La théologie, la philosophie et la science s’accordent dans une conception de l’univers en harmonie, c’est-à-dire d’un vrai « cosmos » , pourvu d’une intégrité propre et d’un équilibre interne dynamique. Cet
Juillet-Août 2000 • 9
Dans Centesimus annus , Jean-Paul II aborde la question écologique dans le chapitre sur « la propriété privée et la destination universelle des biens ». Ainsi met-il l’accent sur la dimension sociale de l’écologie. (Voir aussi encadré p. 10).
À côté du problème de la consommation, la question de l’écologie, qui lui est étroitement connexe, inspire autant d’inquiétude. L’homme, saisi par le désir d’avoir et de jouir plus que par celui d’être et de croître, consomme d’une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et sa vie même. À l’origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique, malheureusement répandue à notre époque. L’homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s’accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre, en le soumettant sans mesure à sa volonté, comme si elle n’avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l’homme peut développer mais qu’il ne peut pas trahir. Au lieu de
remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui. En cela, on remarque avant tout la pauvreté ou la mesquinerie du regard de l’homme, plus animé par le désir de posséder les choses que de les considérer par rapport à la vérité, et qui ne prend pas l’attitude désintéressée, faite de gratuité et de sens esthétique, suscitée par l’émerveillement pour l’être et pour la splendeur qui permet de percevoir dans les choses visibles le message de Dieu invisible qui les a créées. Dans ce domaine, l’humanité d’aujourd’hui doit avoir conscience de ses devoirs et de ses responsabilités envers les générations à venir. Pour le texte de Centesimus annus , voir DC 1991, n° 2029, p. 518-550.
CONSOMMATION ET ÉCOLOGIE
ordre doit être respecté : l’humanité est appelée à l’explorer, à le découvrir avec une
grande prudence et à en faire ensuite usage en sauvegardant son intégrité. D’autre part, la terre est essentiellement un héritage commun dont les fruits doivent profiter
à tous. Le Concile Vatican II l’a réaffirmé : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle
contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples » (Constitution Gaudium et spes , n. 69). Cela entraîne des conséquences directes pour notre problème. Il n’est pas juste qu’un petit nombre de privilégiés continuent à accumuler des biens superflus en dilapidant les ressources disponibles, alors que des multitudes de personnes vivent dans des conditions de misère, au niveau le plus bas de la vie. C’est maintenant l’ampleur dramatique du désordre écologique qui nous enseigne à quel point la cupidité et l’égoïsme, individuels et collectifs, sont contraires à l’ordre de la création, dans lequel est inscrite également l’interdépendance mutuelle.
Les concepts d’ordre de l’univers et d’héritage commun mettent l’un et l’autre en relief la nécessité d’un système de gestion des ressources de la terre mieux coordonné sur le plan international. (•) Dans de nombreux cas, les dimensions des problèmes de l’environnement dépassent les limites des États : leur solution ne peut donc être trouvée uniquement au niveau national. On a récemment enregistré quelques mesures de bon augure en vue d’une action internationale souhaitable, mais les instruments et les organismes existants sont encore insuffisants pour la mise en oeuvre d’un plan d’intervention coordonné. Des obstacles politiques, des formes exagérées de nationalisme et des intérêts économiques – pour ne rappeler que quelques facteurs – ralentissent ou même bloquent la coopération internationale et l’adoption de programmes efficaces à long terme. La nécessité avérée d’une action concertée au niveau international ne comporte assurément pas une diminution de la responsabilité de chacun des États. En effet, ceux-ci doivent nonseulement mettre en application les normes approuvées conjointement avec les autorités d’autres États, mais aussi assurer à l’intérieur un ordre socio-économique satisfaisant, en accordant une attention particulière aux secteurs les plus vulnérables de la société. Chaque État, dans son propre territoire, a le devoir de prévenir la notamment par un contrôle attentif des effets produits par les nouvelles découvertes technologiques ou scientifiques, et en protégeant ses concitoyens contre le risque d’être exposés à des agents polluants ou à des dé-
(•) La réflexion sur l’écologie ne peut pas ignorer la question de la mondialisation. Cette dernière a été traitée dans Questions actuelles, n° 6, mars-avril 1999.
Dans le paragraphe de Centesimus annus cité ci-dessous, Jean-Paul II
repète sa conviction que toute véritable écologie doit être éminemment humaine et sociale. (Voir aussi encadré p. 9.)
En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la
destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d’accorder l’attention voulue. Alors que l’on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui
serait nécessaire, de sauvegarder les habitats natrurels des différentes espèces animales menacées d’extinction, parce qu’on se rend compte que chacune d’elles apporte sa contribution
particulière à l’équilibre général de la terre, on s’engage trop peu dans la sauvegarde des conditions morales d’une « écologie humaine » authentique. Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l’homme qui doit en faire l’usage dans le respect de l’intention primitive, bonne, dans laquelle
elle a été donnée, mais l’homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. Dans ce contexte, il faut mentionner les
problèmes graves posés par l’urbanisation moderne, la nécessité d’un urbanisme soucieux de la vie des personnes, de même que l’attention qu’il convient de
porter à une « écologie sociale » du travail. L’homme reçoit de Dieu sa dignité essentielle et, avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société dans le sens de la vérité et
du bien. Toutefois, il est aussi conditionné par la structure sociale dans laquelle il vit, par l’éducation reçue et par son milieu. Ces éléments peuvent
faciliter ou entraver sa vie selon la vérité. Les décisions grâce auxquelles se constitue un milieu humain peuvent créer des structures de péché spécifiques qui entravent le plein épanouissement
de ceux qu’elles oppriment de différentes manières. Démanteler de telles structures et les remplacer par des formes plus authentiques de convivialité constitue une tâche qui requiert courage et
patience. Pour le texte de Centesimus annus , voir DC 1991, n° 2029, p. 518-550.
Abbé Daleb Mpassy
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