « aggiornamento » de l’Eglise. Cet «aggiornamento» de l’Eglise consisterait dans l’ouverture au monde et le dialogue avec lui, dans le refus de prononcer des condamnations, dans le rapprochement avec les frères séparés (= chrétiens d’autres Eglises), dans le dialogue avec les non chrétiens, dans le lien entre pastorale et doctrine, etc. Toutes ces idées, dans la tête de Mgr. Malula commencèrent à produire des effets sérieux et profonds en vue d’une africanisation de l’Eglise Congolaise. Du reste Mgr. Malula a été un des rares africains à participer même à la préparation du Concile, dans la Commission Liturgique.
Après l’indépendance du Congo et en vue du Concile, l’épiscopat du Congo s’était finalement réuni en Assemblée Plénière du 20 novembre au 2 décembre 1961. Sur les 37 évêques, 8 étaient Congolais. Le résultat de la réflexion des Evêques mérite d’être ici souligné. Avant tout parce que les Pasteurs reconnaissaient que « de très nombreux fidèles n’ont pas encore réalisé une synthèse vivante de leurs convictions religieuses et de leurs aspirations d’Africains… Ils cèdent, en assez grand nombre, à l’attrait des traditions païennes, des sectes religieuses ou d’idéologies, tel que le communisme » (voir Jean Mpisi, page 86).
Quel est le remède à cette situation désastreuse du Christianisme, qui est comme une reconnaissance de faillite de l’Eglise missionnaire?
Et voici des suggestions, selon les Evêques. Le Christianisme doit abandonner son image de religion occidentale. Les dogmes, basés sur le rationalisme, doivent plutôt être exprimés par des symboles, des tournures proverbiales, par des exemples de vie, etc. Le Catholicisme doit être adapté, inséré dans la société, grâce surtout à des prêtres et des laïcs congolais.
Les Evêques ont le courage de dire ouvertement, encore en 1961 : « Culte, liturgie, prédication et organisation, architecture et art religieux, vie monastique et manifestations sociales de la vie religieuse doivent trouver leur formule pour que le Christianisme s’intègre à la culture et offre au peuple congolais un visage familier… » (Ibidem, page 88). Les suggestions et les aspirations des Pasteurs de l’Eglise congolaise sont portées au Concile. Une vingtaine d’Evêques y participe régulièrement. Et Mgr. Malula se révèle comme un des acteurs-révélation de cette assemblée, selon Giuseppe Alberigo (un des historiens le plus important du Concile Vatican II).
Finalement les vœux des Pasteurs africains sont assumés par le Concile même. Je ne cite que le Décret Ad Gentes, §22 : « Certes, à l’instar de l’économie de l’Incarnation, les jeunes Eglises enracinées dans le Christ et construites sur le fondement des Apôtres, assument pour un merveilleux échange toutes les richesses des nations qui ont été données au Christ en héritage ».
Deuxième fait important : le ministère de Paul VI.
Le 7 juillet 1964, le Pape Paul VI nomma Mgr. Malula à la tête de l’Archidiocèse de Léopoldville. Le nouvel Archevêque s’adressa à tous les fidèles pour les inviter à construire avec lui l’Eglise au visage africain : « Nous avons tous une œuvre commune à réaliser : celle de continuer la mission rédemptrice commencée par Jésus Christ Notre Seigneur. Dans cette œuvre commune, j’ai besoin de vous comme vous avez besoin de moi » (OCCM, vol. 2, page 51).
Paul VI, dans son ministère et en choisissant des pasteurs adéquats, continua l’œuvre du Concile et encouragea les Chrétiens africains à rendre vivante la rencontre du Christianisme avec la tradition africaine. Dans le message Africae terrarum du 29 octobre 1967 il dit notamment : « Beaucoup de coutumes et de rites, jadis considérés comme simplement étranges et rudimentaires, apparaissent aujourd’hui à l’ethnologue comme parties intégrantes de systèmes sociaux particuliers, qui valent d’être étudiés et qui s’imposent au respect ». Le 27 juillet 1969, à Kampala en Ouganda, Paul VI prononça les célèbres paroles : « Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires… Vous devez poursuivre la construction de l’Eglise sur ce continent… Une question qui demeure très vive et suscite beaucoup de discussions se présente à votre œuvre évangélisatrice, celle de l’adaptation de l’Evangile, de l’Eglise, à la culture africaine… L’expression,… la façon de manifester l’unique foi peut être multiple et par conséquent originale, conforme à la langue, au style, au tempérament, au génie, à la culture de qui professe cette unique foi ».
Désormais le Cardinal Malula, élevé à la dignité cardinalice le 28 avril 1969, peut se lancer dans l’œuvre immense de la transformation de l’Eglise Congolaise, d’une Eglise missionnaire à une Eglise au visage africain.

La question de la théologie africaine
Cette question a été posée pour la première fois juste après l’indépendance du pays, à la faculté théologique de l’Université Lovanium de Léopoldville, le 29 janvier 1960, lors d’un débat auquel participait le chanoine Alfred Vanneste, doyen de la Faculté et professeur de Dogmatique. A cette occasion un étudiant, l’abbé Tharcisse Tshibangu (futur Evêque auxiliaire de Kinshasa), envisagea la possibilité d’une théologie africaine. Le chanoine Vanneste s’y opposa, étant plutôt partisan de la théologie catholique universelle. En 1968, du 22 au 27 juillet, la IV Semaine théologique de Kinshasa se pencha sur l’élaboration d’une théologie africaine. D’un côté il y avait toujours le chanoine Alfred Vanneste et de l’autre l’abbé Vincent Mulago. Mulago dira : « En Afrique, l’Eglise sera africaine et la Théologie y sera africaine ». Même le Cardinal Malula interviendra dans le débat pour affirmer que l’intelligence africaine avait le droit de faire une théologie scientifique authentique. Mais comment l’appliquer à l’Eglise, si nous voulons une Eglise au visage africain ?
- Une Eglise implantée en Afrique ? Non. Cela suppose que l’Eglise africaine soit une succursale d’une Eglise étrangère.
- Une Eglise adaptée ? Non plus. Il ne faut pas préparer à la sauce africaine un produit fabriqué ailleurs.
- Une Eglise incarnée en Afrique ? Oui. On prendrait un Christianisme construit par Jésus et ses Apôtres pour l’enraciner en Afrique.
Jean Mpisi ainsi décrit ce processus : « Parler d’un Eglise inculturée en Afrique reviendrait à dire que l’on veut recréer, fonder la religion de Jésus Christ en Afrique, avec les présupposés épistémologiques et philosophiques de la civilisation africaine. On aboutirait à une véritable Eglise Africaine, avec une théologie africaine propre » (Ibidem, pages 253-254).
Le mouvement de l’africanisation de l’Eglise en Afrique, nous l’avons vu, est encouragé par Paul VI. Jean Paul II aussi. Jean Paul II, lors de sa visite au Zaïre en 1980, s’est exprimé clairement : « Je sais l’attachement d’un grand nombre de Zaïrois à la foi chrétienne et à l’Eglise Catholique, grâce à une évangélisation que je viens célébrer avec vous, chers amis. Elle a porté des fruits abondants. Des prêtres, des religieuses, des Evêques, un Cardinal, sont issus du peuple zaïrois pour animer avec leurs frères, cette Eglise locale et lui donner son vrai visage, pleinement africain et pleinement chrétien, en lien avec l’Eglise universelle que je représente parmi vous » (Ibidem, page 306). Si Jean Paul II se dit favorable à l’œuvre d’inculturation du Christianisme en Afrique, il aime aussi y mettre des jalons, des indications précises et des limites.
Dans l’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi au n. 20, de 1975, Paul VI avait déjà dit : « L’un des aspects de cette évangélisation est l’inculturation de l’Evangile, l’africanisation de l’Eglise… L’Evangile, certes, ne s’identifie pas avec les cultures, il les transcende toutes. Mais le Règne que l’Evangile annonce est vécu par des hommes profondément liés à une culture ; la construction du Royaume ne peut pas se dispenser d’emprunter des éléments des cultures humaines ». Mais jusqu’à quel point ? Peut-on isoler le Christianisme de la culture dans laquelle il a été exprimé ?
Le théologien Vincent Mulago invitait les confrères africains à prendre la religion du Christ dans sa nudité pour la refaire vivre en Afrique. A ce propos, il convient de rappeler ce que Paul VI a dit aux délégués du SCEAM en septembre 1975 :
a) Lorsqu’il est question de la foi chrétienne, il faut s’en tenir au patrimoine identique, essentiel, constitutionnel de la même doctrine du Christ, professée par la tradition authentique et autorisée par l’unique et véritable Eglise.
b) Il importe de se livrer à une investigation approfondie des traditions culturelles des diverses populations, et des données philosophiques qui les sous-tendent, pour y déceler les éléments qui ne sont pas en contradiction avec la religion chrétienne et les apports susceptibles d’enrichir la réflexion théologique ».
A cela, il faut aussi ajouter ce que Jean Paul II retient important, en exprimant ainsi la pensée de l’Eglise, quand il s’est adressé aux 56 Evêques du Zaïre, le 3 mai 1980 : «Moi-même, l’an dernier, dans l’exhortation sur la catéchèse, j’attirais l’attention sur le fait que le Message évangélique n’est pas isolable purement et simplement de la culture biblique où il s’est d’abord inséré, ni même, sans déperditions graves, des cultures où il s’est exprimé au long des siècles ».

Le visage africain de l’Eglise de Kinshasa
Archevêque de Kinshasa en 1964, et Cardinal cinq ans plus tard, Malula s’est attelé avec toutes ses forces à faire de l’Eglise de Kinshasa une Eglise africaine, tout en étant, selon les enseignements de Paul VI et de Jean Paul II, fidèle à la tradition de l’Eglise Catholique et en gardant les limites à l’inculturation que les Souverains Pontifes, dans la fidélité à la tradition, avaient rappelés.

1. La Liturgie d’abord.
Déjà en 1953, lors d’un voyage à Bruges (Belgique), assistant à la procession du Saint Sang, Malula rêva d’une Liturgie africaine. Evêque et Cardinal, Malula se mit immédiatement à l’oeuvre pour réaliser une liturgie africaine. En 1969, le Comité permanent de la Conférence Episcopale du Congo demanda à une commission spécialement nommée de préparer un rite liturgique adapté. En 1973, le responsable de cette Commission, le p. Laurent Mpongo, présenta le projet du « Rite zaïrois de la célébration eucharistique ». Selon les Evêques ce rite garde : la fidélité aux valeurs évangéliques, la fidélité à la nature essentielle de l’Eglise Catholique et la fidélité à l’héritage religieux et culturel du Zaïre.
Le rite zaïrois reçut l’approbation du Saint Siège le 30 juin 1988 sous le titre de « Missel romain pour les diocèses du Zaïre ». Avec un brin de satisfaction, le Cardinal Malula pouvait s’exclamer : « En 1953 j’ai rêvé d’une liturgie africaine. Aujourd’hui ce rêve est devenu une réalité!».

2. Les CEVB (Communautés ecclésiales vivantes de base).
L’expérience du Concile et les échanges avec les autres Evêques, surtout avec ceux en provenance de l’Amérique du Sud, poussèrent le Cardinal Malula vers une transformation radicale de la présence chrétienne dans la Capitale. Kinshasa avait déjà dépassé le million et demi d’habitants. Les paroisses étaient entre trente et quarante. Il fallait trouver une solution, qui soit en ligne avec la nouvelle vision de l’Eglise donnée par le Concile Vatican II et les réalités pastorales d’une grande ville comme Kinshasa. L’Archevêque a fait ces réflexions à propos de la situation de son diocèse : « Les mutations profondes de la société mondiale marquent aussi et de plus en plus notre société africaine… Notre Eglise locale de Kinshasa est directement et logiquement impliquée dans les remous de notre société… Le Concile Vatican II présente une vision rénovée de l’ecclésiologie… : une Eglise peuple de Dieu, communion des croyants en Jésus Christ, où chacun est appelé par son baptême à prendre en communauté les responsabilités de la vie et de la croissance du corps tout entier. Il s’ensuit une pastorale de communion, de communautés » (OCCM, vol.3, page 62-63).
Devant le manque d’âme et d’engagement des fidèles, causé par un sentiment d’anonymat dans les grandes paroisses traditionnelles, Malula prit l’initiative de faire éclater ces grandes paroisses en de petites communautés, où les gens se connaissaient, où tout le monde était prêt à se prendre mutuellement en charge. C’était aussi la mise en pratique des Options Pastorales de 1970 et c’était finalement la naissance des CEV, devenues un peu plus tard CEVB.
Le Cardinal Malula lui-même donna la motivation de ce changement radical en ces termes : « Le principe fondamental des petites communautés chrétiennes est de chercher à travailler ensemble, prêtres et laïcs, en se partageant les différentes responsabilités, chacun selon sa vocation, pour porter d’une manière plus actuelle le message du Christ en plein dans la vie des gens, là où ils sont, spécifiquement ici dans leurs quartiers de résidence » (OCCM, vol.3, page 68).

3. La place des laïcs
La VIII semaine théologique de Kinshasa de 1973 avait choisi comme thème : « Les Ministères laïcs dans l’Eglise ». Le Cardinal Malula y participa activement et en tira les conséquences pour son Diocèse. « Pendant cette semaine – écrit-il – nous avons entendu dire à plusieurs reprises : au cours des siècles, le clergé a monopolisé plusieurs services dans l’Eglise, qui ne lui était nullement réservés. Dans l’œuvre de l’évangélisation du Monde que le Christ a confiée à son Eglise, nous devons travailler avec les laïcs dans une réelle co-responsabilité, tant au niveau de l’exécution qu’au niveau de la conception ». Et finalement, après mûre réflexion, le Cardinal Malula lança les « Bakambi ba paroisse ».
En prononçant l’allocution des vœux du Nouvel An 1975, il pouvait dire : « L’année que nous venons d’inaugurer, nous la mettons sous le signes des laïcs chrétiens… Si Dieu nous prête vie, ce mois-ci nous confierons 8 paroisses aux mains des laïcs engagés (= bakambi) pour qu’ils implantent la foi en Jésus Christ dans le cœur de leurs frères » (OCCM, vol.2, page 287). Mais l’institution des bakambi, en donnant de l’importance aux laïcs au sein des communautés chrétiennes, a soulevé aussi des vagues de critiques et de protestations. Le Cardinal Malula ne s’en est pas étonné et il a fait ce commentaire: «Quant à nous, une chose est certaine : toute l’Eglise, peuple de Dieu est responsable de l’évangélisation… C’est l’Esprit Créateur qui ouvre à l’Eglise, suivant les nécessités, des chemins nouveaux pour qu’elle accomplisse, toujours de mieux en mieux, sa tâche d’évangélisation. Ainsi les ministères sont divers, mais c’est toujours le même Esprit qui agit. Le Seigneur nous demande de nous mettre simplement à l’écoute de l’Esprit par la lecture fidèle, humble et confiante des signes des temps. Nous croyons l’avoir fait en instituant les Bakambi ba paroisse ». (OCCM, vol. 6, page 196).
Comme corollaire à la réflexion sur la place des laïcs dans l’Eglise, le Cardinal Malula s’est penché sur les problèmes de la jeunesse. Les jeunes, dans les années 1972, étaient abandonnés à eux-mêmes, proies des 5 D négatifs : Débauche, Drogue, Débit de boisson, Détournement d’argent, Défoulement. Nous étions au temps du conflit entre l’Eglise et l’Etat Congolais, régi par la dictature mobutiste. Les Mouvements d’Action Catholique avaient été abolis, les Ecoles étatisées, l’action éducatrice de l’Eglise paralysée.
C’est à ce moment-là que le Cardinal Malula s’adressa au p. Ignace Matondo (aumônier diocésain de la jeunesse, futur Evêque de Basankusu et puis de Molegbe) d’inventer quelque chose pour cette jeunesse abandonnée. Le p. Matondo prit un temps de réflexion et puis lança le Mouvement Bilenge ya Mwinda (en abrégé BYM), un mouvement qui se basait sur une initiation traditionnelle africaine et qui est l’expression d’une pastorale des jeunes inculturée. Les Bilenge ya mwinda connurent un succès extraordinaire qui perdure aujourd’hui encore.

4. La vie religieuse à Kinshasa
Déjà au temps, où il était curé, Malula s’était aperçu qu’il fallait inventer quelque chose pour que la vie religieuse s’exprime d’une manière africaine. En 1982 le Cardinal Malula écrivait : « Dans certains instituts, il y avait à l’époque trois catégories de Sœurs : ainsi on distinguait les Oblates qui constituaient le degré inférieur, les Mères qui étaient du degré supérieur, et, entre les deux, les Sœurs. En général, les Supérieures de Communauté se recrutaient parmi le groupe des Mères. Quant aux Congolaises, elles étaient généralement casées parmi les Oblates. Elles exécutaient des travaux humbles et elles étaient bien conscientes qu’elles n’accéderaient jamais à de hautes responsabilités dans leur Congrégation. C’est ainsi que j’ai vu les filles de mon peuple, des Congolaises authentiques, et je ne les ai pas reconnues » (OCCM, vol.5, page 234). Et en poursuivant sa réflexion, le Cardinal Malula a dit : «Pourquoi ces religieuses noires paraissent-elles si peu épanouies ? Pourquoi semblent-elles ne pas vivre dans leur peau noire ?... Quel est leur avenir dans les Congrégations venues d’ailleurs ? J’ai senti là comme un appel de Dieu » (ibidem, page 235).
L’Archevêque prit alors la décision de fonder une Congrégation religieuse véritablement africaine, au service de l’Eglise de Kinshasa. Le 14 septembre 1966 les premières douze postulantes célébrèrent leur vêture dans la maison Sainte Thérèse. Mais avec quelle tenue ? Un pagne ! Le pagne de la femme africaine. Du jamais vu : une véritable révolution. « Aux yeux de plusieurs – avoua plus tard le Cardinal Malula – je paraissais un extravagant. Mes religieuses et moi-même, nous avons été l’objet des critiques les plus amères, voire injurieuses. Aussi le nouvel habit religieux fut accueilli d’abord par un tollé quasi général. C’est que beaucoup n’avaient pas saisi le sens profond de ma pensée et de mon geste. Aujourd’hui on s’accorde à reconnaître que cette innovation fut un événement historique, un véritable signe des temps, selon l’expression chère au Pape Jean XXIII. Au Zaïre et dans certains pays limitrophes, le pagne est devenu l’habit religieux des Sœurs africaines » (OCCM, vol.5, page 238). Evidemment il n’était pas question d’habit ou de pagne seulement.
Le Cardinal Malula voulait faire de ses Sœurs (Sœurs de Sainte Thérèse ou Thérésiennes ou Malulettes) des religieuses bien formées du point de vue intellectuel, moral, humain et chrétien. Il n’hésita pas à recourir à la tradition des ancêtres dans la formation des jeunes filles, selon les principes du « kikumbi » (=initiation traditionnelle de la jeune fille au moment de la puberté). A ses religieuses, le Cardinal Malula inculqua la spiritualité de l’enfance spirituelle enseignée par sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Spiritualité qui se résume en cinq principes fondamentaux : petitesse, amour, confiance, abandon, fidélité souriante.

L’héritage du Cardinal Malula
Si l’Eglise de Kinshasa montre actuellement un visage africain, cela est dû à l’œuvre du Cardinal Malula et de ses collaborateurs. Kinshasa est non seulement une Eglise africaine, mais elle est aussi par son importance politique, sociale et culturelle, une Eglise africaine « mère », une Eglise métropolitaine comme Alexandrie d’Egypte, comme Carthage dans l’antiquité. Le Pape Benoît XVI, lors de son dernier voyage en Afrique, en mars 2009, demandait justement aux Evêques et aux Théologiens africains de ressusciter la tradition de la célèbre école théologique d’Alexandrie, qui a produit des théologiens de grande valeur, comme Origène, saint Clément d’Alexandrie, saint Cyrille, saint Athanase, etc. et qui a engendré un Christianisme inculturé.
Kinshasa, pour Benoît XVI, a fait un gros travail d’inculturation, travail qui doit être évidemment continué, perfectionné et devenir comme un modèle pour d’autres Eglises.
L’actuel Archevêque de Kinshasa, Mgr. Laurent Monsegwo, lors de la messe de funérailles du Cardinal Malula, le 18 juin 1989, a pu dire : «Avec le Cardinal Malula disparaît un grand Evêque africain, zélé et dévoué, dont la vie et le ministère étaient commandés par l’amour de son peuple et celui de son Eglise. Promouvoir l’émergence d’une Eglise locale authentiquement africaine, d’une part, et, d’autre part, travailler efficacement à la libération intégrale de notre peuple, en faisant découvrir à ce dernier, en paroles et en actes, les valeurs libératrices de l’Evangile de Jésus Christ, tel a été le souci constant du Cardinal Malula : les deux pôles de son action pastorale. Il l’exprima dans la sentence incisive et désormais historique : Une Eglise congolaise dans un Etat congolais ». (Mgr. Monsengwo, Tome I, p. 218).
Et puis notre Archevêque, en s’adressant directement au Cardinal Malula, a osé proposer comme un programme de vie chrétienne et d’action pastorale pour le futur, qui pourrait devenir aussi le nôtre : « En ce moment, nous voulons de tout cœur vous remercier pour tout ce que vous avez été et resterez pour nous et singulièrement pour la pierre irremplaçable que vous avez apportée dans l’édification de l’Eglise Catholique qui est au Zaïre ; cette Eglise que vous vouliez belle, fidèle au Christ et à l’Afrique, nous tous – Evêques, prêtres, religieux et laïcs – nous la recevons de vos mains et nous en ferons l’objet d’un amour privilégié » (Ibidem, pp. 221-222).
Une Eglise belle, fidèle au Christ et à l’Afrique : cela pourrait être aussi notre programme de vie pastorale et missionnaire, en nous rappelant en même temps l’enseignement de notre fondateur, saint Daniel Comboni : « Sauver l’Afrique par l’Afrique ».

(Tonino Falaguasta Nyabenda)
Kingabwa, le 02 novembre 2009.

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Benoît XVI : A Noël, Dieu vient pour « les blessés de la vie et les orphelins de joie »

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

publié dans Homélies et méditations

Benoît XVI : A Noël, Dieu vient pour « les blessés de la vie et les orphelins de joie »


Angélus


 En ce Noël où la liturgie appelle à la joie, le pape Benoît XVI a rappelé que la joie n’est pas destinée aux chrétiens seulement mais en particulier aux « plus pauvres de joie » : aux victimes de la guerre, aux malades, aux personnes seules, aux jeunes qui ont perdu le sens de la vraie joie.
« La joie… est une annonce prophétique destinée à l’humanité tout entière, en particulier aux plus pauvres, dans ce cas aux plus pauvres de joie », a affirmé le pape avant la prière de l’Angélus en présence de plusieurs milliers de fidèles rassemblés place Saint-Pierre.

« Pensons à nos frères et sœurs qui, spécialement au Moyen-Orient, dans certaines régions d’Afrique et dans d’autres parties du monde vivent le drame de la guerre : quelle joie peuvent-ils vivre ? Comment sera leur Noël ? », s’est interrogé le pape.

« Pensons aux nombreux malades et personnes seules qui, en plus d’être éprouvés dans leur corps, le sont également dans leur âme, car il n’est pas rare qu’ils se sentent abandonnés : comment partager la joie avec eux, sans manquer de respect pour leur souffrance ? » a-t-il poursuivi.

Le pape a également eu une pensée pour ceux « spécialement les jeunes – qui ont perdu le sens de la vraie joie, et la cherchent en vain là où il est impossible de la trouver : dans la course désespérée vers l’affirmation de soi et le succès, dans les faux divertissements, dans la société de consommation, dans les moments d’ébriété, dans les paradis artificiels de la drogue et de toute forme d’aliénation ».

« C’est précisément à ceux qui sont dans l’épreuve, aux ‘blessés de la vie et orphelins de la joie’ que s’adresse de manière privilégiée la Parole du Seigneur », a affirmé Benoît XVI

« L’invitation à la joie n’est ni un message aliénant, ni un palliatif stérile mais au contraire, une prophétie de salut, un appel à un rachat qui part du renouvellement intérieur », a-t-il expliqué.

« Avec l’aide de Marie, offrons-nous nous-mêmes, avec humilité et courage, afin que le monde accueille le Christ, qui est la source de la vraie joie », a conclu Benoît XVI.

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