Les bases de la refondation de l’enseignement catholique
Le Concile Vatican II présente l’éducation comme une obligation pour l’Église catholique et invite les prêtres à redoubler d’effort dans son développement3. Selon la même source, « l’École catholique a pour but de créer pour la communauté scolaire une atmosphère animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité, d’aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître cette créature nouvelle qu’ils sont devenus par le baptême et finalement d’ordonner toute la culture humaine à l’annonce du salut de telle sorte que la connaissance graduelle que les élèves acquièrent du monde, de la vie, de l’homme, soit illuminée par la foi ». Cette vision de l’École catholique prend en compte la promotion des valeurs morales, culturelles et spirituelles des individus et des communautés (Ki-Zerbo 1990 : 11).
L’Église catholique a toujours cherché à jouer un rôle important dans le domaine de l’éducation, et c’est pourquoi les premiers missionnaires avaient des consignes fermes de leurs supérieurs pour mettre en place, dès leur implantation, un dispositif favorisant l’éducation des populations. Cette stratégie devait, en effet, faciliter les premiers contacts et permettre une intégration rapide. Dès lors, l’École était utilisée comme un moyen d’évangélisation. Toutefois, l’évolution de l’enseignement catholique permet de constater que, jusqu’à ce que les évêques cèdent les écoles primaires à l’État en 1969, l’Église catholique était un partenaire incontournable en contribuant à la formation d’un grand nombre d’élites burkinabè catholiques et non catholiques.
La décision des évêques de renoncer à la gestion des écoles primaires ne fut guère appréciée par la population, car elle marquait une rupture. De nombreux parents d’élèves (catholiques et non catholiques) accordaient une grande confiance aux écoles catholiques qu’ils considéraient comme des structures d’éducation sérieuses, favorisant l’épanouissement des enfants et assurant de bons résultats scolaires, et ils désapprouvaient cette décision. Pour beaucoup d’entre eux, c’était une démission de l’épiscopat face à l’une des missions premières de l’Église catholique. Cependant, ce manque fut progressivement comblé par le développement de l’enseignement privé laïc, et l’Église catholique perdit sa position stratégique, ce qui fut préjudiciable pour une bonne organisation scolaire. Après plus de vingt ans d’absence, l’Église catholique effectua un bilan et souhaita se repositionner dans l’enseignement primaire.
Cette motivation stratégique est également soutenue par les difficultés que rencontre l’État dans sa tâche d’éducation et de formation. Au Burkina Faso, le taux brut de scolarisation connaît en effet une lente progression : 33,8 % en 1994, 40 % en 1997 et 42,7 % en 20004. Avec un tel taux, le pays est loin de réaliser « l’Éducation pour tous », prônée par les institutions internationales et les acteurs politiques et sociaux. Ce faible taux de scolarisation interpelle tous les protagonistes du système éducatif. Ainsi, afin de répondre plus efficacement à la forte demande scolaire, l’État, conscient de ses limites, autorise l’ouverture d’établissements privés5. Cette prédisposition de l’État à encourager les promoteurs privés est consignée dans la Loi d’orientation de l’éducation au Burkina Faso6. Profitant de ces orientations favorables, l’Église catholique se devait de réfléchir, à nouveau, sur son engagement dans le système éducatif national. Parmi les établissements privés reconnus, on dénombre des écoles privées laïques et des écoles privées confessionnelles. Pour l’année scolaire 2000-2001, les statistiques du ministère de l’Éducation de base et de l’Alphabétisation (meba) enregistraient 196 écoles laïques privées, 54 écoles protestantes, 75 écoles catholiques et 264 médersas (Zongo Nana 2001). Dans l’environnement scolaire burkinabè, les écoles catholiques font donc partie des écoles privées dites confessionnelles. Ces écoles sont généralement prisées par les parents d’élèves qui n’hésitent pas à y inscrire leurs enfants, malgré le caractère confessionnel, d’autant que la disparition des écoles primaires catholiques avait de fait contribué à réduire l’offre scolaire et surtout sa diversité.
Sur le plan de l’organisation scolaire, les écoles catholiques observent les programmes officiels d’enseignement tout en y ajoutant des éléments d’éducation relevant de leurs spécificités. L’une des spécificités de l’enseignement catholique réside dans le fait que l’instruction religieuse figure dans le programme d’étude. Elle constitue une matière à part entière évaluée au même titre que les autres disciplines. Cet enseignement, qui repose sur une initiation aux valeurs chrétiennes, est proposé à tous les élèves des écoles catholiques.
Il est évident que le but recherché est la conversion de certains élèves non catholiques à la foi catholique. Pour les enfants de parents catholiques, l’École offre également un cadre d’approfondissement de la foi. Dans le projet éducatif national de l’enseignement catholique, l’importance de l’activité scolaire pour les premiers missionnaires est évoquée en ces termes : « L’école leur a paru, non seulement comme un milieu favorable pour l’éducation humaine et chrétienne des enfants baptisés, mais aussi comme un milieu privilégié d’évangélisation. Aussi n’ont-ils pas hésité à ouvrir des écoles partout où s’installaient des postes de mission, et partout où cela était possible. Les écoles primaires et les dispensaires ont été pour l’Église, au début de l’évangélisation, les signes de sa présence et le témoignage de sa charité »7.
Pour l’Église catholique, l’École est, à n’en point douter, un moyen privilégié pour assurer la transformation de la société burkinabè, mais elle est également un terrain d’apostolat. Avec la prise en main des écoles par l’État, l’Église catholique s’est dépossédé des moyens offerts par la pastorale scolaire. C’est dans ce contexte qu’est née la structure des « Papa et Maman Catéchistes » avec pour mission d’assurer la formation des enfants en dehors du cadre scolaire. Cette formule de catéchèse des enfants (scolarisés et non scolarisés) a fait ses preuves, mais n’a pas pu faire oublier le temps où la catéchèse se faisait directement à l’école par les soins du maître. Un repositionnement de l’Église catholique dans le système scolaire devait donc permettre à nouveau l’institutionnalisation de la catéchèse à l’école.
Par ailleurs, l’option de bâtir une « Église-famille » au Burkina Faso constitue l’élément fondamental de l’apostolat et de toutes les activités socioculturelles depuis l’année 1977. De cette option découle l’organisation des chrétiens catholiques en Communautés chrétiennes de base (ccb). Au sein de ces structures, l’Église catholique déclare développer la recherche du bien être spirituel et humain, ce qui conduit à la mise en place de programmes de développement prenant en compte le secteur de l’éducation. Se prononçant sur cette question, les évêques du Burkina Faso déclarent : « Si nous avons tenu à rappeler ce qui précède, à savoir l’importance de l’éducation et celle de l’École catholique pour l’éducation humaine et chrétienne, c’est que nous jugeons que le temps est venu pour l’Église au Burkina Faso de renouveler son option pour l’éducation chrétienne, et pour l’École catholique en particulier, dans la perspective de la célébration prochaine du centenaire de l’évangélisation de notre pays, et dans le cadre de notre choix pastoral de construire une Église-famille chez nous »8.
L’École catholique est ainsi conçue comme une seconde famille pour l’élève, ce qui engendre la volonté de créer un cadre éducatif le plus idéal possible. Cet idéal éducatif de l’École catholique consiste à vouloir former des citoyens aptes au développement en mettant l’accent sur l’éthique chrétienne qui inculque le sens du devoir, de la responsabilité et du bien commun9. Pour l’épiscopat burkinabè, l’édification de l’Église-famille passe par la mise en œuvre d’un projet éducatif fondé sur la foi.
Parmi les facteurs ayant favorisé la refondation de l’enseignement catholique, nous pouvons citer les dispositions statutaires et juridiques mises en œuvre par l’État. Les différentes réflexions initiées autour de la question de l’éducation au Burkina Faso ont, en effet, abouti à la convocation des États généraux de l’éducation en 1994. Conformément aux orientations de ces États généraux, l’État burkinabè a défini les orientations à donner au système éducatif à travers une loi votée à l’Assemblée des députés du peuple (Assemblée nationale) le 9 mai 199610 et promulguée par décret présidentiel le 24 juin 1996.
Comme l’École laïque, l’École catholique mène ses activités dans le respect de la loi en s’appuyant sur les dispositions du cadre juridique, et l’organisation de l’enseignement catholique intègre les directions de la Loi d’orientation de l’éducation au Burkina Faso. Ce nouveau positionnement de l’Église catholique en faveur d’une intervention pour l’enseignement primaire a nécessité la réorganisation d’ensemble de l’enseignement catholique à travers la définition de nouvelles orientations et de nouveaux objectifs.
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