Réaction sur la déclaration de candidature de l’abbé Joseph Yanguissa
Vous avez dit sacerdoce…! Moi, je dis business!
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| Serge Armand Zanzala. |
Cher aîné !
C’est avec beaucoup d’attention et intérêt que j’ai lu votre déclaration à la prochaine élection présidentielle. Je félicite votre courage et ambition politiques et apprécie votre style de
communication.
Cependant, je ne voudrais pas me prononcer sur votre candidature ou apprécier votre personnalité, même si je vous connais depuis des années! Vous étiez aux études au grand-séminaire Emile
Biayenda, alors que moi j’étais au moyen séminaire Saint-Jean de Brazzaville.
Ce qui me pousse à réagir, c’est le lien que vous faites entre la politique et le sacerdoce, le haut-lieu de
charité…» (Dernier paragraphe de votre déclaration: «J’approche la politique comme un sacerdoce, un haut-lieu de charité…», écrivez-vous.
Pourtant, vous avez pleinement raison d’avoir cette vision, en tant que prêtre et de la partager à tous les Congolais! D’ailleurs, je vous encourage sur cette voie, parce que vous voulez
apprendre aux politiciens congolais de faire autrement la politique.
Cependant, je voudrais me démarquer de la définition que vous voulez donner à la politique, partant de votre approche, sans doute, de votre statut de serviteur de Dieu (prêtre). La politique est
un sacerdoce!
Cette approche, moi, je la trouve naïve, parce qu’elle rejoint les dogmes, c’est-à -dire des principes religieux
pris pour des vérités absolues et inaliénables dans le temps et dans l’espace. Vous risquerez d’avoir toutes les difficultés de l’enfer pour convaincre les Congolais qui, comme moi, vous diront,
clairement, que la politique étant à la fois une science, une activité, une fonction ou une carrière ne peut être, aujourd’hui, définie comme elle l’a été dans les siècles passés,
lorsqu’elle était comprise comme une « sagesse » qui permet de gérer une société.
Aujourd’hui, au Congo, comme dans les vieilles démocraties occidentales, la politique est devenue un business, parce qu’il procure le bonheur et la richesse. Peu importe les définitions que l’on
pourra donner aux mots bonheur et richesse. Partant de cette conviction, je crains que vous soyez le grand incompris, lors des campagnes électorales.
La politique est devenue un business! Le plus grand business du monde, d’ailleurs, puis je dire! Ne nous voilons pas les faces! Parce que, même dans les plus vieilles démocraties, les
candidats aux élections présidentielles se font plus soutenir par des lobbies d’affaires, malgré les subventions légales de l’Etat aux partis politiques ou aux candidats aux élections
présidentielles que par ceux qui font le sacerdoce. Le soutien du peuple et les projets de société ne suffisent plus pour se faire élire au Congo, comme partout ailleurs! Et les candidats élus
aux élections présidentielles deviennent, aussitôt, élus des hommes d’affaires, puisqu’ils doivent orienter, négocier et distribuer les grands marchés. Ce sont aussi eux qui doivent
partager le profit généré par les contrats ou les grands marchés, pour assurer le bien-être aux populations. Je pense que c’est bien là et non ailleurs que nous devons situer le «problème
congolais».
Et, la parabole des talents dans les Evangiles de Matthieu 25,14-30, peut aider à comprendre le type de
candidat dont les Congolais ont, aujourd’hui, besoin.
Les Congolais étant le maître qui part ou partira pour un voyage, les candidats à l’élection présidentielle, les serviteurs à qui l’on remet ou remettra les talents, les talents sont ou seront
les richesses naturelles et humaines que regorge le Congo.
Votre allusion au sacerdoce ne pourra avoir un sens que si seulement vous voulez être ce serviteur qui fait gagner cinq autres talents à son maître, alors qu’il n’en avait reçu que
cinq.
En relisant la parabole des talents, cher aîné, vous comprendrez que nous sommes bien dans le domaine du business. Limiter la politique au sacerdoce ne suffirait pas, aujourd’hui, pour
convaincre les Congolais.
Mais, il n’est pas exclut de donner un caractère social (charité) et de moraliser la politique. D’ailleurs, le
caractère social intervient plus dans la répartition du profit ou la distribution des biens et des services pour assurer le bien-être des Congolais. Au début de la politique se situe,
aujourd’hui, le business, puisqu’il faudra créer ou fructifier les richesses. Le sacerdoce et la charité ne viennent qu’après, même s’il vous faudra moraliser la politique. Vous avez dit
sacerdoce… Moi, je dis business.
Serge Armand ZANZALA
Journaliste et écrivain
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