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Homélie du Dimanche 17 Sept 2017 ( 24e D T.O A)

par Abbé Wenceslas daleb mpassy

Abbé Daleb, cardinal 23

 

Frères et soeurs,
 
Suite à une offense, notre réaction première est de rendre les coups. Et celà n'est pas d'aujourd'hui, jadis déjà, en Orient, la vengeance était sainte, sacrée au point que l’Ancien Testament la prête (à tort) à Dieu lui-même. Tout au long de l'histoire biblique, Dieu va inviter l'humanité à se libérer de cette spirale de la violence. Au long des siècles et des progrès de la découverte du vrai Dieu, les textes de la Loi aussi bien que des prophètes invitent au pardon en annonçant le pardon de Dieu. Le peuple d'Israël apprend peu à peu à passer de la vengeance au pardon. Ben Sirac qui vivait au deuxième siècle av. J.-C. écrit que c'est parce que Dieu connaît notre faiblesse  qu'il a pitié de nous. De la même manière, c'est à cause de cette faiblesse que Ben Sirac nous invite à avoir pitié des autres. Si une personne n’a pas de pitié pour son semblable, comment peut-elle supplier pour ses propres fautes? C’est le «pardonne-nous comme nous pardonnons» du Notre Père.
 
Oui, dimanche dernier, Jésus prônait la miséricorde envers la sœur ou le frère égarés. Aujourd’hui, il prône cette même miséricorde quand on a soi-même subi une offense. Pierre sait qu’il faut pardonner, mais il arrive un moment où la patience est à bout. Il y a des limites à tout. À l'époque de Jésus dans les écoles de rabbins, on avait établi des conditions pour le pardon. La plupart des rabbins disaient qu’aller jusqu’à quatre pardons était acceptable.  Pierre demande donc à Jésus ce qu'il recommande et il suggère sept pardons, chiffre qui signifie beaucoup.  Pierre fixe cette limite avec une évidente générosité. En multipliant le chiffre de Pierre par dix et par sept, Jésus rend ce chiffre illimité. Dieu se dévoile non comme justicier, mais comme miséricorde et tendresse. Il ne s'agit pas de savoir à partir de quel moment nous sommes en règle avec la pitié. La pitié, c'est l'émotion qui nous prend aux entrailles, c'est plus fort que nous, cela déborde nos calculs mesquins. Jésus invite Pierre à dépasser tout calcul.
 
En effet Frères et soeurs, en certaines circonstances, aimer son prochain comme soi-même  cela implique de savoir pardonner. Refuser de pardonner à son prochain, c'est faire taire l'amour en notre cœur. Quand il est question d’offenses du passé, de cœurs brisés ou de remords, faut-il oublier, ou justement être alerte à ne pas oublier? Oublier voudrait dire tomber dans l’indifférence. Ne pas oublier, c’est être et demeurer vivant. Par contre, comment apprendre à vivre avec les souvenirs? Est-ce que je me laisse envahir par la haine ou est-ce que je tente d’aimer, de réconcilier? Là est la grande différence. En Dieu, il n'y a pas de pardon du bout des lèvres; il est grâce, entière gratuité. Le pardon est un geste d'amour qui ne s'achète pas. Ce qui est demandé au serviteur de la parabole c’est d’avoir miséricorde. Ce qui est demandé n'est pas de pardonner au sens d'excuser quelqu'un du tort qu'il nous a fait. C'est de partager sa souffrance avec d'autant plus d'amour que celle-ci est plus grande. Une vraie communauté chrétienne est lieu d'apprentissage du pardon et l'Église de Jésus n'existe vraiment que là où se vit le pardon. Dans le cœur de Dieu, le pardon ne connaît pas d'attente ni de demi-mesure: il est immédiat et total. Il ne s'agit pas de vouloir à tout prix éviter les conflits en gommant les différences. Il s'agit de vivre les divergences dans le respect des uns et des autres et de vivre la miséricorde en reconnaissant nos faiblesses et nos maladresses. Dieu sait combien il nous est parfois difficile de pardonner, de passer par-dessus l'offense comme dit Ben Sirac. Mais justement, peut-être le pardon accordé est-il indispensable pour accueillir la pitié de Dieu. Le cœur dur et le cœur sec ne peuvent pas recevoir le pardon de Dieu. Ce n'est pas Dieu qui cesse de pardonner, c'est nous qui sommes devenus impénétrables.
 
Ceci étant, la phrase centrale de la 2e lecture, c'est «Aucun d'entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même … Nous appartenons au Seigneur». Autrement dit, nous ne sommes pas des individus isolés, des espèces d'électrons libres lancés sur la planète-terre pour quelques années, avec des trajectoires indépendantes ! La grande conviction de Paul, c'est la solidarité très étroite qui nous unit les uns aux autres et avec Dieu. Cette solidarité ne supporte pas les divisions, les déchirures ; or c'est toujours avec les plus proches qu'il y a le plus de risque de brouilles et sur les sujets les plus sensibles. Une des barrières qui retient de nombreuses personnes de connaître l’amour de Dieu est l'idée que je ne peux trouver le vrai bonheur que si je suis libre de vivre pour moi-même, ce qui est l'option par défaut pour chacun. Cela signifie qu'à moins d'un changement, je finirai par vivre pour moi-même. Si je vis  pour moi-même, je suis à la fois le patron et le serviteur. Je suis à la fois débiteur et créditeur. Je suis celui qui est servi, et je suis celui qui fait le service. Je suis toujours en conflit avec moi-même. Jésus est venu dans le monde afin que chacun de nous puisse vivre d'une autre manière. Une famille ou une communauté ne peut vivre sans pardon reçu et donné.
 
Il est hasardeux de servir un patron insatisfait et encore plus de servir un roi non couronné. Comment vivre sa vie ? C'est une grande question.  Je suis libre d'utiliser mon corps, mes pensées, mes émotions, comme je le souhaite. Vivre pour moi est une évidence puisque la vie au sens biologique du terme vise la sauvegarde de ma vie. Quant au sens plus humain de la vie, je vis également pour moi  puisque je recherche ce qui me plaît, ce qui m'intéresse et me préoccupe. Je suis libre de définir mon but que je considère comme le plus valable. La société me présente plein de choses.  Acheter, consommer, travailler, construire une famille, se faire plaisir, etc.  L'être de chaque personne consiste dans la liberté, car elle ne peut absolument pas échapper au devoir de se réaliser soi-même, c'est-à-dire de faire de soi ce qu'elle est. Chacun de nous est condamné à être libre et à faire des choix. Vivre consiste à faire des choix, mais nous n'avons pas toujours les bonnes raisons des choix que nous faisons.  Il n'y a peut-être qu'une seule chose qui compte : le bonheur. Le bonheur exige de savoir pardonner. La raison pour laquelle il faut pardonner soixante-dix fois sept fois, c’est que Dieu m’a remis infiniment plus que le petit peu de mal qu’on m’a fait. Le pardon montre le chemin du Royaume de Dieu.
 
Frères et soeurs,
 
Notre moi est-il un prétendant au trône de Dieu? Quel sens donnons-nous à notre vie ? Quel témoignage laisserons-nous à notre postérité après notre passage sur la terre ?
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