« Eucharistie et Ecologie : la responsabilité chrétienne dans la protection de l’environnement ».
(Article à paraître dans le journal "le précurseur"du Grand Séminaire
Saint Jean-Baptiste)
Le changement climatique a placé
l’écologie parmi les problèmes prioritaires du moment. La crise écologique est donc un phénomène universel, en ce sens que tous les pays quelque soit leur emplacement géographique ou leur
degré de développement, en font l’expérience. L'abbé Wenceslas Daleb MPASSY a présenté un mémoire sur ce phénomène d'actualité. Il nous livre ici
quelques pistes de réflexion pour une bonne gestion de l'écosystème.
"Eucharistie et Ecologie: protection de l'environnement et
responsabilité chrétienne". Tel a été le thème de notre travail l'an passé. L’écologie en effet est un signe des temps pour le monde et pour l’Eglise. Elle pose à l’Eglise une question qui
est loin d’être entendue dans toute sa profondeur révolutionnaire. "Révolutionnaire pour la Foi Chrétienne, que l’écologie incite à un retour aux sources en même temps qu’à un surgissement de
l’esprit pour de nouveaux développements du salut en Christ. Mais révolutionnaire aussi pour l’écologie, que l’Eglise à son tour interroge sur son sens originel et sa destination
finale ". C’est pourquoi, chaque chrétien doit se sentir indispensable dans la lutte de l’Eglise en faveur de la création. Certes, « les hommes sont appelés, par le développement,
à assurer leur croissance humaine ». C’est un devoir pour eux que de travailler à leur propre épanouissement. Mais ce devoir de l’homme peut-il légitimer toute exploitation aveugle de la
nature ?
L’Ecologie avouons-le n’est pas le tout de l’Eucharistie
et vis versa, s’en ai là une horizon de plus pour délimiter notre champ conceptuel et le dépasser ensuite. Notre travail n’est donc point un traité sur l’Eucharistie, ni moins sur l’Ecologie.
Est-ce donc un forcing méthodologique que de vouloir y décrypter la toile de fond d’une Théologie Eco-Eucharistique ?
Il est bien vrai que cette option de méthodes paraît un peu
obscène et incommode, alors même qu’il s’agit pour nous de montrer l’importance de la responsabilité chrétienne résultant de l’Eucharistie, à l’égard de l’environnement. D’où le trait d’union
entre Eucharistie et Ecologie.
Précision de
termes :
Le couple Eucharistie-Ecologie appelle au préalable une précision de concept. Le mot Eucharistie sonne sa
translittération grecque de « Eucharistein » qui signifie : Action de grâce. Il est bien vrai que cette définition n’est jamais restrictive puisque le catéchisme de l’Eglise
catholique (CEC) nous présente une série de neuf noms de ce sacrement : Eucharistie, Repas du seigneur, fraction du pain, assemblée eucharistique, mémorial de la passion et résurrection du
seigneur, saint sacrifice, sainte et divine liturgie, communion, sainte Messe (confère CEC n° 1406-1419).
Notre point de regard se réfère d’avantages à l’Eucharistie comme action de grâce, mémorial et fraction du
pain.
Le mot Ecologie par contre sonne également sa translittération grecque de « Oikos » qui signifie
discours ou science de la maison. Ce mot est essentiellement une création du langage scientifique pour désigner l’étude scientifique des rapports des êtres vivants avec leur milieu naturel
(biotope).
Ainsi, de nos jours, l’Ecologie est un signe des temps pour le monde, pour l’Eglise, pour les chrétiens,
particulièrement ceux du Congo, etc. En effet, l’Ecologie pose à l’Eglise une question qui est loin d’être entendue dans toute sa profondeur révolutionnaire. Révolutionnaire pour la foi
chrétienne, que l’écologie incite à un retour aux sources en même temps qu’à un surgissement de l’esprit pour de nouveaux développements du salut en christ. Mais révolutionnaire aussi pour
l’écologie, que l’Eglise à son tour interroge sur son sens originel et sa destination finale.
Or, justement, l’Eucharistie est la source et le sommet de toute vie.
L’Eucharistie étant le sommet auquel tend toute la création, devient par conséquent la réponse à la préoccupation du monde contemporain y compris en matière d’équilibre écologique. Là intervient
donc le problème du lien inextricable entre « la lex celebrandi » et « la lex vivendi ». Autrement dit, la pressente invitation à célébrer l’Eucharistie dignement et à vivre
de telle façon que l’Eucharistie célébrée continue à actualiser la diaconie du christ, qu’elle demeure le lieu par excellence du renouveau de la mission de l’Eglise. Apparaît alors
l’interrelation entre Eucharistie et Ecologie, car en plus de ceci, nous ne sommes pas sans ignorer que s’il n’y a pas d’équilibre écologique, il n’y aura pas d’Eucharistie. Dans ce sens,
l’Eucharistie nous engage à faire en sorte que le pain et le vin quoi deviendront corps et sang du christ soient le fruit de la terre fertile, pure et non polluée. C’est dans cet élan que nous
avions silhouetté dans le lointain quelques paysages des stratégies pastorales écologiques en guise de solutions…
1- Problématique
écologique
Partout dans le monde on parle de pollution, de surexploitation, de désertification, de sécheresse, de
destruction de la couche d’ozone, de changement climatique,…bref de la crise écologique. Toutefois, les Conséquences de tout ceci ne sont plus à démontrer ; tout simplement parce que les
populations en expérimentent au quotidien les méfaits. Cette situation demeure une menace continuelle aussi bien pour le chrétien que pour toute l’humanité. C’est à ce juste titre que le
pape Jean Paul II d’heureuse mémoire, parlait de « la formation d’une conscience écologique en sachant que les problèmes qui menacent l’environnement menacent aussi la
paix »[3].
Mais l’homme semble ne pas avoir compris jusque-là le commandement reçu de Dieu
qui consiste non pas seulement à cultiver le sol mais aussi à le garder (Gn 2,15), par conséquent, à prendre soin de toute la création. Cela pose donc un problème moral sérieux qui ne doit pas
nous laisser indifférents. Nous nous posons ainsi la question de savoir : où trouver la réponse à ce problème ?
2- Origine et cause de la crise
écologique dans le monde
Situer l’origine de la crise écologique dans le temps n’est pas toujours facile car elle est intervenue comme
le dit Olivier BURGELIN « dans une chaîne de crise du progrès dont chacune peut-être analysée comme le retour du moment de la négation dans la dialectique du développement
occidental »[4]. Qu’à cela ne tienne, elle correspond à la prise de conscience historique qui s’est effectuée à partir des années 50 de la puissance dangereuse, aux effets irréversibles,
qu’exerçaient les Hommes contre la nature et leur milieu environnemental.
Il est cependant démontré que celle-ci est très liée au développement industriel. En effet, la croissance des
villes, le tracé des voies de communication, l’implantation de nouvelles industries avec les retombées telles que les bruits, la fumée, en somme la pollution, sont autant de problèmes dont l’homme et la nature subissent les conséquences. Entre autres causes nous pouvons également relever : la coupe abusive de bois,
l'utilisation abondante des engrais et des pesticides, l'urbanisme anarchique, la pollution hydrosphérique et atmosphérique,…
3- Dimension écologique de la
Bible
a) l'Ancien
Testament
Dans la Bible, la foi en Dieu créateur est intervenue après un long cheminement spirituel du peuple saint.
Avant la reconnaissance de son Dieu comme le créateur de toutes choses, Israël a d’abord fait l’expérience d’un Dieu vivant qui le protège et le sauve à travers des actions salvifiques. La
réflexion sur sa foi en ce Dieu sauveur dont la puissance se déploie même dans les éléments de la nature le conduisit progressivement à prendre conscience que son Dieu est le seul créateur et le
seul ordonnateur de l’univers, et qu’il crée chaque fois qu’il sauve.
Dans le récit Elohiste de la création par exemple, pour montrer que l’univers est vraiment une œuvre divine,
Dieu y est présenté comme le grand potier, celui qui moule l’Homme et le cosmos (Gn 2,7-19). Et les images qui y sont employées nous situent dans l’espace et le temps. Car Dieu crée à partir
d’une matière déjà existante, la terre.
Mais dans le récit sacerdotal (Gn
1,1-31), Dieu crée par sa parole, ex nihilo, à partir de rien, sans l’aide d’une matière, « il dit et tout survint ». Dans ce dernier la
création revêt une dimension cosmique. En six jours Dieu crée le ciel, la terre et tous ce qui les peuplent, et réserve le septième comme celui de son repos. Et c’est en référence à ce repos
divin que l’Homme doit lui aussi, après des journées de labeur, se reposer pour comprendre la création de Dieu (Act 5,15).
En effet pour Israël, « le but du repos sabbatique, c’est le loisir pour revivre la délivrance d’Egypte,
se souvenir et poser sur le monde un regard enfin désintéressé, un regard qui devient religieux dans la découverte du créateur lu dans son œuvre »[5]. C’est ainsi qu’Israël commémorait la création et la sortie d’Egypte en célébrant le sabbat. Enfin, dans ces récits, la création s’avère le reflet de la bonté de Dieu ;
toute la création est bonne, il n’y a aucun mal en elle.
b) le Nouveau
Testament
L’enseignement du Nouveau Testament porte à maturité, par son accomplissement en Christ, ce message de
compassion universelle et de délivrance cosmique. Dès la fin de l’évangile de Marc, au jour de l’ascension, Jésus dit à ses disciples : « allez par le monde entier, proclamer
l’évangile à toutes les créatures » (Mc 16,15). Il ne dit pas, comme chez Matthieu et Luc, « à toutes les nations », ce qui impliquerait seulement les Hommes. Dans l’Epître
aux Colossiens, Paul s’exprime de la même façon lorsqu’il incite à ne pas se détourner de l’Evangile, « qui a été proclamé à toute créature sous le ciel » (col 1,23). Le même Paul
ne se contente pas seulement, dans l’épître aux Romains, de dire que « toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement, attendant d’être libérée, elle aussi, de la servitude
et de la corruption pour entrer dans la liberté et la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8,19-22). Mais à l’adresse des Colossiens, il édifie une Christologie cosmique dont les siècles qui
vont suivre sont loin d’avoir développé toute la splendeur : « c’est en Christ qu’ont été créées toutes choses, en lui que tous les êtres ont été réconciliés par le sang de sa
croix » (Col 1,15-20). Et de conclure superbement, à l’intention des Corinthiens : « Quand toutes choses lui auront été soumises, alors le fils lui-même se soumettra à celui
qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (1Cor 15,28). En lui en effet, toutes choses trouvent leur origine et leur achèvement. « Ainsi la doctrine de la création
trouve son achèvement dans une contemplation du Fils de Dieu, par laquelle on voit en lui l’artisan, le modèle et la fin de toutes choses »[6]
Le Nouveau Testament a donc une vive conscience du désordre introduit dans la création suite au péché d’Adam. A
cause de ce péché, le monde est appelé à disparaître (1Co 7,31; Ap 20,11s). Toutefois, dans le Christ, une nouvelle création a déjà été inaugurée. En effet, c’est comme Nouvel Adam que le Fils de
Dieu est entré dans le monde (1Co 15,21.45). C’est pourquoi tout doit être instauré par lui. Cette nouvelle création déjà inaugurée dans le Christ dont parle le Nouveau Testament n’a cependant
pas encore atteint son achèvement. Depuis sa résurrection, le christ est vainqueur de la mort. Seulement son triomphe n’est pas encore pleinement manifesté, et il ne le sera qu’à la fin des
temps. En attendant, comme le dit l’apôtre Paul, l’Homme recréé intérieurement gémit dans l’attente de la rédemption de son corps (Rm 8,22) et, la création aspire aussi à la révélation des fils
de Dieu (Rm 8,19).
Abbé
Wenceslas Daleb MPASSY
Daleb_mpassi2@yahoo.fr
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